Ce qu’on apprend sur un pays en allant à l’université

En allant en cours en Inde ce matin, j’ai appris que :

– le Ramadan présente des avantages insoupçonnés
– le divorce, c’est occidental
– mais la corruption, c’est très indien

Comme je l’ai mentionné dans la présentation de ce blog, la raison officielle de ma présence en Inde est de suivre un an de cours à l’université (et non pas de voyager partout pour découvrir plein de paysages magnifiques). Je suis donc inscrite à la Jamia Millia Islamia, école religieuse (musulmane) puis laïque, puis re-musulmane. En gros, au quotidien, cela veut dire qu’environ 50% des étudiants sont musulmans (alors que la minorité musulmane représente entre 13 et 15% de la population indienne), mais non, je ne vais pas en cours voilée. Et je trouve même des camarades de classe pour déjeuner avec moi à la cantine en plein Ramadan. En parlant de Ramadan, j’ai reçu un texto l’autre jour d’un ami indien musulman, qui, désespéré de ne pas pouvoir aller déjeuner avec moi à la cantine m’a proposé de me joindre à son groupe d’amis pour l’Iftar, c’est-à-dire le repas du soir célébrant la fin du jeûne. Ayant ouïe dire que cela rimait généralement avec « nourriture en abondance », j’ai (évidemment) accepté.

Samosa et Pakora

Jalebi & dattes

Je crois que je vais me contenter d’une énumération et de quelques photos pour vous prouver à quel point j’ai eu raison : Samosas, pakoras (beignets d’oignons ou autres légumes frits avec une sauce piquante), Momos (ravioles chinoises au poulet et aux herbes), salade de pois chiches dans une sauce délicieusement épicée, dattes évidemment, salade mangues-bananes-jus d’orange verte (oui, les oranges sont vertes ici, c’est normal), pastèque et Jalebi, sorte de beignet ultragras-ultrasucrés-ultrabons. Le tout en quantité impressionnante (sinon ça ne serait pas drôle) pour les 8 ou 10 que nous étions.

Mais avant de profiter de ce fabuleux repas, j’ai passé quelques heures en cours tout de même. Dont des moments assez enrichissants. Notamment lorsque ma professeure de Skills for Conflict Transformation a essayer de nous faire comprendre l’importance de la perception et du symbolique dans la formation d’un conflit. Pour ce, elle a décidé de prendre un exemple de conflit de la vie courante. Je cite :
– « To make it easier for you to understand, let’s take an example. I will take an example in a western context. In any occidental country, imagine two people John and Susan, who decide to divorce. »
Elle nous a expliqué ensuite que le couple pouvait régler des histoires financières compliquées facilement et buter sur le partage de certains objets très peu chers mais ayant une forte valeur symbolique, tout comme deux pays pouvaient se battre pour pas grand chose, mais en ayant le sentiment/la perception que cela représente beaucoup. Pas faux, pas inintéressant non plus. Mais quelle est l’utilité de préciser que le divorce se passe dans un contexte occidental ? Cela n’existe pas en Inde ? Si le taux de divorce est un des plus bas du monde (estimé à environ un mariage sur 100, malgré l’absence de statistique officielle), le divorce est tout de même légal et les conditions sous lesquelles il peut être prononcé ont été simplifiées il y a deux ans. De plus, il est théoriquement très facile pour les hommes indiens musulmans puisque l’Etat indien reconnait pour cette minorité religieuse la prévalence de la loi musulmane sur la loi indienne en matière de divorce (comme le montre l’affaire Shah Bano). Ce qui veut dire que, théoriquement, un homme indien musulman peut divorcer de sa femme en prononçant trois fois le mot « Talaq » devant deux témoins. Et c’est tout. Plus simple que la paperasse occidentale… Mais le divorce ne concerne que des John et des Susan, il ne faut pas l’oublier. 

Autre cours, autre style. La question posée est : « Why do we need a State? » (pourquoi a-t-on besoin d’un Etat). En bonne Sciences Piste, je pense au contrat social de Rousseau, au Léviathan de Hobbes ou encore au monopole de la force légitime de Max Weber, mais non, le professeur nous explique que l’Etat sert à fixer des règles arbitraires qui organisent la société. Soit. Un exemple, un exemple, un exemple ! Profitant du fait que deux Françaises daignent assister à son cours, il parle de l’organisation de la circulation routière. En Inde, c’est comme en Grande-Bretagne, et donc c’est l’inverse de la France. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière de faire, les deux sont possibles, mais il faut que tout le monde respecte la même organisation – fixée par l’Etat. L’Etat a aussi le devoir de faire respecter cette organisation. Donc, par exemple, si les Françaises louent une voiture en Inde et roulent du mauvais côté, les policiers indiens mandatés par l’Etat pourront les arrêter. Bon en vrai, vous pourrez leur donner quelques centaines de roupies et vous ne devriez pas avoir de problèmes (rires dans la classe). Mais sinon ils doivent vous mener en justice devant l’Etat.

Diversité des véhicules circulant à Delhi – un dimanche après-midi

J’ai hâte d’avoir le permis pour pouvoir corrompre des fonctionnaires indiens. Si je survis assez longtemps en roulant du mauvais côté pour me faire arrêter…

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2 réflexions au sujet de « Ce qu’on apprend sur un pays en allant à l’université »

  1. Attention, moi j’ai entendu dire que les momos étaient Tibétains. Parle-en à ta prof de Skills for conflict transformation pour voir si symboliquement, c’est important dans le conflit sino-tibétain. Non, parce que ça en a tout l’air. 😉

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