Boîte de nuit et minirobes

Préface : Enfin un titre d’article un peu glamour et racoleur !

Trépidante vie indienne, qui ne me laisse que peu de temps de profiter de mes colocs (j’ai raté une « pool party » ! et un restaurant de poisson à deux pas de chez moi), de me poser pour écrire mon blog ou de progresser en Hindi. Néanmoins, j’ai vu le vice-président de l’Inde hier à Delhi, le Taj Mahal avant-hier à Agra et le gratin bien doré de la jeunesse indienne le jour d’avant. Commençons par ce dernier point.

Je vous laissais dans mon dernier article sur quelques impressions de ma première boîte de nuit indienne. Mais ce serait dommage d’en rester là. La question qui me tarauda (faites comme si le mot « tarauder » était à la mode s’il-vous-plaît) pendant la nuit fut « Pourquoi les Indien(ne)s vont-ils en boîte? »

La soirée était sympa mais pas au point que je veuille le refaire toutes les semaines (alors même que je n’ai pas payé l’entrée). Les deux filles indiennes de ma classe nous ayant emmenées là-bas m’ont pourtant dit qu’elles y passaient presque tous leurs vendredis soirs. Plusieurs théories sont envisageables :

Pour « Péchau » ?

Comme le prouve le commentaire de « Question légitime » sur mon article précédent, la sortie en boîte en France peut être associée à la préoccupation de se trouver un-e partenaire, pour une danse, pour une nuit ou pour la vie (oui, ça arrive parfois, aussi invraisemblable que ça puisse paraître). A New Delhi cependant, l’entrée des boîtes est généralement réservée aux couples (sauf quand on est sur GuestList bien sûr). Les Indiens viennent donc avec leur partenaire, et restent assez timides dans leurs contacts corporels (le point de vue d’une Allemande sur la question diffère légèrement là-dessus ; la comparaison avec les boîtes de nuit des soirées du BDE Sciences Po n’est donc peut-être pas la plus appropriée). Quelques couples finissent pas s’embrasser après quelques heures sur le dancing mais ce n’est pas la majorité. Rassurez vous, les Indiens restent fascinés par les Occidentales. J’ai quand même dû repousser les avances d’un Indien qui cherchait à m’offrir un verre avec la phrase d’accroche la plus ennuyeuse à sa disposition « Are you here with someone ? Can I offer you a drink ? » et une de mes amies qui a eu le malheur d’accepter en ami Facebook un des Indiens rencontrés là-bas doit maintenant faire face à des déclarations d’amour improbables sur le net. Le dernier point qui me fait dire que les Indiennes de ma classe ne viennent pas pour se trouver un homme est qu’elles en ont déjà un (un fiancé évidemment, pas seulement un petit copain).

Pour se bourrer la gueule ?

Rappelons-le, l’alcool n’est pas si évident à consommer en Inde. Certains bars refusent de servir les jeunes de moins de 25 ans, d’énormes amendes menacent celui qui oserait boire sur la voie publique (même s’il semblerait qu’un petit billet glissé discrètement à la police puisse faire des miracles en matière de tolérance), et l’on ne saute pas sur n’importe quelle occasion pour sortir le champagne. La boîte de nuit pourrait donc logiquement être un lieu de détente et d’ivresse. Sauf que le moindre cocktail coûte 600 Roupies (soit à peine moins de 10€). Ce qui paraît considérable, même à la Parisienne que je suis, alors je ne vous parle pas des Indiens. D’ailleurs, les filles de ma classe (sujet malgré elles de cette étude sociologique sur les nightclubs) m’ont dit ne jamais boire en boîte, non seulement à cause du prix, mais aussi parce qu’elles ne font pas confiance aux inconnus et aux garçons qui pourraient chercher à profiter d’elles. Donc rien, même pas un petit verre pour elles (il semble d’ailleurs que les Indien-ne-s n’aient pas compris les diverses nuances d’alcoolisation que l’on peut résumer ainsi : sobre, pompette, très  joyeux, ivre, complètement torché. Ils n’envisagent que les stades sobre et complètement torchés). Du coup cette théorie n’est valable que pour les très riches de sexe masculin.

