Ces questions qu’on nous pose

Retour en France. Depuis quelques jours déjà, qui deviennent rapidement des semaines. On trie les photos, on déballe les valises, on offre les cadeaux souvenirs, on finit les livres commencés.

On arrête de se poser des questions tous les matins et la vie (re)devient tout à coup plus simple. On retrouve ses marques, ses repères, ses amis, sa famille. Et ce sont eux qui commencent à nous poser des questions.

A. Il y a les gens qui ne savent pas par quoi commencer :
« Bon l’Inde… T’as appris quoi ? »
« Alors c’était comment ? »
« Pas trop dur le retour ? »

B. Ceux qui confondent année à l’étranger et coma :
« Bon mais, tu sais ce qui s’est passé en France, hein, le mariage gay / l’affaire Cahuzac / la déroute de l’UMP ? »
« Tu te souviens où j’habite, tu vas trouver le chemin ? »
« Mais tu te rappelles que c’est fermé le dimanche hein ? »
« Tu parles encore Français haha?  »

C. Les questions un peu étrange et/ou dérangeantes :
« Et là-bas, tu t’es fait des amis ? » (non, je vivais en ermite dans une grotte, me nourrissant de racines et faisant du yoga)
« Comment ça se passe au niveau du transit intestinal ? » (tu veux vraiment savoir?)

Difficile de parler de ces aventures à un public vraiment consentant… D’autant qu’il faut voir l’Inde pour y croire ! Heureusement qu’on a parfois le droit à des questions un peu plus intéressantes (quand même!). Si vous voulez tout savoir, mettez un commentaire sur cet article et je vous enverrai mon rapport de troisième année (une vingtaine de pages) écrit pour Sciences Po.

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Quand on part dans un mois

Je reprends les rennes de ce blog, car c’est un jour important.

J’ai écrit le tout premier post de ce blog le 4 Juillet, 15 jours tout juste avant de partir en Inde. Face à l’excitation, la joie mais aussi le stress que m’évoquait le départ, j’éprouve aujourd’hui de la tristesse et une certaine appréhension à l’idée de partir. Je suis satisfaite (et c’est un faible mot) de mon année, de mes dix mois et demi pour être exacte. Je sais que ce qui m’attend au retour n’est pas si sombre : la famille, les amis, les vacances et un beau master.

Mais je sais aussi ce (et ceux) que je quitte.

J’ai conscience d’avoir beaucoup, beaucoup appris, et de pouvoir apprendre encore. Je suis venue avec des questions, je repars avec encore plus de questions.

J'ai quand même vécu quelques clichés cependant...

J’ai quand même vécu quelques clichés cependant…

Je ne suis pas devenue une passionnée de Bollywood. Je n’ai toujours pas compris les règles du cricket. Je ne trouve toujours pas la moustache sexy. Je ne parle pas couramment hindi. Je ne suis pas allée à un mariage hindou. Je ne porte pas de saris. 

Je n’ai pas expérimenté ces clichés indiens. Un jour peut-être.

Pourtant, je me suis intégrée, devenant petit à petit une personne à part entière et non plus seulement « the French« . Souriant ironiquement lorsque des amis indiens m’expliquaient comment prendre le métro à Delhi. Reclamant des « treats » (une invitation au restaurant / à boire un café / à n’importe quoi impliquant de la nourriture) à tout va pour des raisons bidons (c’est l’anniversaire de ton chien / t’as réussi ton exam / t’as arrêté de fumer depuis quatre jours) et donnant des treats à mes amis pour le même genre de raisons (quand ma carte bleue s’est débloquée / quand j’ai écrit un article pour Tehelka.com etc). Mangeant plus épicé que mes amis indiens, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Ce qui est drôle avec les Indiens, c’est qu’ils croient que ma vie en Inde commence le jour où je les ai rencontré. Du coup ils me posent des questions (un peu toujours les mêmes) sur ce que j’ai vu à Delhi, la nourriture que j’ai testé, et les voyages que j’ai fait en Inde, toujours surpris que j’en ai vu autant. Et c’est en répondant à ces questions au bout de huit ou neuf mois qu’on se rend compte que ça y est, on a nos adresses favorites à Delhi, hors des guides. Des endroits où l’on se rend les yeux fermés, où les proprios nous reconnaissent. Une liste de choses à faire « une dernière fois » avant de partir. 

