A la rencontre de Bombay, Shantaram

Shantaram ? Est-ce une nouvelle formule de politesse à la mode ? Une sauce de légumes particulièrement épicée ?

Mieux, c’est un surnom. Le surnom d’un évadé de prison australien qui atterrit en Inde, à Bombay, cadre du livre éponyme (Shantaram) dont il est question aujourd’hui. On est là face à un bon gros livre comme on les aime, dans lequel on plonge dès les premières pages. Le héros, un étranger, blanc, qui ne connait rien de l’Inde, débarque là un peu par hasard et doit s’adapter à la ville de Bombay pour ne pas être démasqué, repris par la police, et renvoyé en prison. Et il faut dire qu’il ne s’en sort pas mal, entre bars pour jeunesse dorée, sombres fumeries d’opium, bidonvilles tentaculaires et Histoire d’amour tarabiscotée. On passe d’une page à l’autre du Bombay des touristes à celui des guides touristiques, au Bombay de Bollywood à celui du marché noir, au Bombay des prostituées à celui des gourous en tout genre ; en découvrant comment ces diverses facettes se lient subtilement pour ne former qu’une seule ville. Ce sont autant sur les différents aspects de la ville que de l’humain (et notamment du héros-narrateur) que l’on s’interroge.

La fin du livre est un peu moins extraordinaire, mais si vous avez l’intention d’aller en Inde (particulièrement à Bombay), ou mieux si vous y avez déjà mis les pieds, ce livre vous plaira forcément. Si ce n’est pas votre cas, il vous donnera sûrement envie de venir.

Autant que sur Shantaram, je voudrais orienter cet article sur Bombay. Je vous propose donc deux citations extraites du début du livre ainsi que quelques photos que j’ai prises à Bombay fin décembre.

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« La première chose que j’ai remarquée à Bombay, le premier jour, était l’odeur d’un air différent. J’ai pu la sentir avant même de voir ou d’entendre quoique ce soit de l’Inde, dès que j’ai parcouru le tunnel sui reliait l’avion à l’aéroport. J’étais exité et ravi par l’odeur de cette première minute à Bombay (…)

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La mosquée Haji Ali.

Je sais maintenant que c’est l’odeur douce et suintante de l’espoir, qui est le contraire de la haine ; et c’est l’odeur aigre et confinée de la cupidité, qui est le contraitre de l’amour. C’est l’odeur des Dieux, des démons, des empires et des civilisations en plaine décomposition et résurrection. C’est l’odeur de chair bleue de la mer, où que vous soyez dans Island City, et c’est l’odeur de sang et de métal des machines. C’est l’odeur de l’agitation, du sommeil et des déchets de soixante millions d’animaux, dont plus de la moitié sont des hommes et des rats. C’est l’odeur des chagrins, de la lutte pour la survie, des échecs et des amours qui font naître notre courage. C’est l’odeur de dix mille restaurants, cinq mille temples, autels, églises et mosquées, et de cent bazars consacrés exclusivement aux parfums, aux épices, à l’encens et aux fleurs fraîchement coupées.

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(…)

C’était la pire bonne odeur du monde. »

"Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts."Gateway of India.

« Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts.« 
Gateway of India.

« Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts. Un char à bœuf était arrêté à un feu rouge, à côté d’une voiture de sport. Un homme était accroupi pour faire ses besoins derrière l’abri discret d’une antenne satellite. Un chariot élévateur déchargeait des marchandises d’une antique charrette en bois. Tout donnait l’impression qu’un passé lointain, à la fois laborieux et infatigable, s’était écrasé dans les barrières du temps, intact, dans son propre futur. »

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Shantaram, Gregory David Roberts.

Mumbai Street Food

Comme n’importe quelle ville d’Inde, ou peut-être plus encore, Bombay (Mumbai) ne laisse pas indifférente. Enfin, on voit de nos propres yeux la ville qu’ont décrite avant nous des auteurs de toutes nationalités. D’ailleurs, je vous promets une mise à jour de la page Culture et Confiture bientôt, avec ces deux chefs-d’oeuvre ayant Bombay pour toile de fond : A fine balanceL’équilibre du monde– de l’Indo-Canadien Rohinton Mistry et Shantaram de l’Australien Gregory David Roberts. Je n’oserais ajouter mes humbles mots après tous ceux, si justes, que j’ai lu au sujet de la Megacity, aussi je vais me contenter de photographies. Par ailleurs, cela fait longtemps que le sujet de la nourriture n’a pas été abordé dans ce blog. Laissez-moi donc vous inviter à une plongée photographique dans la nourriture de rue de Bombay (Mumbai Street Food !).