Pour danser ?

Ça oui ! D’autant que j’ai déjà mentionné l’AC (clime) à fond qui force ces demoiselles fort peu vêtues à se trémousser sous peine de se voir changées en glaçons. Du coup, tout le monde adopte l’attitude « I like to move it« , un peu timidement au départ, car il ne faut pas compter sur l’aide de l’alcool ingéré, et de plus en plus franchement. Et je dois vous dire que c’était franchement sympathique de danser comme des folles après 1 mois et demi d’abstinence. Bien, on a une première explication possible. Maintenant, laissez moi vous en donner une autre, qui s’applique parfaitement aux Indiennes de notre classe à mon avis.

Pour se sentir sexy !

Et oui, plus encore que danser, le simple fait de choisir une robe (une robe ! Avec un décolleté !), des chaussures, de se maquiller était un vrai plaisir. Quand on se fait « manger du regard » à tout instant par les mâles indiens omniprésents dans les rues, on adopte vite le pantalon et le T-shirt à col rond, couvrant les épaules. J’ai poussé le vice jusqu’à recycler mes pantalons de pyjama en pantalon tout court, et personne ne m’en a voulu. D’ailleurs, je suis quand même une « pretty white girl ». Les Indiennes ne s’habillent pas non plus de manière sexy au quotidien. J’ai réalisé que je n’avais jamais vu une fille de ma classe porter une jupe ou un short au dessus du genou. Même pas de pantacourt. De même, pour ne pas trop mettre en avant leur décolleté, elles portent une écharpe qui couvre la gorge et évite toute tentation au mâle frustré. Aussi, mon choc fut grand quand j’ai vu débarquer les filles de ma classe en robes ultra-moulantes, très décolletées et très courtes. Sans compter les talons de 10cm et le maquillage à peu près aussi discret qu’une vache qui décide de s’allonger en plein milieu de la route. Et elles ne faisaient pas dépareillées face aux autres Indiennes du lieu.

Je pense donc, même si je n’ai pas osé leur demander, que les Indiennes vont plus en boîte de nuit pour tout le rituel que cela implique en terme de shopping et de préparation que pour la soirée en boîte elle-même.

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Hype for one night

En passant

Pas le temps pour un vrai article ni aujourd’hui ni demain, parce que je vais à Agra. Oui, j’ai franchi le pas, j’ai pris mon téléphone, réservé un hôtel, emprunté la CB indienne de ma coloc chinoise pour réserver deux bus, réussi à me réveiller après une nuit dans la boîte la plus hype de New Delhi et trouvé le cybercafé pour imprimer mes billets de bus.

Ah oui tiens, du coup, hier j’étais en boîte pour la première fois à Delhi. Entrée sur Guestlist bien sûr, avec accès au carré VIP, évidemment. Sans payer les quelques milliers de roupies d’entrée (je ne sais pas exactement le prix mais c’est plus de 20€, ce qui est absolument scandaleux pour l’Inde). Expérience intéressante. Random :

– des couples indiens qui s’embrassent ! (oh mon dieu, première fois que je vois ça en Inde)

– un contrôle de police du taxi à 2h30 du mat. On est 4 à l’arrière, mais apparemment ça ne pose pas de problème.

– de la bonne musique, je dois avouer être assez surprise

– de la clime à fond pour deux raisons (théorie personnelle) : 1. Faire bouger les gens, puisque s’ils bougent pas ils ont froid. 2. Eviter qu’ils ne transpirent. Et ça c’est plutôt pas mal. Je vais arrêter d’associer transpiration à boîte de nuit.

– des mini-robes. Mais mini-mini-mini. Et moulantes-moulantes-moulants. Choquant sur des filles de ma classe d’habitude habillées très normalement (jean – t-shirt).

– des Indiens très riches (pas d’occidentaux hein, des Indiens!). Qui boivent des cocktails à 600 Roupies (presque 10€). C’est bien, on peut estimer la fortune d’une personne à son stade d’alcoolémie.

Je reviendrais sur cette expérience sociologiquement palpitante après mes 30h à Agra, avec des photos même, c’est promis.