Quand on part dans un mois

Je reprends les rennes de ce blog, car c’est un jour important.

J’ai écrit le tout premier post de ce blog le 4 Juillet, 15 jours tout juste avant de partir en Inde. Face à l’excitation, la joie mais aussi le stress que m’évoquait le départ, j’éprouve aujourd’hui de la tristesse et une certaine appréhension à l’idée de partir. Je suis satisfaite (et c’est un faible mot) de mon année, de mes dix mois et demi pour être exacte. Je sais que ce qui m’attend au retour n’est pas si sombre : la famille, les amis, les vacances et un beau master.

Mais je sais aussi ce (et ceux) que je quitte.

J’ai conscience d’avoir beaucoup, beaucoup appris, et de pouvoir apprendre encore. Je suis venue avec des questions, je repars avec encore plus de questions.

J'ai quand même vécu quelques clichés cependant...

J’ai quand même vécu quelques clichés cependant…

Je ne suis pas devenue une passionnée de Bollywood. Je n’ai toujours pas compris les règles du cricket. Je ne trouve toujours pas la moustache sexy. Je ne parle pas couramment hindi. Je ne suis pas allée à un mariage hindou. Je ne porte pas de saris. 

Je n’ai pas expérimenté ces clichés indiens. Un jour peut-être.

Pourtant, je me suis intégrée, devenant petit à petit une personne à part entière et non plus seulement « the French« . Souriant ironiquement lorsque des amis indiens m’expliquaient comment prendre le métro à Delhi. Reclamant des « treats » (une invitation au restaurant / à boire un café / à n’importe quoi impliquant de la nourriture) à tout va pour des raisons bidons (c’est l’anniversaire de ton chien / t’as réussi ton exam / t’as arrêté de fumer depuis quatre jours) et donnant des treats à mes amis pour le même genre de raisons (quand ma carte bleue s’est débloquée / quand j’ai écrit un article pour Tehelka.com etc). Mangeant plus épicé que mes amis indiens, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Ce qui est drôle avec les Indiens, c’est qu’ils croient que ma vie en Inde commence le jour où je les ai rencontré. Du coup ils me posent des questions (un peu toujours les mêmes) sur ce que j’ai vu à Delhi, la nourriture que j’ai testé, et les voyages que j’ai fait en Inde, toujours surpris que j’en ai vu autant. Et c’est en répondant à ces questions au bout de huit ou neuf mois qu’on se rend compte que ça y est, on a nos adresses favorites à Delhi, hors des guides. Des endroits où l’on se rend les yeux fermés, où les proprios nous reconnaissent. Une liste de choses à faire « une dernière fois » avant de partir. 

C’est cette liste que je suis en train d’élaborer, en me demandant s’il n’y a pas déjà des choses que j’ai fait pour la dernière fois à Delhi, sans en avoir conscience.

Alors, un jour, je reviendrai. Avec la liste des choses « qui m’ont manquées ». Ça sera une longue liste…

Des bonnes moeurs en fumée

En plus de regarder des films Bollywood au cinéma, je peux aussi aller voir les gros blockbusters hollywoodiens, dont Looper que vous Français ne pourrez regarder qu’à partir du 31 octobre. Et une fois passée la difficulté de m’habituer (de me ré-habituer) à l’accent américain (je vis avec une British et passe mes journées avec des Indiens), j’ai passé un plutôt bon moment. Mon but ici n’est cependant pas de faire une critique du film, mais de pointer du doigt une contradiction indienne qui est apparue très clairement durant la projection de ce film américain (vous allez comprendre très vite).

