Les F.A.Q. de l’Inde (Frequently Asked Questions)

Se préparer à vivre dans un pays inconnu pendant un an, à fortiori s’il s’agit de l’Inde, apporte forcément à se poser une foultitude (c’est entre une foule et une multitude) de questions :

*En fait, ça on ne s’en passe pas. On se débrouille pour en trouver à Delhi !

Ma famille va-t-elle me manquer ? Suis-je capable de vivre cela ? Vais-je tomber malade ? Que dois-je emmener en priorité ? Comment me passerais-je d’éclair au chocolat* ??

Ce dont on parle moins, c’est des questions qu’on se pose une fois là-bas, et dont on n’avait même pas envisagé l’importance d’ici. Aujourd’hui pour vous, les questions que l’on se pose fréquemment en Inde, ou Frequently Asked Questions.

Comment faire son chai sans électricité ?

« Northern India hit by one of the worst power breakdowns » titrait the Hindu ce matin.

« In what was one of the worst power breakdowns in the country, the Northern Grid crashed early Monday morning plunging eight states into complete darkness, disrupting inter-state train services, adversely hitting health services and impacting millions of lives. »

Pour les non-anglophones, le Monde en parlait aussi. Ainsi, ce matin, je me suis préparée à mon premier jour de cours… dans le noir. Ou presque. Le seul défaut de mon appartement étant sa faible luminosité, j’ai en effet eu droit à la douche (ça va), au mettage de lentilles (ça commence à moins le faire) puis au coiffage (c’était vraiment pas terrible) dans la semi-obscurité. C’est là où l’on se rend compte que, quand même, c’est utile l’électricité. Surtout quand j’ai voulu faire mon chai du petit-dej’. « Mééé euh, C koi sa un chèèè? » vous dites-vous peut-être. Alors, premièrement, ça se prononce « Tchay » et deuxièmement, c’est le mot hindi pour dire le thé. Mais c’est aussi une toute autre manière de le préparer. Pour nous, le thé c’est de l’eau chaude, ici, il y a aussi du lait, beaucoup de lait. Du sucre aussi, et parfois des épices. Mais pas dans celui que je me fais le matin. Mode d’emploi : déposer un bon fond de lait dans votre tasse, mettez vos feuilles de thé « Taj Mahal » dans une petite passoire sur votre tasse et versez l’eau bouillante. Ouais, mais ce matin, ma bouilloire marchait pas. (Ben oui, il y avait pas d’électricité on vous dit!) (Ps : admirez comment je retombe sur mes pattes, c’est incroyable). A l’ancienne, j’ai du laver une casserole abandonnée dans l’évier par une des mes colocs et mettre de l’eau à bouillir sur le feu. Heureusement, j’ai une gazinière.

Faut-il porter une kurta ?

Vous êtes encore piégés par des mots que vous ne comprenez pas hein ? Je vous en veux pas, pour moi non plus, kurta ne signifiait rien il y a 10 jours. Pas le temps (ni tout à fait la science, il faut l’avouer) de vous faire une leçon sur les vêtements indiens, on va se contenter de celui-là. Tunique longue (de mi-cuisses aux genoux), généralement fendue sur les côtés jusqu’à la taille, elle existe en toutes les couleurs, tous les tissus, tous les types de manches (no-sleeves / short-sleeves / full-sleeves), tous les prix aussi, et différentes formes de col (le plus fréquent étant tout de même un col en V très peu décolleté). J’en ai pour l’instant 3 : une bleue très basique que m’a donnée ma « famille indienne », une vert foncé aux manches mi-longues et une blanche avec des imprimés gris-bleus, magnifique, achetée dans la très chic boutique Anokhi (une folie à 950 Roupies… Oui, je sais, ça fait 13€95). Ce matin, j’ai décidé de mettre l’Anokhi avec un pantalon beige et des sandales, en me demandant quel allait être le regard que porterait les Indiens sur une occidentale habillée « à l’indienne ». Résultat : sur les 4 fois où j’ai pris le rickshaw aujourd’hui, je ne me suis pas faite arnaquée une seule fois et j’ai réussi à faire mettre le « meter » sur les deux longs trajets (Le « meter » est le compteur de kilomètres. Sur les ricksaws, c’est normalement obligatoire, mais bien sûr, ils refusent de l’allumer lorsqu’ils ont affaire à des occidentaux, préférant négocier un prix – souvent 20 à 50% supérieur). Rouler des « r » en anglais et abuser du « bahia! » (littéralement « frère » – très fréquemment utilisé par les Indiens dans la rue, même quand ils ne se connaissent pas) a certainement aidé. Morale de l’histoire : Oui, il faut porter une kurta. Et se sentir bien dedans.

