Calcutta’s soul

L’âme de la sauvage Calcutta, ou de son nom bengali, Kolkata, ne se laisse pas capturer dès les premiers instants. J’ai arpenté la ville pendant presque quatre jours complets, et je vous propose une série de photographies qui insistent sur les spécificités de la ville, notamment par rapport à Delhi et Bombay.

Qu’est-ce qui fait l’âme de Calcutta ? What makes Kolkata’s soul ?

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Petit traité sur la tolérance (religieuse) et ses limites

« Je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ? Oui, sans doute; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ?« 

Traité sur la tolérance, Voltaire (1763)

Il est temps de s’attaquer à ce sujet coriace qui me trotte dans la tête depuis un certain temps déjà : la tolérance religieuse en Inde. J’étais déjà au courant de la diversité religieuse (pour des explications plus précises à ce sujet, vous pouvez consulter d’anciens articles de mon blog : sur la religion sikh ou sur l’hindouisme, ou encore de manière générale avec le tag religion), mais loin d’imaginer la manière dont les religions cohabitent.

En effet, même s’il existe des quartiers réservés à telle ou telle communauté, dans de nombreux endroits (par exemple, le quartier de Lajpat Nagar à Delhi), tous sont voisins sans que ça ne pose de problèmes. Et dans ces cas-là, on assiste à de drôles de phénomènes. Des Hindous qui mangent leur viande halal (sans en faire tout un drame, oui c’est à toi que je parle Marine Le Pen) parce que le boucher du coin est musulman, des  Chrétiens qui célèbrent Diwali, la plus grosse fête hindoue en faisant des offrandes à Lakshmi, déesse symbole de prospérité et de richesse dans l’hindouisme, des Musulmans qui gèrent des synagogues dans une ville où la population juive est en chute libre (Calcutta). Des Musulmans qui gèrent des synagogues.

Plusieurs histoires m’ont conduite à écrire cet article :

– L’histoire de S., 11 ans, cette petite fille du Kerala, hindoue, qui nous raconte que, les jours de prière de son école chrétienne, elle prie le Dieu des Chrétiens, et puis quand elle va au temple hindou avec sa famille, elle prie les dieux hindous.
– Le regard à peine interrogateur d’une fille de ma classe, en voyant un de nos amis musulman et moi arriver un matin avec un bracelet de prière hindou le lendemain d’une grosse fête religieuse hindoue.
– Une discussion sur le sens du voile avec une musulmane qui ne le portait pas.
– La cérémonie religieuse à laquelle j’étais invitée, ayant lieu deux semaines avant le mariage, n’était pas une prière hindoue comme on aurait pu s’y attendre de deux familles hindoues mariant leurs enfants, mais sikh, en penjabi, pour rendre hommage aux racines d’un des grand-pères. Un peu comme si une famille protestante de l’Est de l’Allemagne baptisait ses enfants dans une Eglise catholique du Sud de la France (en latin).
– Les hindous, dans un train, qui nous demandent quel est notre Dieu préféré.

De toutes ces histoires et de bien d’autres, je tire quelques enseignements, à ramener dans mes valises en France. En Inde, chaque famille, chaque groupe a sa propre manière de pratiquer sa religion. Un musulman et un hindou du même village auront peut-être des pratiques religieuses/culturelles plus proches que deux hindous vivant chacun à un bout de l’Inde. A un même degré de ferveur religieuse (tant soit est que ce soit mesurable), certains hindous sont végétariens, d’autres mangent du boeuf. Chacun peut avoir son Dieu favori, pour lequel il jeûnera quelques jours en signe de dévotion (ou non). Des amies musulmanes ne portent pas le voile, alors même qu’elles sont très croyantes, certains vont à la mosquée tous les vendredis, d’autres non mais suivent fermement d’autres principes (pas d’alcool et de porc). Chaque personne ou groupe accorde à ses actions une valeur religieuse, et trouve normal que son voisin fasse correspondre d’autres manières de faire à son idée de la religion. Par ailleurs, d’une manière générale, les Indiens que j’ai rencontrés ont souvent manifesté de la curiosité à l’égard de ma religion ou de mon rapport à Dieu (les pauvres ont souvent été bien déçus). Il n’a effleuré l’idée de personne que cela pouvait être indiscret, ou relever du domaine privé. Ce n’est pas la laïcité, le confinement de la religion au foyer, mais bien au contraire ; tout chez une personne dit haut et fort sa religion, de son prénom à la manière de nouer son turban, en passant par la couleur de ses cheveux (les musulmans, passé un certain âge, se teignent parfois les cheveux ou la barbe pour les hommes en rouge ou orange vif).

Il y a deux limites à ce monde de bisounours où deux personnes de différentes religions se baladent main dans la main :

Quand elles s’aiment un peu trop, ça tourne vite au vinaigre. Les mariages mixtes (inter-religieux) sont encore rares (je parle juste de ce que j’ai vu, je n’ai pas trouvé de statistiques) et mal acceptés par les familles/la société.