Le film est, pour faire simple, un mélange de deux genres : science fiction présente à travers les voyages dans le temps et film d’action dont les protagonistes sont majoritairement des tueurs qui roulent dans des belles voitures, enchaînent les soirées de débauches et grillent allègrement des cigarettes. Allègrement ? Non, car il semblerait qu’une loi indienne fasse la chasse aux industriels du tabac, et ce jusque dans les films… Puisque la moindre trace de fumée nicotinée qui apparait sur un coin de grand écran est sous-titrée « Smoking cigarette is injurious to health«  (Fumer des cigarettes est dangereux pour la santé). Quand la dite cigarette est fumée après 12 shoot d’héroïne et autant de LSD sans que cela ne paraisse assez « injurious to health » pour être signalé, on saisit vaguement une certaine ironie. Par ailleurs, il semble que la majorité des nombres de morts de ce film soient causés par cartouches de flingue, et non par cartouches de cigarettes. Remarque, c’est plutôt bien pour l’Indienne assise à côté de moi qui n’a pas fumé depuis une semaine et essaye de continuer sur sa lancée.

Tout de même, calmons-nous et ne crions point trop vite à l’hérésie. Car nous la France, malgré le fait que nous soyons par miracle détenteurs à environ 3,70% du Prix Nobel de la Paix 2012 (1pays/27 = 3,70%)(ceci n’a strictement rien à voir avec rien, mais on m’a dit qu’un bon blog s’ajustait à l’actualité), avons également pratiqué ce genre de censure poussée à l’extrême. Mais oui, rappelez vous de l’affaire Jacques Tati vs. RATP. Ça se passe dans les métros parisiens, alors qu’une campagne d’affichage pour une exposition lui étant consacrée met Jacques Tati en scène sur un vélo, une pipe au bec. Une pipe ? Pas exactement, puisque la RATP, protectrice des bonnes moeurs, s’est donné le devoir de remplacer la pipe par un moulin jaune.

Avant – Après, l’art d’user Photoshop pour autre chose que faire perdre 20Kg à des actrices.

Les fumeurs, Inde, France, même combat contre le ridicule ? (je ne suis pas spécialement « fumeurs-friendly », mais là pour le coup, faut pas pousser mémé dans les orties…)

PS : Bruce Willis est encore sacrément bien conservé pour son âge et, ma foi, il se débrouille pas mal. Mention spéciale à Joseph Gordon-Levitt, un peu trop maquillé-trafiqué-retouché pour être aussi sexy que d’habitude, mais qui vaut tout de même le détour. Mais si, vous le connaissez, c’est lui là :

Joseph Gordon-Levitt (avec une cigarette aux lèvres ? Serait-ce de la provocation?)

(pour plus de Joseph Gordon-Levitt, c’est ici que ça se passe, coquin(e)s!)

Les perles de Bollywood (1) English Vinglish

THIS IS AMAZING AND BRAND NEW ! AN ENGLISH VERSION OF THIS ARTICLE IS AVAILABLE BELOW ! SCROLL DOWN !

Samedi dernier, c’était un peu la glande dans ma coloc’. Après avoir trainé la moitié de la journée en pyjama, on était en train de se boire du thé (chinois) au jasmin en se vautrant dans nos affreux canapés, quand on s’est dit que quand même il fallait faire quelque chose. Or, un cinéma pas trop loin de là passait un film à l’odeur alléchante dans la soirée : English Vinglish (ne cherchez pas, « vinglish » ne veut rien dire).

Comme je suis très cool, j’ai trouvé la bande annonce avec des sous-titres en Français :

ATTENTION. Si vous comptez voir ce film un jour et que vous tenez absolument à conserver l’énooooorme suspens entier, ne lisez pas ce qui va suivre. (et c’est la première fois que je vous autorise à ne pas lire un article – du coup pour vous rattraper vous pouvez relire tous les autres)

Laddus (ou Laddoos) (Photo: Flickr)

Pour faire court (c’est pas comme si l’intrigue était compliquée en même temps), English Vinglish relate l’histoire d’une mère au foyer indienne qui se consacre à la confection de Laddus (pâtisseries indiennes). Elle a un mari, deux enfants et un autre problème dans la vie : elle ne sait pas parler Anglais. Problème pas si gênant jusqu’au jour où elle doit se rendre à New York pour le mariage de sa soeur (oui, ce n’est pas un Bollywood de pauvres). Là, elle décide de prendre des cours d’Anglais en secret de sa famille, notamment pour tous les impressionner après et comprendre ce qu’ils disent dans son dos. En plus, il y a un « hot French guy » dans son cours, qui est lui aussi cuisinier (bah oui tiens). Mais la bonne épouse indienne repousse la tentation et reste fidèle à son mari chéri, qui finit par plus ou moins comprendre qu’elle n’est pas si cruche.

