Ce qu’on apprend sur une ville en prenant son métro

Alors qu’ici il pleut comme vache qui pisse (et vu le nombre ainsi que le pouvoir sacré des vaches en Inde, je vous laisse imaginer ce que ça donne), je suis coincée à l’intérieur, et donc tenue d’avancer ce blog.

Aujourd’hui, j’essaie de vous proposer une petite leçon (je l’espère, un peu moins con que les leçons de Charlotte Lebon sur Canal+) sur le métro New Delhite, que j’ai eu pas mal l’occasion d’emprunter ces derniers temps (notamment à cause des recherches de logement qui je l’espère, vont aboutir).

Pub irréaliste dans le métro de Delhi (comme quoi, c’est un métro normal)

Petite histoire du métro de New Delhi

Il faut savoir qu’en Inde les transports en commun ne sont pas très répandus. Au niveau national, il y a un assez gros réseau de train – avec encore plus d’aléas sur les retards que la SCNF, pour sûr!, des lignes d’avion intérieures, et même des lignes de bus. Mais si l’on parle de ce qui se passe au sein même des grandes villes, comme Delhi, Mumbai (Bombay) ou Calcutta, c’est une autre histoire. Ici, les véhicules, qu’ils soient à moteur (voitures, auto-rickshaw, motos) ou sans moteurs (cycle-rickshaw, charrettes les plus invraisemblables) sont encore des moyens plébiscités pour se déplacer. Mais voilà quand vous traversez une ville aussi énorme que Delhi (presque 1500 km2, contre, pour vous donner une idée, à peine 105 kmpour Paris), le tacos, même en Roupies, ça commence à vous coûter cher.

Des cycle-rickshaw sous la mousson

D’où l’utilité du métro, qui n’est pourtant arrivé à Delhi qu’à partir de 2002 (et grandement développé avec l’accueil des Jeux du Commonwealth). Bon, on n’arrive pas encore à la même couverture que le métro parisien, qui ne vous fera marcher que 3 minutes de plus si vous descendez une station trop tard mais tout de même, c’est déjà pas mal. Maintenant, au lieu de continuer à vous balancer des chiffres que n’importe quel glandu peut trouver sur l’Internet, rentrons un peu au coeur du métro.

Tout d’abord, les contrôles de sécurité

On m’avait dit que l’Inde était un pays « dangereux », en particulier la ville de New Delhi. J’imaginais que c’était le résultat d’un certain laxisme en matière de sécurité qui était la cause de ce danger. Or, bien au contraire, lorsqu’on veut prendre le métro, on est surpris par les contrôles effectués. C’est (presque) comme dans un aéroport américain : deux à trois militaires observent vos sacs se faire scanner (heureusement, on a quand même le droit de transporter du liquide), pendant que vous passez à un portique où un/e militaire sera chargé/e de vous palper/fouiller. Bien sûr, les femmes sont contrôlées par des femmes, les hommes par des hommes. Un fois ces contrôles de sécurité franchis, il faut passer le portique avec sa carte ou son jeton. Au cas où vous vous posez la question, il est impossible de frauder dans le métro New Delhite (pas sûre non plus que ce soit très rentable, vu qu’un trajet coûte au maximum 20 Rps, soit moins de 0,30€). Je n’ai pas encore eu le temps de mener un sondage représentatif de la population indienne (dit comme ça, cette ambition parait de toutes les façons démesurée) mais en en parlant à quelques indiens, il s’avère que ce regain de sécurité, également présent devant toutes les attractions touristiques et l’entrée des bazars (en bref, la plupart des lieux à forte concentration humaine, donc pas mal de lieux) serait du aux attentats de septembre 2008 qui ont vu l’explosion simultanée de 5 bombes dans la capitale.

« Women Only »

Femmes entrant dans un wagon réservé (photo: internet)

Une fois les contrôles surmontés (avec brio, étant donné que je transporte rarement des armes), vient l’épineuse question du wagon pour dames. Dans tous les métros, un wagon est en effet réservé exclusivement aux femmes (« women only« ). En effet, Delhi étant une ville « not safe for women« , on s’est dit après de nombreux petits incidents qu’il serait beaucoup plus sûr de mettre toutes les femmes dans des wagons réservés. En soi, les wagons sont exactement les mêmes que ceux pour hommes, et même pas séparés par une porte – mais attention à l’homme qui a le malheur de s’asseoir dans le wagon pour femme ! (je n’en ai jamais vu d’ailleurs) Des gardes régulent le flux humain et empêchent les hommes de pénétrer dans ces wagons.

Du coup, je me suis posé la question de si je devais prendre le wagon « women only » ou pas. Car, comme vous pouvez le deviner, du coup, tous les autres wagons deviennent officieusement des wagons « men only ». Ou bien « groupe mixte ». En gros, on conçoit difficilement qu’une femme seule se mette dans un wagon mixte, alors qu’un wagon est fait pour elle. J’avoue que j’ai abandonné toute considération idéologique de féministe et me suis placée dans le wagon pour femme en bénissant ma chance d’avoir une place assise (les « women only » sont généralement beaucoup moins encombrés que les autres). Pas la peine d’ajouter encore le poids du regard curieux/réprobateur des Indiens dans le métro si on peut l’éviter. Pour la petite anecdote, trois amis français (deux filles et un garçon) entrant dans la catégorie « groupe mixte » se sont placés dans un wagon normal et se sont fait prendre en photo (pas qu’une seule fois, et pas discrètement non plus).