Comment expliquer à un vendeur un peu lourd qu’on n’est pas en Inde pour acheter des brosses en plastique made in China ?

Palika Bazar, lieu de tous les relous qui ont aussi essayé de nous refourguer… Des films pornos !

Problème fréquemment rencontré dans les nombreux marchés dans lesquels nous dépensons des milliers de roupies flânons ; les « gros lourds ». C’est-à-dire ceux qui non seulement essaient de te vendre des choses par des grands cris « Aié ! Aié ! » (« venez, venez ») (ce qui, après tout, peut paraître légitime), mais ont deux caractéristiques qui les distinguent : ce qu’ils vendent est inutile/moche/sans aucun intérêt/totalement banal en Europe – comme par exemple une brosse en plastique made in China, un rasoir électrique, ou encore des piles (pourquoi?) et en plus, ils insistent lourdement « very good price, what is your price ?, only fifty roupies« . Sans comprendre qu’en fait, on n’est absolument pas sensibles à leur marchandise, quelque soit leur tentative de « street-marketing ».

Heureusement, parfois, on trouve des marchés magnifiques où personne n’a besoin de nous convaincre de quoique ce soit pour qu’on achète des choses…

Dilli haat : vêtements, bijoux, déco et surtout écharpes en Pashmina

Fabrications artisanales dans le ravissant et calme marché de Dilli Haat

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Ce qu’on apprend sur une ville en prenant son métro

Alors qu’ici il pleut comme vache qui pisse (et vu le nombre ainsi que le pouvoir sacré des vaches en Inde, je vous laisse imaginer ce que ça donne), je suis coincée à l’intérieur, et donc tenue d’avancer ce blog.

Aujourd’hui, j’essaie de vous proposer une petite leçon (je l’espère, un peu moins con que les leçons de Charlotte Lebon sur Canal+) sur le métro New Delhite, que j’ai eu pas mal l’occasion d’emprunter ces derniers temps (notamment à cause des recherches de logement qui je l’espère, vont aboutir).

Pub irréaliste dans le métro de Delhi (comme quoi, c’est un métro normal)

Petite histoire du métro de New Delhi

Il faut savoir qu’en Inde les transports en commun ne sont pas très répandus. Au niveau national, il y a un assez gros réseau de train – avec encore plus d’aléas sur les retards que la SCNF, pour sûr!, des lignes d’avion intérieures, et même des lignes de bus. Mais si l’on parle de ce qui se passe au sein même des grandes villes, comme Delhi, Mumbai (Bombay) ou Calcutta, c’est une autre histoire. Ici, les véhicules, qu’ils soient à moteur (voitures, auto-rickshaw, motos) ou sans moteurs (cycle-rickshaw, charrettes les plus invraisemblables) sont encore des moyens plébiscités pour se déplacer. Mais voilà quand vous traversez une ville aussi énorme que Delhi (presque 1500 km2, contre, pour vous donner une idée, à peine 105 kmpour Paris), le tacos, même en Roupies, ça commence à vous coûter cher.

