Women walk in when everyone else walks out (1/2)

2. Paysannes

Pour clôturer ce mois d’Avril en beauté en entamer Mai dans la joie, la bonne humeur et lasueur (on dépasse désormais les 40°C à l’ombre), j’invite sur mon blog Jeanne pour une subtile analyse de la situation des femmes dans les villages indiens. Elle y a été confrontée au cours de son stage à Pardada Pardadi Educational Society, ONG d’initiative locale située à Anupshahar, village d’environ 10 000 habitants dans le district le plus criminel de l’Uttar Pradesh, Bulandshahar. Pardada Pardadi s’applique à faciliter le développement rural à travers l’autonomisation sociale et économique des femmes en leur donnant accès à l’éducation et l’emploi.

Dix idées par minute

Tous les articles sur Pardada Pardadi parlent de Sam : On pourrait presque penser que Pardada Pardadi – « arrière-arrière-grands-parents » en hindi – se résume à lui, qui serait alors le grand gourou d’Anupshahar. Mais il suffit de l’écouter pour comprendre qu’il y a des raisons de le mettre au centre, et de regarder autour de nous pour s’apercevoir qu’il faut beaucoup de ressources pour remplacer les gourous par un vieux visionnaire un tantinet américanisé dans l’esprit des villageois.

Sam et des membres d'un Self-Help Group

Sam et des membres d’un Self-Help Group

Sam, Virender Singh, le fondateur de Pardada Pardadi, est le véritable pilier de l’organisation. Il lit beaucoup, écoute les idées de chacune des personnes de son incroyable carnet d’adresse, que ce soit le premier ministre indien, la directrice d’une ONG naissante ou l’étudiant paumé. Il retient, critique, réfléchit, puis il parle, propose. Quand on est stagiaire à Pardada Pardadi et qu’on a bien assez de boulot comme ça, on a parfois envie de fuir ses projets, trop nombreux, trop exigeants, mais toujours originaux et viables. Et Mr. Jose, le manager administratif, ne veut plus affronter les trous et les bosses des quatre heures de route – 120 kilomètres – entre Anupshahar et Delhi avec Sam parce que « Il ne parle que de son organisation. Il ne parle jamais de rien d’autre. »

Sam, c’est un grand curieux qui s’étonne de tout et raconte beaucoup d’histoires. Il comprend les Etats-Unis et leurs valeurs pour y avoir vécu quarante ans, et il aime l’Inde où il est retourné pour remuer un peu son tehsil natal, Anupshahar. Sa vision est économique, mais avant tout éducative. Surtout, il n’oublie pas d’où il vient et ne sous-estime pas le poids des pratiques culturelles.

Ici, les filles ne jouent pas.

Les filles aux fourneaux

Les filles aux fourneaux

En 2000, Sam prend sa retraite de directeur de Du Pont de Nemours en Asie du Sud un peu prématurément pour tenter de développer la zone rurale d’Anupshahar où il est né soixante ans auparavant. Un constat : Ici*, ce sont les femmes qui travaillent, celles qui subviennent aux besoins des familles, et pourtant, elles ne gagnent pas un sou et sont toujours soumises au père, puis au mari. Dépendantes financièrement jusqu’à leur mort, elles sont discriminées dès la naissance. Ici, les fœticides et infanticides de filles, ça n’appartient pas au passé. Ici, quand on demande aux pères combien d’enfants ils ont, beaucoup ne comptent que leurs fils. Les filles sont considérées comme des fardeaux : Elles quittent le foyer familial au moment décisif du mariage, dont l’onéreuse cérémonie est d’ailleurs financée par leur famille et qui ne se fait qu’au moyen d’une dot généralement très élevée. Et le plus tôt est le mieux – les mariages de mineures (entre 13 et 14 ans généralement) c’est aussi une réalité. Jusqu’au mariage, l’exploiter semble être un moyen efficace d’éponger la dette que la jeune fille laissera lorsqu’elle quittera l’autorité du père pour celui de l’époux. Pas étonnant qu’en Inde, 70% des enfants non-scolarisés sont des filles, et qu’ici, 85% des filles ne vont pas à l’école. Le programme qu’on leur réserve est beaucoup plus alléchant : Ménage, lessive, vaisselle, cuisine, travail dans les champs, fabrication de dung patties (galettes de bouse de vache pour le feu). C’n’est pas moi qui le dis : Un tête à tête à vie avec les haricots et les carottes n’a jamais permis à personne d’avoir une santé, une éducation, un contrôle des naissances – pour éviter de se retrouver avec 5 enfants sur les bras en plus d’un sac de grains –, un compte en banque personnel suffisamment fourni et le respect de ces messieurs.

Les Dung Patties, galettes de bouse séchées utilisées comme combustible.

Les Dung Patties, galettes de bouse séchées utilisées comme combustible.

Les nanas d’abord

Pour Sam, enfermer les femmes à la maison, c’est, en plus d’un déni de leurs droits, un véritable gâchis pour l’Inde. Le développement du pays ne peut pas se passer de la valorisation économique et sociale des membres les plus fragiles de la société. Même si tout le monde le cache – y compris les intéressées – les femmes sont celles qui portent l’ensemble de la société : Eduquer une fille, c’est éduquer sa future famille et, de fil en aiguille, propager le mouvement.

Mais alors que faire ? A suivre.

3.2. Maman de P

Maman de P., une employée à Pardada Pardadi

* « Ici », c’est le tehsil d’Anupshahar (plus de 160 villages), dans le district de Bulandshahar, Uttar Pradesh. Je préfère me restreindre à cette zone que je connais mieux et que je sais homogène plutôt que parler de l’Inde qui se divise, paraît-il – et ça me semble cohérent –, en 5 niveaux de développement différents, ou 5 époques différentes.

Publicités

3 réflexions au sujet de « Women walk in when everyone else walks out (1/2) »

  1. Tes articles nous manquent elindia, on comprend pourquoi.Très bien ton idée d’invitation:l’expérience et l’analyse de Jeanne ont beaucoup d’intérêt. Suis impatiente de lire le n°2. En France, on est loin des 20° au soleil….

  2. Tes articles sont toujours un vertige du reel . cette invitation d’une amie est une excellente idée.
    j’espère que ce blog continuera , justement via l’invitation , de personnes restées sur place ,ou arrivant sur place , à continuer à s’exprimer et nous livrer leurs expériences.
    Ici , nous attendons encore le printemps!

  3. Ping : Women walk in when everyone else walks out (2/2) | Une étoile dans la vallée

Manifester son admiration/son indignation

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s