C’est cette liste que je suis en train d’élaborer, en me demandant s’il n’y a pas déjà des choses que j’ai fait pour la dernière fois à Delhi, sans en avoir conscience.

Alors, un jour, je reviendrai. Avec la liste des choses « qui m’ont manquées ». Ça sera une longue liste…

Des rafales et François Hollande pour la Saint-Valentin

Titre d’article un peu étrange je vous l’accorde. Mais pas aussi étrange que la manière dont j’ai passé ma soirée du 14 Février. Les rumeurs ont commencé à se répandre mi janvier, par un email émanant des responsables de Sciences Po nous recommandant vivement de nous enregistrer sur les listes consulaires de l’ambassade. Fait quelques jours plus tard (et alors même que je n’avais pas mon passeport sur moi, je tenais à souligner ce fait ayant entrainé quelques négociations de plus que normalement nécessaires à cette tâche).

Une semaine avant le jour J, nous recevions par la poste (si si), une invitation cartonnée conviant les Français de New Delhi à une réception à l’ambassade pour la venue du Président de la République. Une invitation à laquelle on ne dit pas non, autant alléchés par l’intérêt politique que par la forte intuition qu’Ambassade rime avec vin rouge et nourriture française. C’est donc habillées, comme le spécifiait l’invitation « en tenue de ville » (indication sujette aux interprétations les plus variées et à de nombreux messages échangés entre Sciences Pistes…) que nous arrivons avec quelques heures d’avance le jour J. Les plus belles pour une Saint-Valentin politique, un comble…

La venue de François Hollande s’articulait autour de trois axes : la défense, l’économie et la culture (dans cet ordre d’importance). En effet, le 14 Février ne coïncidait pas seulement avec la Saint-Valentin mais également avec la tenue du Salon Aero India à Bangalore (Sud de l’Inde), où étaient se déroulaient des tractations et négociations autour des enjeux de défense et d’armement. Enjeux qui ne sont pas moindres, puisque l’Inde est le premier pays importateur d’armes du monde; et la France… dans le top 5 des plus gros vendeurs d’armes ! La délégation accompagnant François Hollande comprenait, outre quelques ministres (au nombre desquel-le-s Aurélie Filippetti pour la culture, Laurent Fabius pour les Affaires étrangères, Geneviève Fioraso pour l’éducation…), une sélection assez impressionnante de businessmen, parmi lesquels… M. Dassault (rafales? mirages? ça vous dit quelque chose?). Selon le discours de M. Hollande, il y a une réelle volonté française de maximiser les relations entre les deux pays en matière de sécurité, et également de nucléaire. Deuxième axe lié au premier, l’économie… Là encore, la France souhaiterait voir augmenter le nombre de partenariats avec l’Inde, même si, selon le discours officiel « la venue de Monsieur Hollande n’est pas économique » (difficile à croire quand on voit les charmants messieurs qui l’accompagnent). Je ne m’étends pas sur ce point. Culture et éducation, un troisième événement marquait ce 14 Février ; un concert électro à la Jantar Mantar, monument historique de Delhi. Ce concert est estampillé du qualificatif culturel parce qu’il était organisé dans le cadre du Festival Bonjour India dont j’ai déjà parlé et reparlé. Si l’on en croit les murmures que j’ai entendu en passant, il semblerait d’ailleurs que la venue de François Hollande ait été en partie financée par des fonds du festival, ce qui n’est pas nécessairement un scandale étant donné que le Président a indirectement promu le festival. Quant à l’éducation, le discours a mentionné le peu d’étudiants indiens venant en France (3000 environ, contre près de 20 000 étudiants chinois). Le noeud du problème est financier, comme nous n’avons pas manqué de le rappeler au vice-président de Sciences Po en visite en Inde quelques jours plus tard, qui a semblé bien gêné lorsque nous lui avons parlé des difficultés des étudiants indiens à obtenir des bourses.