Quand un événement provoque des tensions entre plusieurs communautés religieuses, les conséquences ont une tendance à s’avérer réellement dévastatrices. Pour ne mentionner que les émeutes du Gujarat. A ce moment là, voisins se retournent contre voisins et les années de coexistence sont oubliées. Il est alors légitime de s’indigner, comme Voltaire avant nous : « Et c’est de nos jours! et c’est dans un temps où la philosophie a fait tant de progrès! et c’est lorsque cent académies écrivent pour inspirer la douceur des moeurs! Il semble que le fanatisme, indigné depuis peu des succès de la raison, se débatte sous elle avec plus de rage.« 

Je souhaite à l’Inde de savoir faire triompher la tolérance.

Le conflit Syrien vu de l’Inde

Je sors du silence auquel m’ont forcée une très mauvaise connexion internet d’une part, et un nombre de choses à faire indécent pour une année en Inde d’autre part. Ressuscitons ce blog en beauté: j’ai commencé un stage pour le journal indien Tehelka (publié en anglais) parallèlement à mes cours. Depuis un peu plus d’une semaine, j’ai travaillé sur des sujets assez variés, notamment à préparer des interviews.

Bouthaina Shaaban

Bouthaina Shaaban

Mais j’ai aussi assisté à une conférence de presse donnée par Buthaina Shaaban, la conseillère politique de Bashar al-Assad, président d’une Syrie en crise. Ce qui m’amène à partager deux documents (en anglais) avec vous, la vidéo prise par l’équipe de Tehelka, et (surtout), l’article que j’ai écrit à la suite de la conférence, qui traite plus spécifiquement du rôle des BRICS et de l’Inde dans le conflit Syrien.

Mon article est publié en anglais évidemment. Pour que tout un chacun puisse en profiter, voici une traduction en français.

*** La conseillère politique syrienne Bouthaina Shaaban était en Inde la semaine dernière pour demander son soutien au Premier Ministre Indien Manmohan Singh au sujet du conflit Syrien, toujours en cours. Sa visite en Inde fait partie du tour des BRICS qu’elle entreprend actuellement. Confronté à la montée de la violence dans le pays qui a subit plus de 70 000 morts et un million de réfugiés depuis le début du conflit, ainsi qu’au soutien des pays Occidentaux aux forces rebelles; le gouvernement Syrien recherche une alternative au sein de la communauté internationale.

Bouthaina Shaaban essaye de convaincre les BRICS de prendre une décision ferme pendant la rencontre à venir, et de soutenir une solution politique en Syrie. Elle a révélé au cours d’une conférence de presse le 8 mars dernier qu’un plan en 6 points incluant la fin immédiate de la violence avait été préparé à Genève en Juin 2012. Cependant, le plan n’avait pas été accepté par l’opposition syrienne et les pays occidentaux, qui y ajoutèrent la condition supplémentaire du départ du Président Bashar al-Assad.

Cette exigence des « forces occidentales » est considérée comme une menace à la souveraineté Syrienne. L’indépendance de la Syrie est un point sur lequel Shaaban a insisté dans le but de convaincre l’Inde et les autres pays des BRICS d’aider son gouvernement à surmonter la crise à laquelle il fait face depuis 2010. Le véto de la Russie ou de la Chine au Conseil de sécurité des Nations Unies ont déjà limité l’intervention armé en Syrie. Mais le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud sont trois démocraties qui pourraient aussi bien choisir de soutenir les démocraties occidentales contre le gouvernement syrien. Consciente de ce fait, Shaaban n’a pas mentionné le système politique de son pays en tant que tel, mais a simplement mis en valeur son engagement envers les Syriens: « Je ne crois pas du tout que l’enjeu soit le Président ou le système syrien. L’enjeu est la Syrie et les Syriens » avant de pointer du doigt les limites de l’engagement démocratique de l’Ouest. « Les forces occidentales parlent des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie, mais je voudrais juste vous inviter à repenser à ce qui s’est passé en Irak. » A propos de son propre pays, elle a insisté sur le rôle létal que les puissances  démocraties jouent avec l’aide de leur moins démocratiques/laïques alliées comme la Turquie, le Qatar ou l’Arabie Saoudite.

Le but de la visite de Bouthaina Shaaban était de contrer l’influence de l’Occident et des pays du Golfe, et elle semblait plutôt satisfaite. Elle a loué la compréhension du gouvernement indien et sa volonté de mettre fin à la violence. Elle a souligné l’importance des BRICS sur la scène internationale, pour leur point de vue plus nuancé et parce qu’ils « introduisent de la raison ». Cependant, selon elle, l’Inde et les BRICS en général ne se font pas assez entendre par la communauté internationale. Elle a déclaré que les BRICS devraient être plus assurés de leur pouvoir et ainsi capables de prendre une décision tranchée en faveur du gouvernement syrien. »