Des cycle-rickshaw sous la mousson

D’où l’utilité du métro, qui n’est pourtant arrivé à Delhi qu’à partir de 2002 (et grandement développé avec l’accueil des Jeux du Commonwealth). Bon, on n’arrive pas encore à la même couverture que le métro parisien, qui ne vous fera marcher que 3 minutes de plus si vous descendez une station trop tard mais tout de même, c’est déjà pas mal. Maintenant, au lieu de continuer à vous balancer des chiffres que n’importe quel glandu peut trouver sur l’Internet, rentrons un peu au coeur du métro.

Tout d’abord, les contrôles de sécurité

On m’avait dit que l’Inde était un pays « dangereux », en particulier la ville de New Delhi. J’imaginais que c’était le résultat d’un certain laxisme en matière de sécurité qui était la cause de ce danger. Or, bien au contraire, lorsqu’on veut prendre le métro, on est surpris par les contrôles effectués. C’est (presque) comme dans un aéroport américain : deux à trois militaires observent vos sacs se faire scanner (heureusement, on a quand même le droit de transporter du liquide), pendant que vous passez à un portique où un/e militaire sera chargé/e de vous palper/fouiller. Bien sûr, les femmes sont contrôlées par des femmes, les hommes par des hommes. Un fois ces contrôles de sécurité franchis, il faut passer le portique avec sa carte ou son jeton. Au cas où vous vous posez la question, il est impossible de frauder dans le métro New Delhite (pas sûre non plus que ce soit très rentable, vu qu’un trajet coûte au maximum 20 Rps, soit moins de 0,30€). Je n’ai pas encore eu le temps de mener un sondage représentatif de la population indienne (dit comme ça, cette ambition parait de toutes les façons démesurée) mais en en parlant à quelques indiens, il s’avère que ce regain de sécurité, également présent devant toutes les attractions touristiques et l’entrée des bazars (en bref, la plupart des lieux à forte concentration humaine, donc pas mal de lieux) serait du aux attentats de septembre 2008 qui ont vu l’explosion simultanée de 5 bombes dans la capitale.

« Women Only »

Femmes entrant dans un wagon réservé (photo: internet)

Une fois les contrôles surmontés (avec brio, étant donné que je transporte rarement des armes), vient l’épineuse question du wagon pour dames. Dans tous les métros, un wagon est en effet réservé exclusivement aux femmes (« women only« ). En effet, Delhi étant une ville « not safe for women« , on s’est dit après de nombreux petits incidents qu’il serait beaucoup plus sûr de mettre toutes les femmes dans des wagons réservés. En soi, les wagons sont exactement les mêmes que ceux pour hommes, et même pas séparés par une porte – mais attention à l’homme qui a le malheur de s’asseoir dans le wagon pour femme ! (je n’en ai jamais vu d’ailleurs) Des gardes régulent le flux humain et empêchent les hommes de pénétrer dans ces wagons.

Du coup, je me suis posé la question de si je devais prendre le wagon « women only » ou pas. Car, comme vous pouvez le deviner, du coup, tous les autres wagons deviennent officieusement des wagons « men only ». Ou bien « groupe mixte ». En gros, on conçoit difficilement qu’une femme seule se mette dans un wagon mixte, alors qu’un wagon est fait pour elle. J’avoue que j’ai abandonné toute considération idéologique de féministe et me suis placée dans le wagon pour femme en bénissant ma chance d’avoir une place assise (les « women only » sont généralement beaucoup moins encombrés que les autres). Pas la peine d’ajouter encore le poids du regard curieux/réprobateur des Indiens dans le métro si on peut l’éviter. Pour la petite anecdote, trois amis français (deux filles et un garçon) entrant dans la catégorie « groupe mixte » se sont placés dans un wagon normal et se sont fait prendre en photo (pas qu’une seule fois, et pas discrètement non plus).

La sécurité au prix de la non-mixité ? Question à méditer…

Namaste, une tranche de vie indienne aujourd’hui ?