Quelques remarques en vrac, plus ou moins futiles :

– Les mesures de sécurité en Inde sont assez importantes pour n’importe quel lieu (centre commercial, métro, etc), avec scanner de bagages, portiques de sécurité et/ou fouilles au corps. Il est normal que cet événement suive la règle. Ce qui est un peu plus drôle, c’est que les sacs à main étaient fouillés manuellement (ce qui prouve l’efficacité du scanner n’est-ce pas) et les contrôles réalisés par des gardes de sécurité français : on ne va tout de même pas confier la vie de notre Président à des étrangers ! (je précise que, même s’il s’agit de l’ambassade de France, les contrôles sont habituellement faits par des Indiens).

– Rassurez-vous, notre Président est un French lover digne de ce nom, et il avait emmené sa compagne (ainsi désignée par la presse indienne). Mme Trierweiler n’était donc pas seule à la table de l’Elysée pour la Saint-Valentin (version alternative : Valérie a été privée d’une soirée entre copines).

– Je me suis posée la question de l’argent dépensé pour cet événement et du bénéfice que cela pouvait engendrer. Au vu du nombre de personnes présentes, n’ayant manqué ni de nourriture (française donc, livrée par une boulangerie-pâtisserie-traiteur très très chic-chère) ni d’alcool (vins, champagne et bière ont coulé à flot pendant -presque- toute la soirée), le coût n’était pas négligeable. Le bénéfice d’une telle soirée n’est pas si évident. Les invités présents au discours en Français étaient à 98% des Français habitant en Inde (plus ou moins temporairement). Donc ce n’était pas une opération séduction à des Indiens. Ni même aux Français, car nous ne sommes pas en période électorale… Je m’interroge encore, même si cela ne m’a pas empêchée de me jeter goulûment sur les petits fours au saumon…

***

Remerciements à A. pour une longue conversation sur les enjeux de l’armement en Inde.

Novembre en France, novembre en Inde

Source : le désormais célèbre http://problemesdesciencespistes.tumblr.com/

En France, novembre est un mois de déprime. Le november nervous breakdown bien connu de mes chers amis Sciences pistes guette au tournant : en gros, c’est le moment dans l’année où il fait froid, noir et où les travaux à rendre se multiplient. Le moment où l’effervescence de la rentrée est depuis longtemps oublié. Et novembre ce mois ingrat n’a même pas les atouts de son compatriote décembre synonyme de « mois des cadeaux ».

En Inde, novembre a bien commencé. Certes, il fait « froid ». Enfin, maintenant, j’emmène un pull en cours le matin. Les enfants dont je m’occupe avec l’association Tara mettent des petites écharpes pour les sorties au parc de 5 à 6h. J’ai ressorti la couverture que nous avions eu la présence d’esprit de voler dans l’avion (c’est là que prendre une compagnie russe est un avantage – ils savent faire des couvertures). J’ai retrouvé le plaisir de douches à l’eau chaude (pas dans les hôtels où l’on va qui sont toujours à l’eau froide, mais au moins à mon appartement). Je m’achète désormais des écharpes sans culpabiliser ou presque. Mais on est quand même invité à des cocktails en plein air et à des soirées sur des toits. Les Indiens les plus pauvres et les travailleurs de nuit (gardes etc) allument des feux la nuit pour se réchauffer, ajoutant un peu de pollution à l’air ambiant. Parce qu’effectivement, je commence à comprendre pourquoi on m’a dit de me méfier de la pollution en Inde : en l’absence de pluie, la pollution stagne encore plus et l’air devient vraiment irrespirable, particulièrement entre 18 et 20h.