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PS : Mes compétences technologiques passent au niveau supérieur, je maîtrise désormais le diaporama !

Un article qui pue

Il fallait que j’en parle. L’envie était trop forte, montait au nez comme cette odeur tenace, unique, cette odeur d’Inde. Des odeurs de l’Inde, peut-être avez vous imaginé en lisant ces articles le délicieux et piquant fumet des plats épicés, les parfums raffinés des vêtements soignés, les arômes persistants des oeillets d’Inde qui font honneur aux images des Dieux. Peut-être avez vous aussi pensé aux gaz de pots d’échappement étouffants, à l’odeur d’une ville mouillée après la mousson, aux bouses de vache qui trônent aux endroits les plus improbables ou aux senteurs corporelles frappant celui ou celle qui prend un bus surchargé pendant plusieurs heures sous une température de plomb.

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Déchets empilés devant la mosquée Haji Ali (Mumbai – Bombay)

Il fallait que j’en parle. Il fallait que je parle de l’odeur la moins sympathique (non que la sueur d’Indien ne sied particulièrement à mes narines), celle des déchets. Les déchets dans leur abondance, les poubelles dans leur absence. La première fois que cette odeur m’a paru insupportable, c’était sur une route de deux cent mètres avant d’entrer à Hauz Khas, enclave bobo et chic de Delhi (rappelez vous, j’en parlais ici). La seule chose pire que l’odeur des piles de déchets en décomposition régulièrement exhumée par la mousson, c’est l’odeur de plastique brûlé que les travailleurs de nuit produisent en allument des feux d’ordure pour survivre au froid.

Au delà du désagrément provoqué pour les narines, il me semble intéressant de partager quelques pistes expliquant le pourquoi de la situation. Etape par étape : s’il y a des déchets par terre dans les rues (et il y en a, dans toutes les villes indiennes), c’est parce que des gens les jettent par terre. Parce que la plupart du temps, il n’y a pas de poubelle.

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En France ou ailleurs, nous faisons facilement « disparaître » nos déchets : à la poubelle et on n’en parle plus (bon en vérité c’est un peu plus compliqué, mais disons que même si elle est critiquable, il y a une certaine organisation). En Inde, que ce soient dans les lieux publics (y compris la rue) ou privés, cela se passe différemment. Dans les rues, pas de poubelles publiques mais des tas de déchets organisés de manière plus ou moins logique. Faire disparaître les déchets prend un peu plus de temps : tout d’abord, des enfants/pauvres récoltent les matériaux récupérables pour les revendre, puis viennent ceux qui récoltent ce qui peut servir pour eux (pour la construction de bidonvilles notamment). Et il y a ceux qui brûlent des petits tas de déchets (toxiques) pour se réchauffer, densifiant la couche de pollution durant les mois de novembre-décembre-janvier. Les animaux s’y mettent aussi, vaches et chèvres trouvant parfait les morceaux de plastique et carton qui trainent. Ensuite, d’énormes charrettes récupèrent les ordures, probablement pour aller les balancer dans un terrain vague plus loin.

Ramassage des ordures à Amritsar.

Ramassage des ordures à Amritsar.

Cela se passe de la même manière pour les ordures domestiques : pas de tri, un « garbage boy » récupère les poubelles tous les matins pour 200roupies/mois (3 ou 4€) et les ordures finissent dans le même terrain vague. Ces décharges à ciel ouvert deviennent aussi bien des sources de pollution que de revenus pour les plus pauvres qui tentent de récupérer tout ce qui récupérable (cf. les millions de documentaires qui existent déjà à ce sujet).

Le phénomène se poursuit jusque dans les trains indiens. Les trajets durant parfois longtemps (très longtemps) (comme 48heures par exemple), de la nourriture et des boissons sont vendues tout au long du trajet. Dans des assiettes et gobelets en carton aussitôt balancés par les fenêtres toujours grandes ouvertes. Bilan : des lignes de déchets parallèles aux voies ferrées suivent le trajet du train sans discontinuer. Pour ma conscience d’occidentale consciencieuse, je me suis régulièrement déplacée à la poubelle (oui il y en a une tout de même) au bout du couloir. Jusqu’à ce que remarque que les employés la vidaient… en en balançant le contenu par la porte !