Pardonnez moi mon absence de l’Internet ces derniers jours. Il faut dire que j’ai vécu pas mal de choses (parfois, j’ai l’impression qu’une journée dure en fait une semaine). J’écris aussi un carnet de voyage qui me prend environ 5 pages par jour (et encore, j’ai l’impression de ne rien dire de ce que je pense), c’est pas évident de tout mener de front.

Quoiqu’il en soit, tout va bien, d’autant que je vis depuis quelques jours chez une famille indienne, grâce à mon réseau d’opportuniste de Sciences Pistes à l’aise en société. Hindous, ils font partie de la classe aisée et travaillent dans l’exportation – je n’ai pas vraiment compris de quoi d’ailleurs. Du coup, aussi difficile que cela puisse paraître, ils sont à la fois très indiens et très européanisés.

« You know, as I work in export, I see many european people, so I bought mineral water for you, don’t worry. »

la meilleure eau minérale d’Inde est himalayenne

Ils m’ont accueilli très gentiment, avec, j’imagine, une certaine fierté d’avoir les moyens de vivre « à l’européenne » (air climatisé dans toute la maison, eau chaude, wi-fi, oeuvres d’art du monde entier accrochées au mur, et fringues occidentales). La famille se compose de la mère, du père et de leurs deux filles (je connais la plus jeune, rencontrée à Sciences Po, mais qui est encore en France). L’ainée m’a tout de suite prise sous son aile, m’a fait essayé des fringues indiennes et a commencé à me parler (en très bon anglais d’ailleurs) de son pays. J’en apprends plein sur ce pays, et je note soigneusement des pistes de réflexion à explorer pour vous en faire part un jour.

Ma chambre d’invitée

La vie ici c’est plutôt facile. Tu te lèves le matin, tu dis au « bon » (l’indien qui fait le ménage, les courses, la cuisine et tous les travaux ingrats dans la maison) ce que tu veux pour le petit dej’, tu pars vivre ta vie (submergé des conseils de la soeur ainée) et t’essaies de rentrer pas trop tard le soir pour ne pas que la mère soit trop choquée (« Be careful, Delhi is not safe for women« ). Et quand je dis pas trop tard, c’est-à-dire que 21h30 ça commence à craindre.

Quelques petites anecdotes marrantes et/ou révélatrices

La nourriture d’abord (toujours). La mère est végétarienne, la fille non. Je ne sais pas pour le père. Leurs repas sont préparés par le « bon » et ils ne mangent pas forcément tous ensemble (on est loin du « repas de famille » à la française). Ils font leur yaourt, leur fromage (très frais, ne pensez même pas au comté de 12 mois d’âge) et leur pain maison. Et quelle variété de pains ! Naan, roti, chapati… c’est toi qui choisis! Ah aussi, et ça c’est trop mignon, la mère a demandé au « bon » de ne pas faire des trucs trop épicés pour moi…

Après il y a les fringues. D’après ce que j’observe et ce qu’elle m’en dit (appelez moi Sherlock Holmes) la fille ainée est absolument fan de fringues, autant occidentales qu’indiennes. Elle va m’emmener acheter des kurtas (tuniques indiennes, qui vont à peu près jusqu’à mi-cuisses et peuvent ou non couvrir les bras) jeudi prochain. Elle va aussi me donner l’adresse d’un tailleur, pour que je puisse, avec de la soie que j’aurais achetée, faire refaire une robe que j’ai emmené (à cet effet). Environ 30€ la robe en soie, moitié moins en coton, « Is it ok for you?« . Oh yes, it is. Mais sinon, je crois que je vais lui dire qu’aller faire du shopping de fringues « occidentales » (Gap, Ralph Lauren) ne m’intéresse pas beaucoup…

Allez, une dernière pour la route. Avec son fiancé, la fille ainée m’a emmené diner dans un resto libanais/indien/algérien.

