Extraits de carnet de voyage thaïlandais

Voilà, comme promis, pour vous félicitez de votre motivation face au jeu Inde/Thaïlande, la publication d’extraits de mon carnet de voyage (qui vaut ce qu’il vaut hein). Ce n’est pas nécessairement chronologique, notamment parce que j’ai fait pas mal de découpages. J’ai choisi des extraits de mes moments passés à Bangkok, notamment parce que j’aurais pu y passer ma troisième année si le destin (ou la DAIE, le groupuscule de Sciences Po qui gère nos destinations de 3ème année) en avait décidé ainsi. 

Le BTS de Bangkok

Le BTS de Bangkok

« Le BTS (métro aérien) est à une quinzaine de minutes à pieds, ce qui me permet d’être confrontée pour la première fois à l’ambiance des rues de Bangkok. Odeurs de nourriture (et de viande!!) et tables en plastiques installées dans les rues me sautent au nez et aux yeux. Les femmes sont toutes courtement vêtues et il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de blancs dans les rues. Je trouve sans trop de problème le BTS, achète un ticket et monte dedans après avoir vainement cherché le wagon pour femmes…
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Personne ne me prend en photo, personne ne me fait chier. Je marche ensuite pendant ce qui me paraît être des heures et des heures.
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Le tout en minishort.

Bénis moments de liberté. »

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« Vers 13h, je sors manger de la bouffe de rue. Ça se passe vers la Soi 8, à-côté d’un petit marché. Je teste des espèces de pâtes transparentes avec du poulet pour 40 Bahts (1€). C’est tout de même bien pimenté. Les femmes qui servent la nourriture sont très belles, et très souriantes. Je m’offre une mangue pour couronner mon après-midi de glandouille.
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L’ambiance des rues est tranquille ; fringues et nourriture se vendent à la pelle. Je trouve sans problème le salon de massage et pars pour une heure. Le salon est clean, de manière impensable par rapport à l’Inde (lavage des pieds à l’arrivée, draps propres, pyjama de massage propre, plié et repassé).

Poissons séchés puants au bord du fleuve Chao Phraya qui traverse Bangkok

Poissons séchés puants au bord du fleuve Chao Phraya qui traverse Bangkok

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La tour m’offre une vue panoramique sur la ville et me permet de constater l’impressionnant nombrede buildings de la capitale thaïlandaise alors que le soleil se couche.

Buildings et autoroutes de Bangkok mégacity

Buildings et autoroutes de Bangkok mégacity

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Bars de Khao Sam Road

Bars de Khao San Road

« Khao San Road. La vie nocturne bat son plein, entre vendeurs de vêtements, stand de nourriture (dont des insectes), bars nombreux et variés, restau, touristes qui déambulent, guesthouses et vendeurs de fausses cartes d’identité. Sans oublier des rabatteurs qui cherchent à remplir les salles de spectacles allant de la boxe thaï à des attractions qui justifient la réputation de tourisme sexuel faite à la Thaïlande. (…) Le retour en taxi est épique, le chauffeur essayant de m’apprendre mes premiers mots thaï (tout droit, à gauche, à droite etc). Je suis morte de rire tout du long. »

Ambiance de Khao Sam Road

Ambiance de Khao San Road

2013

7 Janvier 2013 (heure indienne).

Plusieurs constats s’imposent :

– cela fait bientôt 6 mois que je suis en Inde ;
– cela fait trop longtemps que je n’ai pas publié sur ce blog. Je vous offre donc comme promis la fin du petit jeu Inde ou Thaïlande avec les articles 4 et 5 de la série. Les réponses aux trois premières séries ont été publiées par mes soins dans les commentaires. Je donnerai les réponses à ces deux nouvelles séries d’ici mercredi, avec les extraits du carnet thaïlandais promis ;
– Ma famille est venue, a vu, a vaincu (la plupart du temps) et est désormais repartie, me laissant en tête à tête avec 2000 photos à trier. Je ne pense pas faire le récit de mes voyages pour le moment, on verra ceux dont je parle au fur et à mesure de mon inspiration.