Que de mauvaises habitudes ! J’ai honte mais je l’avoue ; après un certain temps, on ne se pose même plus de question et on fait comme tout le monde en balançant ses déchets par terre.

Cela peut-il changer ? Il y a deux problèmes : ce qui pollue les rues, les lieux public, à savoir, le fait que les gens jettent leurs déchets par terre, et le traitement des ordures à postériori. D’après les différents récits entendus et ce que j’ai constaté à Bangkok et dans le reste de la Thaïlande, de fortes incitations du gouvernement ont permis d’enrayer plus ou moins le premier problème, grâce à l’installation de poubelles et des campagnes de prévention. L’Inde devrait probablement travailler dans ce sens, afin que les gens prennent conscience de l’impact des ordures sur leur environnement (le mot environnement étant utilisé ici à la fois pour décrire le lieu de vie et l’aspect écologique de la chose). Car les ordures sont loin d’être toutes ramassées, notamment celles qui sont jetées dans les fleuves (parfois sacrés!) ou dans la mer. Le problème de traitement des ordures n’est malheureusement pas propre à l’Inde, et je lance un appel aux spécialistes de la question, car je ne saurai prétendre avoir les compétences pour donner ma solution idéale là-dessus…

Deux contes de mariage

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.« 

La plupart des contes de fées européens se finissent comme ça. En Inde, dans beaucoup de cas, le mariage n’est pas un heureux dénouement pour les époux. En effet, si le mariage d’amour se popularise, dans les films Bollywood et dans la vraie vie, mariages arrangés et mariages forcés restent encore de mise parmi toutes les classes sociales. Un des meilleurs articles de blog que j’ai lu est celui-là, qui relate bien une situation courante parmi les Indiens riches/de classe moyenne. Je vous livre à mon tour les deux histoires vraies de deux filles et femmes que j’ai rencontrée. Avertissement : mon article n’est pas rigolo. Vous serez prévenus.

N.* habite à Delhi ; c’est une fille déterminée, courageuse et éduquée. Elle monte un business de papeterie avec deux amis d’enfance. Sa mère, un peu effrayée par l’indépendance de sa fille et par le quand-dira-t-on demande à sa fille de prendre un emploi de salariée dans une entreprise, car c’est mieux accepté et cela préservera les apparences auprès des candidats potentiels au mariage. Candidats potentiels qui se multiplient et dont les demandes, jointes aux sollicitations de la famille de N., se font de plus en plus pressantes au fur et à mesure que les années menacent de déposer des rides sur le visage d’N. Rien n’y fait, N. est une femme moderne, qui fuit tout cela au profit du business dont elle continue à s’occuper après son emploi. Mais un jour, N. fête ses 28 ans, un très gros nombre pour une indienne célibataire. Ses parents en ont conscience, et, de sollicitations, on passe aux supplications, des supplications aux menaces et au chantage. N. rencontre son fiancé quelques fois, chaperonnée par des membres de leurs familles respectives. Elle le hait. La date de leur mariage est fixée pour dans deux mois. Le meilleur ami de N., avec lequel elle tient son business, essaie d’intervenir dans l’affaire, de la sauver de ce mariage qui est plus forcé qu’arrangé. Rien n’y fait, les familles sont engagées, et les protestations de N. ne pèsent pas grand chose face au poids des contraintes sociales. N. s’est mariée avec son fiancé il y a deux mois.