« Sweet Paan » (mode d’emploi : ouvrir la feuille de bétel, mettre le truc dans la bouche et mâcher jusqu’à ce que ce soit humainement possible à avaler)

Le gros truc de « rebelle » où tu peux acheter de l’alcool (donc je dois dire que les mojitos indiens sont bien meilleurs que ce à quoi je m’attendais) et fumer une chicha. C’est là où l’on peut dire que c’est occidentalisé (sans compter qu’on y est allé en grosse voiture blanche magnifique et climatisée). Mais bon, quand même, à 22h30, il était super tard, parce que c’est l’Inde… On a juste fait un stop pour acheter des paans, le truc au goût le plus indescriptible de toute ma vie. C’est sucré, très fort, faut mâcher pendant longtemps, c’est tout ce que je peux dire…

« When you’ll be ready, I will make you taste the chocolate paan and the ice paan. »

When I’ll be ready for it (c’est le truc qu’ils me disent tout le temps), il y a plein de trucs que je ferais pour profiter à fond de ce pays de fous…

Inde, J+2 – Des dernières fois aux premières

En deux jours, il se passe généralement beaucoup de choses.

Les 17 et 18 juillet derniers, que j’en ai conscience ou non, un certain nombre de gestes du quotidien sont devenus « la dernière fois que… »*

La dernière fois que je mange du roquefort, la dernière fois que je bois de l’eau du robinet (à ce propos, je remercie le groupe Odelaf, qui a eu la gentillesse de me dédicacer un morceau de leur chanson, faut chercher par là, autour de 1mn45), la dernière fois que je vois ___, ____, ______, _______, _______ ou encore _____-________ (mais oui, vous allez bien trouver un endroit ou caser votre nom, moi je dois trouver de la place dans mon coeur et dans ma tête c’est encore plus dur), la dernière fois que je prends une douche à l’eau chaude (apparemment), la dernière fois que je mets un maxi-décolleté sans en avoir rien à foutre, la dernière fois que je comprends tout ce qui se passe autour de moi.
Beaucoup de choses auxquelles on renonce. Et si on y renonce de manière aussi délibérée (ou presque) et volontaire (on écrit même des lettres de motivation pour ça!), c’est bien parce qu’on s’attend à des bonnes aventures quelque part.

Et en deux jours, ces 20 et 21 juillet 2012, il y en a eu des aventures ! Les premières fois furent aussi nombreuses que les dernières. Cela mérite un petit panel des premières expériences :

Se déplacer d’un point A à un point B

Delhi’s map

En deux jours, je n’ai pour l’instant testé que trois moyens de locomotions parmi la multitude qu’une ville comme Delhi propose (il ne manque plus que le tapis volant). Le taxi, pour aller de l’aéroport à l’hostel, c’était assez épique. Des amis de ma maman l’ayant stressée, elle avait j’avais un tas d’appréhensions à ce sujet. Au final, tout s’est bien passé, je vérifiais qu’il n’allait pas à l’autre bout de Delhi sur une carte récupérée à l’aéroport et regardait le monde extérieur, en regrettant le manque de ceinture de sécurité. Dans ce coin de Delhi, la circulation n’est pas si dense (en comparaison avec mes souvenirs du Viet-nam) et la vitesse pas si élevée. De là à dire qu’il y a un code de la route faut pas non plus exagérer.
La première fois en Rickshaw, c’était plus épique. Renseignée à la réception de l’hostel sur le prix de la course et sur le temps (100 Roupies – 30 à 40 min) que cela prendrait jusqu’à Old Delhi, j’ai envoyé chié le conducteur de rickshaw qui me proposait de me conduire au métro pour 50 Rps (à environ 800m). Au final, je m’en suis sortie pour 120Rps (environ 2€). Arnaquée, mais pas trop… L’avantage du rickshaw, c’est de pouvoir observer Delhi et les gens autour – moment de fou rire avec mon conducteur quand il a fait un geste équivoque à l’espèce d’homme d’affaire sur son scooter qui klaxonnait comme un barge au feu rouge. Première confrontation à la mendicité et à la vente de noix de coco (toujours ces feux rouges semés d’embûches).
Enfin, le troisième moyen de transport testé pour le moment, immémorial, ces fidèles pieds. Aujourd’hui, pour déambuler dans l’Old Delhi, on peut dire qu’ils m’ont rendu un fier service.

