Hier, j’ai vu un film indien sur la situation des Dalits

Que les choses soient claires : ce n’était pas un Bollywood. Mais restez, c’est peut-être intéressant quand même.

Delhi, capitale culturelle ?

Osian’s cinefan (Image: internet)

Ce n’est pas le premier adjectif qui nous vient à l’esprit pour qualifier la métropole. Pourtant, la ville accueille pour la douzième année consécutive le festival Osian’s Cinefan. Kesako ? 7 jours, 5 salles, et des centaines de films pour célébrer le cinéma indien, arabe et asiatique. Deux avantages incontestables : la gratuité, dans un pays où le cinéma est réservé à la classe moyenne/aisée, donc cher (entre 5 et 7€ la place, quand le salaire moyen toutes catégories confondues est de 40€ par mois!!) et surtout les sous-titres en anglais. Car, malgré le fait que je sache presque compter jusqu’à 5, mon Hindi est encore un peu trop limité pour comprendre un Bollywood au cinéma (qui n’a que très rarement des sous-titres en anglais). Convaincus par ces atouts de poids, nous nous sommes donnés rendez-vous une heure en avance pour avoir des places.

Une fois qu’on s’est inscrit à un comptoir, on reçoit une petite carte. Puis il faut faire la queue pour avoir une place pour le film voulu. Ça a l’air bien organisé, n’est-ce pas? Sauf qu’en fait, on nous dit qu’il n’y a plus de places pour notre film mais qu’on peut peut-être y aller quand même. Du coup on se rend quand même devant la salle et on finit par rentrer en jouant des coudes… et par être assis au premier rang. Oui, c’est pas très logique. Surtout que le staff avait l’air de compter le nombre de personnes qui rentraient dans la salle, d’ailleurs ils ont dit « stop now » juste au moment où je m’apprêtais à franchir la porte. Mais bon, je leur ai dit que j’étais avec le groupe de devant donc ils ont dit « ah ok » et m’ont laissée rentrer quand même. Au final, ils ont laissé une trentaine de personnes de plus s’asseoir par terre. Bah oui, c’est l’Inde quand même.

Alms for the blind horse (L’aumone pour le cheval aveugle)

Comme je l’ai dit précédemment, il ne s’agit pas d’un Bollywood. Bien loin du kitsch, des paillettes, des chansons, et des histoires d’amour, le réalisateur Gurvinder Singh nous sert le quotidien d’une communauté de caste inférieure dans l’Etat du Penjab, au Nord Ouest de l’Inde. Voilà, je suis trahie, tout cet enrobage pour réussir à vous parler enfin du phénomène des castes en Inde... En vérité, si cela vient si tard, c’est parce que je ressens très peu cette division de la société ici à New Delhi, a fortiori dans le quartier où j’habite -Bengali- ou dans mon université à majorité musulmane. S’il existe en Inde des sortes de castes même dans les religions monothéistes, cela reste une invention de l’Hindouisme moderne (enfin c’est plus compliqué que ça, mais j’y reviendrais sûrement plus en détail une autre fois). Dans la capitale, le classement des individus selon leur argent semble bien plus effectif, même si je me doute bien que les travailleurs du bois que j’ai croisé dans un marché ne sont pas issus de la classe des prêtres.

Petit rappel à propos des castes

Premièrement, on préférera parler des quatre varnas, terme exact pour désigner ce que l’on appelle à tort les castes. Le mot « caste » vient du portugais et correspond plutôt à la traduction du mot hindi jâti, qui est utilisé pour découper la société selon les professions exercées (on se rapproche plus des corporations de métiers, avec plus de 4000 jâti !). Les 4 varnas correspondent à quatre parties du corps du dieu Brahma :
– les Brahmanes sont la bouche du Dieu, ils sont donc le lien direct avec la religion et le sacré et exercent des fonctions de prêtres ou d’enseignants ;
– les Kshatriyas sont les bras : c’est la varna qui gouverne, administre ou combat.
– les Vaishyas, les cuisses, se chargent de cultiver la terre ou de commercer
– Enfin, les Sudras, les pieds, seront employés comme serviteurs.
Les gens qui nous intéressent aujourd’hui, ce sont les autres, les oubliés des textes ; ceux qui ne font pas partie du corps de Brahma. On parle d’environ 16% de la population qui est considérée comme non divine, impure ; intouchable. Plus politiquement correct, on emploie le mot « Dalit« .

Le système est officiellement aboli par la Constitution indienne et tend à perdre en importance. Toutefois, comme le rappelle le film de Gurvinder Singh, être un Dalit aujourd’hui implique souvent une condition de vie misérable. Dans une campagne du Penjab, une communauté de Dalits proteste contre la démolition de la maison d’un des leurs par le propriétaire officiel du terrain. Les autorités donnent raison au propriétaire légal (qui appartient à une haute caste bien sûr). Melu Singh, un des fils de la communauté part tenter sa chance en ville mais, en tant que rickshaw-wallah (conducteur de rickshaw) il ne parvient pas à sortir de la misère. Se sentant sombrer dans l’alcoolisme, il finit par retourner chez les siens. Ce film aux images saisissantes montre l’inexorabilité et l’impossibilité de s’échapper, même au XXIe siècle.

Méritocratie et ascenseur social ne sont pas la règle ici.

Pour le moment, ça sera tout pour les castes, mais j’essaierai d’y revenir un peu plus tard avec encore plus d’explications compliquées ! …

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2 réflexions au sujet de « Hier, j’ai vu un film indien sur la situation des Dalits »

  1. J’aime ta nouvelle image de « couverture « , Tu nous plonges direct dans l’ambiance Indienne.
    Je m’aperçois que j’attends tes nouvelles ….à chaque fois que je m’approche de l’ordi!
    Merci donc .
    Bises

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