L. et deux de ses amies.

L. et deux de ses amies.

L. ne connaît pas exactement son âge. Est-ce 15 comme l’indiquent ses papiers ou 13 comme le nombre de moussons qu’elle a vu passer ? Ce n’est pas une question très importante dans le village d’Uttar Pradesh duquel elle vient. Seule son « grade », sa classe, est une certitude, depuis qu’elle a la chance d’être scolarisée dans une ONG locale. La vie se déroule tranquillement, entre corvées à assurer le matin à l’aube et cours à suivre pendant la journée. Mais un jour, son père et sa belle-mère, qui pensent à leur fils de 8 ans et aux deux autres soeurs de L., décident que L. est devenu un trop gros fardeau, et préparent donc son mariage, même si L. est bien en dessous de l’âge légal (18 ans pour les femmes, 21 pour les hommes). Du moins, c’est la rumeur qui parvient à l’ONG qui la scolarise. Après vérification, il s’agit en fait de vendre l’adolescente sous couvert d’un mariage. Grâce à l’intervention de l’ONG ainsi que de la pression exercée par les autres familles du village, le mariage n’a pas eu lieu. L. sera prise en charge par l’ONG qui va l’envoyer dans un foyer à Delhi, loin de sa famille (mais avec l’accord de celle-ci). Ces histoires de mariage infantile sont difficiles à croire quand on ne fait que les lire dans les journaux (à noter, un reportage photo de Stéphanie Sinclair sur les mariages infantiles au Rajasthan, paru dans L’Express spécial Inde du 19 décembre 2012 au 1er janvier 2013), et puis un jour on y fait face et ça prend d’autres contours. On met un visage sur ces milliers d’enfants concernés (majoritairement des filles mais aussi des garçons).

C’est tout ce que j’ai à dire. Pour ceux que ça intéresse, voici une vidéo pour aller plus loin en ce qui concerne les mariages infantiles.

 *Fausses initiales données pour un soucis de clarté uniquement, les prénoms de ces filles ne vous concernant pas.

Extraits de carnet de voyage thaïlandais

Voilà, comme promis, pour vous félicitez de votre motivation face au jeu Inde/Thaïlande, la publication d’extraits de mon carnet de voyage (qui vaut ce qu’il vaut hein). Ce n’est pas nécessairement chronologique, notamment parce que j’ai fait pas mal de découpages. J’ai choisi des extraits de mes moments passés à Bangkok, notamment parce que j’aurais pu y passer ma troisième année si le destin (ou la DAIE, le groupuscule de Sciences Po qui gère nos destinations de 3ème année) en avait décidé ainsi. 

Le BTS de Bangkok

Le BTS de Bangkok

« Le BTS (métro aérien) est à une quinzaine de minutes à pieds, ce qui me permet d’être confrontée pour la première fois à l’ambiance des rues de Bangkok. Odeurs de nourriture (et de viande!!) et tables en plastiques installées dans les rues me sautent au nez et aux yeux. Les femmes sont toutes courtement vêtues et il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de blancs dans les rues. Je trouve sans trop de problème le BTS, achète un ticket et monte dedans après avoir vainement cherché le wagon pour femmes…
(…)
Personne ne me prend en photo, personne ne me fait chier. Je marche ensuite pendant ce qui me paraît être des heures et des heures.
(…)
Le tout en minishort.

Bénis moments de liberté. »

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« Vers 13h, je sors manger de la bouffe de rue. Ça se passe vers la Soi 8, à-côté d’un petit marché. Je teste des espèces de pâtes transparentes avec du poulet pour 40 Bahts (1€). C’est tout de même bien pimenté. Les femmes qui servent la nourriture sont très belles, et très souriantes. Je m’offre une mangue pour couronner mon après-midi de glandouille.
(…)
L’ambiance des rues est tranquille ; fringues et nourriture se vendent à la pelle. Je trouve sans problème le salon de massage et pars pour une heure. Le salon est clean, de manière impensable par rapport à l’Inde (lavage des pieds à l’arrivée, draps propres, pyjama de massage propre, plié et repassé).

Poissons séchés puants au bord du fleuve Chao Phraya qui traverse Bangkok

Poissons séchés puants au bord du fleuve Chao Phraya qui traverse Bangkok

(…)
La tour m’offre une vue panoramique sur la ville et me permet de constater l’impressionnant nombrede buildings de la capitale thaïlandaise alors que le soleil se couche.

Buildings et autoroutes de Bangkok mégacity

Buildings et autoroutes de Bangkok mégacity

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Bars de Khao Sam Road

Bars de Khao San Road

« Khao San Road. La vie nocturne bat son plein, entre vendeurs de vêtements, stand de nourriture (dont des insectes), bars nombreux et variés, restau, touristes qui déambulent, guesthouses et vendeurs de fausses cartes d’identité. Sans oublier des rabatteurs qui cherchent à remplir les salles de spectacles allant de la boxe thaï à des attractions qui justifient la réputation de tourisme sexuel faite à la Thaïlande. (…) Le retour en taxi est épique, le chauffeur essayant de m’apprendre mes premiers mots thaï (tout droit, à gauche, à droite etc). Je suis morte de rire tout du long. »

Ambiance de Khao Sam Road

Ambiance de Khao San Road