Je n’ai pas l’habitude de m’attarder directement sur l’actualité indienne mais un événement retient l’attention, et je ne voulais pas commencer 2013 sans en dire un mot. Il s’agit comme vous l’aurez sans doute deviné du viol collectif dont a été victime une indienne de 23 ans pendant une triste nuit de New Delhi à la fin de l’année 2012. Sans revenir sur les sordides détails de l’histoire (les journalistes indiens, voire du monde entier font cela bien mieux que moi), j’aimerais m’attarder sur les réactions provoquées par cette (sordide) histoire. Trois choses m’interpellent :
– La première est peut-être la plus triste, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi ce cas-là « choque » plus que les autres. Tant mieux si les Indiens se rendent compte qu’il y a un vrai problème avec la sécurité des femmes, à fortiori à New Delhi, particulièrement la nuit, mais enfin, ça n’est pas nouveau (malheureusement). Mon colocataire qui a accès régulièrement à la presse indienne me rapporte régulièrement des cas de violences sexuelles / de viols ayant eu lieu à Delhi. Dommage qu’il ait fallu attendre cette nouvelle histoire pour une remise en question de la société indienne telle que celle qui semble se profiler.
– Nous avons maintenant une histoire sordide avec une victime très victime et des méchants très méchants ; parfait pour une condamnation sans appel du crime qui a été commis et pour un questionnement en profondeur. Le seul léger hic à mon goût, ce sont les appels à la mise à mort, éventuellement par pendaison, éventuellement par lapidation, éventuellement également pour le mineur inculpé, le tout pour « rétablir la justice » et « donner l’exemple ». Pour plus de raisons solides et réfléchies, lisez n’importe quels commentaires de n’importe quel article traitant le sujet dans n’importe quel journal indien. Cela n’est pas sans me rappeler certaines réactions de mes compatriotes post-affaire Mera (mais si, le Toulousain qui avait tué des gosses juifs à la sortie de l’école). Ce dernier était mort, mais certains Français avaient tout de même mis sur la table la question de la peine de mort pour les tueurs d’enfants (on retrouve le cas de figure : un méchant très méchant, une victime très victime et une opinion publique unanime). Dans un cas comme dans l’autre, je ne cherche en aucun cas à atténuer la culpabilité des coupables ni à nier la gravité de leur crime ; mais cela est-il vraiment établir une « justice juste », équitable et humaine que de rétablir la peine de mort (ou dans le cas de l’Inde, d’appliquer ce châtiment, qui n’est pas aboli même si rarement appliqué) ? Je ne veux pas lancer un débat là-dessus sur ce blog (quoique pourquoi pas) mais en gros, je ne pense pas que la peine de mort ait/aurait eu un effet dissuasif dans ces deux affaires (est-ce que les individus constituant un groupe de violeurs s’intéressent vraiment aux sanctions qu’ils encourent lorsqu’ils s’attaquent à une fille dans un bus ?).
Last but not least comme dirait nos amis anglophones, j’ai été attristée d’entendre une de mes amies indiennes me dire qu’on pouvait se voir prochainement, mais en journée seulement, et qu’elle devait rentrer tôt parce qu’elle avait peur de toute cette histoire. J’espère que les femmes de New Delhi, étudiantes, travailleuses, mères, filles et soeurs vont utiliser cette histoire pour se battre pour le droit qu’elles devraient toutes avoir : celui d’être et de se savoir en sécurité n’importe où dans leur ville à n’importe quelle heure, au lieu de tomber dans le cycle vicieux de la peur et de la culpabilité inversée (les femmes ne sont pas en sécurité la nuit donc je ne sors pas la nuit donc une femme qui sort la nuit enfreint la règle tacite donc s’il lui arrive quelque chose c’est de sa faute, car elle savait que c’était dangereux). J’espère que la mort injuste de cette indienne ne sera pas vaine et que les condoléances que nous lui adressons toutes et tous sont les prémisses d’un changement qui me permettra de dire un jour « être une femme à New Delhi ? Oui et alors? ».

Sur ces paroles un peu sérieuses, j’espère ne pas vous avoir enlevé tout entrain et toute fierté d’avoir survécu à la prétendue fin du monde. Vous pouvez, si vous le souhaitez, réagir dans les commentaires prévus à cet effet.