MAIS, l’ambiance n’est pas du tout la même qu’en France. Parce qu’en plus d’être la « saison des fêtes » (vu que la température extérieure n’est plus étouffante et insoutenable comme elle l’a pu être l’été, mais permet encore de passer du bon temps en extérieur sans un kit doudoune-bonnet-gants), c’est la saison des festivals, dont l’apothéose sera sans nul doute Diwali, la fête des lumières. C’est l’équivalent indien de noël. Plusieurs jours sont fériés pour cette fête familiale et des feux d’artifices sont tirés de tous les côtés. Mais chuuut, je vous livrerai de plus amples détails après le 14 novembre. J’ai hâte…

Gandhi (2) La Tour Eiffel – The Eiffel Tower

ENGLISH VERSION BELOW

Après les Anecdotes de jeunesse britannique, la série des Gandhi continue, toujours basée sur l’autobiographie du monsieur.

La Tour Eiffel ? Quel est le lien avec Gandhi, le héros de l’Inde ? Eh bien, Gandhi y a été, et vu que ça fait plus de trois mois que je suis en Inde, je peux avouer sans honte qu’il arrive que la dame de fer parisienne me manque de temps à autres… J’ai donc trouvé le meilleur prétexte que j’avais sous la main pour vous en parler et pour ressortir quelques photos prises ces deux dernières années.

Feux d’artifices, 14 Juillet 2011. Fireworks, 14th of July 2011.

Gandhi vint donc en 1890 à l’Exposition universelle de Paris, occasion pour laquelle la Tour Eiffel fut initialement construite. A part le fait que Gandhi ait mangé au restaurant de la tour (mais comme il n’en dit pas la nom, je n’ai pas pu vérifié si c’était déjà le Jules Verne), je voulais partager une pensée qu’il exprime sur le but de la Tour Eiffel :

« Je dois dire un mot sur la Tour Eiffel. Je ne sais pas à quoi elle sert aujourd’hui. Mais j’ai entendu qu’elle avait été beaucoup décriée, et autant louée. La Tour Eiffel n’est pas une œuvre d’art. Dans aucun cas il peut être dit qu’elle a contribué à la beauté de l’exposition. Les hommes affluaient pour la voir et montaient parce que c’était une nouveauté, et aux dimensions uniques. C’était le jouet de l’exposition. Aussi longtemps que nous sommes des enfants, nous sommes attirés par les jouets, et la Tour offre une belle démonstration du fait que nous sommes tous comme des enfants attirés par une babiole. Tel est peut-être le but que l’on peut revendiquer pour la Tour Eiffel. »

Mais pour moi, c’était avant tout un point de repère incroyablement beau et utile quand je me baladais en Vélib à Paris. Et maintenant, c’est aussi un tas de souvenirs…

ENGLISH VERSION

Based on My Experiments with the truth, M. K. Gandhi, Selections from Penguin Evergreen editions. 

The Eiffel Tower? What is the link with Mahatma Gandhi, India’s hero? Well, my friends, Gandhi went there, and since it’s been more than three months that I’m in India, I can admit without shame that I miss the parisian iron lady sometimes… So I found the best pretext I could to talk about it and share some pictures I took the last two years

Janvier 2011 – January 2011

So Gandhi went to Paris 1890 Great Exhibition, for which the Eiffel Tower was initially built. Apart from the fact that he ate at the tower’s restaurant (as he does not mention the name, I don’t know if it was already Le Jules Verne), I wanted to share a thought he has on the purpose of the Eiffel Tower: 

« I must say a word about the Eiffel Tower. I do not know what purpose it serves today. But then I hear it greatly disparaged as well as praised. (…) There is no art about the Eiffel Tower. In no way can it be said to have contributed to the real beauty of the Exhibition. Men flocked to see it and ascended it as it was a novelty and of unique dimensions. It was the toy of the Exhibition. So long as we are children we are attracted by toys, and the tower was a good demonstration of the fact that we are all children attracted by trinkets. That may be claimed to be the purpose served by the Eiffel Tower.« 

To me, it has also been an incredibly beautiful and useful landmark when I rode a Velib (bicycle) in Paris. And now, it is also a lot of memories…