Et demain, je teste le métro.

Se nourrir sans peurs et sans reproches

J’avais décidé d’être gentille avec mon corps et de ne pas lui imposer le même jour décalage horaire + fatigue + chaleur + nourriture étrange et super-épicée. J’ai donc opté pour du soft le premier jour (il est même possible d’acheter du pain de mie en Inde). Mais aujourd’hui, après m’être levée trop tard pour le petit-dej’ indien de mon hostel, j’ai décidé d’enfin me mettre à la bouffe indienne.

Fast food végétarien avec Butter nan, tofu en sauce (au milieu), riz et autres délices épicés.

Premiers « butternaan » (espèce de galette de farine beurrée à tomber par terre), premières épices (et encore, on demande du « noooot spicy pliz, verrrry soft »), premier repas 100% végétarien et premier test d’une adresse du Routard, notre vaillant compagnon. Je ne dirai peut-être pas ça dans 2 jours (si malade) ou dans 2 mois (quand l’excitation des premières fois sera passée) mais pour l’instant, ça me plait beaucoup ! Sans même parler de l’aspect financier – 2 à 3€ par personne…
Pour l’eau c’est plus compliqué. J’ai utilisé ma première pastille de micropure et je vais boire cette eau ce soir, je vous dirai si c’est fiable ou non dans 2 jours…

J’espère me réveiller assez tôt demain pour inaugurer mon premier petit-dej indien ! Pour cela, il va falloir écourter un peu, mais imaginez bien que j’ai fait beaucoup d’autres choses (j’essaierai de fournir encore plus de photos prochainement).

Et il y a d’autres premières fois à venir qui risquent de s’avérer incroyable :

– le premier repas dans une famille indienne (prévu demain midi ou soir)
– la première conversation en Hindi (prévu… pas pour tout de suite)
– les premiers vêtements indiens que je vais acheter (prévu pour bientôt)
– les premiers amis indiens (ça ne saurait tarder)

Come on guys, it’s gonna be INCREDIBLE, it’s gonna be INDIA !

Old Delhi

* lorsque je parle de dernière fois tout au long de cet article, ce n’est pas, je l’espère, la dernière fois de ma vie, mais seulement la dernière fois avant une année entière loin de chez moi.

Mettre les pieds dans 2 des 5 BRICS en moins de 12H

Il s’agit de commencer cet article par un rappel, afin qu’on ne m’accuse pas d’être élitiste. Puis de prendre un ton pédant et détaché, sans doute parce que je le suis quand même.

Que sont les BRICS ?

Acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud (South Africa), le terme BRICS désigne ces pays qui ont pour point commun de n’être plus tout à fait pauvres/émergents (choisissez votre degré de politiquement correct), quoiqu’assez loin du modèle occidental. Taux de croissance supérieurs à 5%, voire à 10%, superficies, populations et/ou richesses naturelles phénoménales, il n’est que normal que c’est pays (re)gagnent leur place de puissance majeure. Si ni leur(s) niveau(x) de développement, ni leurs modèles sociaux/politiques ne sont comparables avec ceux des pays de l’hémisphère Nord ; il est intéressant de se demander s’ils proposent pour autant un modèle alternatif viable ou s’ils prennent la voie d’une uniformisation dans la mondialisation. Si l’on peut parler des BRICS comme d’un bloc parce qu’ils posent tous cinq ces questions, il me semble* que les réponses que l’on puise en chacun sont différentes.