La sécurité au prix de la non-mixité ? Question à méditer…

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Mettre les pieds dans 2 des 5 BRICS en moins de 12H

Il s’agit de commencer cet article par un rappel, afin qu’on ne m’accuse pas d’être élitiste. Puis de prendre un ton pédant et détaché, sans doute parce que je le suis quand même.

Que sont les BRICS ?

Acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud (South Africa), le terme BRICS désigne ces pays qui ont pour point commun de n’être plus tout à fait pauvres/émergents (choisissez votre degré de politiquement correct), quoiqu’assez loin du modèle occidental. Taux de croissance supérieurs à 5%, voire à 10%, superficies, populations et/ou richesses naturelles phénoménales, il n’est que normal que c’est pays (re)gagnent leur place de puissance majeure. Si ni leur(s) niveau(x) de développement, ni leurs modèles sociaux/politiques ne sont comparables avec ceux des pays de l’hémisphère Nord ; il est intéressant de se demander s’ils proposent pour autant un modèle alternatif viable ou s’ils prennent la voie d’une uniformisation dans la mondialisation. Si l’on peut parler des BRICS comme d’un bloc parce qu’ils posent tous cinq ces questions, il me semble* que les réponses que l’on puise en chacun sont différentes.

Voilà, maintenant que c’est clair comme de l’eau de roche de brique de brics (en fait je laisse tomber mon nullissime jeu de mot, l’eau des BRICS n’est sûrement pas la plus claire du monde), on peut enfin revenir au centre d’intérêt principal de ce blog, à savoir ma vie (bah oui, quand même).

Ma vie et celle des autres futurs New Delhites

Il était une fois, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulle, quatre filles, un garçon et leurs proches (lesquels, contrairement à ce que suggère ma tournure de phrase, n’étaient pas hermaphrodites) qui essayaient plus ou moins de garder leur contenance en se faisant des adieux déchirants. Les formalités de douanes passées avec un succès relatif (le nom du garçon, à moins que ce ne soient ses yeux embués, faillit déplaire à la sécurité, pour des raisons assez obscures), les vaillants compatriotes embarquèrent pour ce qu’ils appelaient par anticipation « la plus belle année de leur vie ». Quelques champignons radioactifs, un morceau de camembert présidentiel, et un survol des datchas** russes plus tard, leur avion se posait sans encombres à Moscow.

Là, leurs points de repères se mirent à vaciller. Les heures n’étaient plus les bonnes, le temps s’écoulait lentement ; seule leur faim les rappelait à la réalité. Les sons avaient changé aussi, et la délicieuse mélodie sortant sans aucune parcimonie de la bouche des gens qui les entourait allait les accompagner durant tout leur trajet. Et puis, il eut été trop facile de se reposer sur le confort de la modernité, les écritures et les prix ne pouvaient donc rien signifier non plus.

Un Burger King, version Moscow airport

Un Burger King, version Moscow airport

Mais enfin, ils survécurent. Leur groupe parvient même à s’agrandir des deux énergumènes qui réussirent à les retrouver sans même avoir fixé un rendez-vous précis. Il ne doit pas y avoir tant de voyageurs que ça en transit  Moscou-Delhi…

Ici c’est Aeroflot

ça sent bon l'URSS

ça sent bon l’URSS

Enfin, c’est le moment où l’on monte (après le passage obligé devant des agents de sécurité dont le but est visiblement de rappeler à tous ce qu’était l’URSS) dans ce que nos amis les moins bienveillants ont parfois surnommé un « cercueil volant », à savoir un avion apprêté par Aeroflot. Moscou-Delhi ; un drôle de mix. Des blonds à la peau pâle et des bruns moustachus à la peau mâte (non je ne tombe pas dans les clichés). Et puis des grappes d’Européens au milieu parce qu’ils sont un peu partout ceux-là, surtout en juillet.

Quelques cocas servis par les merveilleuses Tatiana et Olga, un film très très niais (vous trouverez peut-être ça dans culture et confiture à l’occasion), 150 pages du Routard, 8 tentatives infortunées pour trouver le sommeil et un certain nombre d’annonces en « ranglais » (nouveau mot pour désigner le son que produit un Russe qui tente de parler la langue de Shakespeare) plus tard, il fait nuit. Les lumières de Delhi apparaissent sous notre carlingue pendant que la vidéo de l’atterrissage est retransmise en direct sur les écrans vidéos disponibles sur chaque siège.

L’avion se pose. Applaudissement. Ça y est, on l’a fait. Désormais, Mai Dilli me hu (je suis à Delhi).

J’attends qu’il m’arrive des choses plus intéressantes que « patienter 3h sous un ventilateur dans un hall d’hôtel » pour vous parler vraiment de Bharat (l’Inde).

* Je me permets d’ailleurs de rappeler que ce blog n’a pas vocation à servir de cours de relations internationales mais à refléter l’expression de mon opinion à un moment donné. Si celle ci vous indigne, il y a une application pour ça.

** Chère voisine d’avion de ce moment-là, fais partager ta russologie et corrige moi si je fais une fôte d’ôrtôgrafe.