Deux contes de mariage

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.« 

La plupart des contes de fées européens se finissent comme ça. En Inde, dans beaucoup de cas, le mariage n’est pas un heureux dénouement pour les époux. En effet, si le mariage d’amour se popularise, dans les films Bollywood et dans la vraie vie, mariages arrangés et mariages forcés restent encore de mise parmi toutes les classes sociales. Un des meilleurs articles de blog que j’ai lu est celui-là, qui relate bien une situation courante parmi les Indiens riches/de classe moyenne. Je vous livre à mon tour les deux histoires vraies de deux filles et femmes que j’ai rencontrée. Avertissement : mon article n’est pas rigolo. Vous serez prévenus.

N.* habite à Delhi ; c’est une fille déterminée, courageuse et éduquée. Elle monte un business de papeterie avec deux amis d’enfance. Sa mère, un peu effrayée par l’indépendance de sa fille et par le quand-dira-t-on demande à sa fille de prendre un emploi de salariée dans une entreprise, car c’est mieux accepté et cela préservera les apparences auprès des candidats potentiels au mariage. Candidats potentiels qui se multiplient et dont les demandes, jointes aux sollicitations de la famille de N., se font de plus en plus pressantes au fur et à mesure que les années menacent de déposer des rides sur le visage d’N. Rien n’y fait, N. est une femme moderne, qui fuit tout cela au profit du business dont elle continue à s’occuper après son emploi. Mais un jour, N. fête ses 28 ans, un très gros nombre pour une indienne célibataire. Ses parents en ont conscience, et, de sollicitations, on passe aux supplications, des supplications aux menaces et au chantage. N. rencontre son fiancé quelques fois, chaperonnée par des membres de leurs familles respectives. Elle le hait. La date de leur mariage est fixée pour dans deux mois. Le meilleur ami de N., avec lequel elle tient son business, essaie d’intervenir dans l’affaire, de la sauver de ce mariage qui est plus forcé qu’arrangé. Rien n’y fait, les familles sont engagées, et les protestations de N. ne pèsent pas grand chose face au poids des contraintes sociales. N. s’est mariée avec son fiancé il y a deux mois.

L. et deux de ses amies.

L. et deux de ses amies.

L. ne connaît pas exactement son âge. Est-ce 15 comme l’indiquent ses papiers ou 13 comme le nombre de moussons qu’elle a vu passer ? Ce n’est pas une question très importante dans le village d’Uttar Pradesh duquel elle vient. Seule son « grade », sa classe, est une certitude, depuis qu’elle a la chance d’être scolarisée dans une ONG locale. La vie se déroule tranquillement, entre corvées à assurer le matin à l’aube et cours à suivre pendant la journée. Mais un jour, son père et sa belle-mère, qui pensent à leur fils de 8 ans et aux deux autres soeurs de L., décident que L. est devenu un trop gros fardeau, et préparent donc son mariage, même si L. est bien en dessous de l’âge légal (18 ans pour les femmes, 21 pour les hommes). Du moins, c’est la rumeur qui parvient à l’ONG qui la scolarise. Après vérification, il s’agit en fait de vendre l’adolescente sous couvert d’un mariage. Grâce à l’intervention de l’ONG ainsi que de la pression exercée par les autres familles du village, le mariage n’a pas eu lieu. L. sera prise en charge par l’ONG qui va l’envoyer dans un foyer à Delhi, loin de sa famille (mais avec l’accord de celle-ci). Ces histoires de mariage infantile sont difficiles à croire quand on ne fait que les lire dans les journaux (à noter, un reportage photo de Stéphanie Sinclair sur les mariages infantiles au Rajasthan, paru dans L’Express spécial Inde du 19 décembre 2012 au 1er janvier 2013), et puis un jour on y fait face et ça prend d’autres contours. On met un visage sur ces milliers d’enfants concernés (majoritairement des filles mais aussi des garçons).

C’est tout ce que j’ai à dire. Pour ceux que ça intéresse, voici une vidéo pour aller plus loin en ce qui concerne les mariages infantiles.

 *Fausses initiales données pour un soucis de clarté uniquement, les prénoms de ces filles ne vous concernant pas.

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2 réflexions au sujet de « Deux contes de mariage »

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