Voilà, maintenant que c’est clair comme de l’eau de roche de brique de brics (en fait je laisse tomber mon nullissime jeu de mot, l’eau des BRICS n’est sûrement pas la plus claire du monde), on peut enfin revenir au centre d’intérêt principal de ce blog, à savoir ma vie (bah oui, quand même).

Ma vie et celle des autres futurs New Delhites

Il était une fois, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, quatre filles, un garçon et leurs proches (lesquels, contrairement à ce que suggère ma tournure de phrase, n’étaient pas hermaphrodites) qui essayaient plus ou moins de garder leur contenance en se faisant des adieux déchirants. Les formalités de douanes passées avec un succès relatif (le nom du garçon, à moins que ce ne soient ses yeux embués, faillit déplaire à la sécurité, pour des raisons assez obscures), les vaillants compatriotes embarquèrent pour ce qu’ils appelaient par anticipation « la plus belle année de leur vie ». Quelques champignons radioactifs, un morceau de camembert présidentiel, et un survol des datchas** russes plus tard, leur avion se posait sans encombres à Moscow.

Là, leurs points de repères se mirent à vaciller. Les heures n’étaient plus les bonnes, le temps s’écoulait lentement ; seule leur faim les rappelait à la réalité. Les sons avaient changé aussi, et la délicieuse mélodie sortant sans aucune parcimonie de la bouche des gens qui les entourait allait les accompagner durant tout leur trajet. Et puis, il eut été trop facile de se reposer sur le confort de la modernité, les écritures et les prix ne pouvaient donc rien signifier non plus.

Un Burger King, version Moscow airport

Un Burger King, version Moscow airport

Mais enfin, ils survécurent. Leur groupe parvient même à s’agrandir des deux énergumènes qui réussirent à les retrouver sans même avoir fixé un rendez-vous précis. Il ne doit pas y avoir tant de voyageurs que ça en transit  Moscou-Delhi…

Ici c’est Aeroflot

ça sent bon l'URSS

ça sent bon l’URSS

Enfin, c’est le moment où l’on monte (après le passage obligé devant des agents de sécurité dont le but est visiblement de rappeler à tous ce qu’était l’URSS) dans ce que nos amis les moins bienveillants ont parfois surnommé un « cercueil volant », à savoir un avion apprêté par Aeroflot. Moscou-Delhi ; un drôle de mix. Des blonds à la peau pâle et des bruns moustachus à la peau mâte (non je ne tombe pas dans les clichés). Et puis des grappes d’Européens au milieu parce qu’ils sont un peu partout ceux-là, surtout en juillet.

Quelques cocas servis par les merveilleuses Tatiana et Olga, un film très très niais (vous trouverez peut-être ça dans culture et confiture à l’occasion), 150 pages du Routard, 8 tentatives infortunées pour trouver le sommeil et un certain nombre d’annonces en « ranglais » (nouveau mot pour désigner le son que produit un Russe qui tente de parler la langue de Shakespeare) plus tard, il fait nuit. Les lumières de Delhi apparaissent sous notre carlingue pendant que la vidéo de l’atterrissage est retransmise en direct sur les écrans vidéos disponibles sur chaque siège.

L’avion se pose. Applaudissement. Ça y est, on l’a fait. Désormais, Mai Dilli me hu (je suis à Delhi).

J’attends qu’il m’arrive des choses plus intéressantes que « patienter 3h sous un ventilateur dans un hall d’hôtel » pour vous parler vraiment de Bharat (l’Inde).

* Je me permets d’ailleurs de rappeler que ce blog n’a pas vocation à servir de cours de relations internationales mais à refléter l’expression de mon opinion à un moment donné. Si celle ci vous indigne, il y a une application pour ça.

** Chère voisine d’avion de ce moment-là, fais partager ta russologie et corrige moi si je fais une fôte d’ôrtôgrafe.