English Vinglish est carrément digne de Bollywood pour un tas de raisons. Florilège :

Il y des vraies stars dedans, notamment Amitabh Bacchan et Sridevi. Le premier est LA star de Bollywood ; l’équivalent indien de George Clooney, en un peu plus vieux et sûrement un peu plus riche. C’est de lui que le héros de Slumdog Millionaire veut tellement avoir un autographe qu’il finit -littéralement- dans la merde. Il fait une apparition éclair dans ce film, fortement applaudie et sifflée par les spectateurs surexcités de notre salle. Sridevi, dans le rôle principal, est une actrice old generation elle aussi (1980-90), qui fait son retour au cinéma avec ce film. Un retour qui la rajeunit littéralement, puisque, chirurgie esthétique et/ou magie de Bollywood, l’actrice de 49 ans en paraît facile 15 de moins.

Il y a du drame, il y a des tensions, il y a de l’amour, il y a la famille et tout finit plutôt bien. Et il y a des chansons. Des chansons qui valent le coup. Je vous mets la vidéo de l’une d’elle, à regarder avec le son au maximum, sinon c’est pas drôle.

 Au fait, je n’ai pas compris pourquoi l’héroïne (jouée par Sridevi donc) entre dans toutes ces boutiques alors qu’elle continue à porter des saris et autres tenues traditionnelles pendant tout le film. Bref.

 Pour finir, voici quelques raisons d’aller voir ce film (ou, au moins, des raisons pour lesquelles j’ai aimé aller voir le film)

– Les cinémas indiens
Une importante partie du film est en Anglais, ce qui le rend facilement compréhensible même pour ceux d’entre nous qui ne sont pas bilingues en hindi (d’autant qu’il n’y a généralement pas de sous-titres dans les films indiens).
– Le Français dans le film est tellement un cliché à lui tout seul que je riais à chaque fois qu’il disait quelque chose. Il tombe amoureux de l’héroïne (marriée) et lui offre une crêpe en disant que c’est une sorte de « Laddu français » (or vous avez vu sur la photo à quel point ça n’a rien à voir). Ensuite il lui fait une déclaration d’amour en public. Et enfin, il y a une partie du film où elle lui parle en hindi et il répond en français. Donc au moins je comprenais la moitié du dialogue (pas la même moitié que le reste de la salle mais quand même).
– Le sujet, apprendre l’anglais, dit tout de même quelque chose des préoccupations de la société indienne, en particulier des plus riches, et ce n’est pas inintéressant pour un oeil étranger.

Bref, avec un peu de second degré, ce film nous a permis 2 ou 3 heures de franche rigolade (une bonne grosse marrade comme disait la pub).

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ENGLISH VERSION

Please, do not focus on the spelling and grammatical mistakes, I know my English is not perfect. However, you can tell me about them so that I can improve the quality of both my blog and my English. Here we go : 

Last Saturday, laziness was setting in my flat.  After spending half the day in pyjama, we were drinking Chinese jasmine tea lolling in our ugly armchairs, when we figured out that we should do something.  And it just so happened that a movie theatre nearby was showing a promising movie that evening : English Vinglish.

WARNING : If you intend to see this movie one day and would like to preserve the incredible suspense,  I advise you not to read the following.

To sum it up (the plot is not very complicated anyway), English Vinglish deals with the story of an Indian housewife whose life is dedicated to the preparation of Laddus (Indian sweets, you can check the picture above). She’s got a husband, two kids and another problem : she doesn’t speak English. This problem is not that annoying till the day she has to go to New York for her sister’s wedding (yeah, this Bollywood is not about poor people). There, she decides to take English classes, without telling anyone from her family, in order to impress them and to be able to understand what they say on her behalf. Moreover, there is a hot French guy in her class, who happens to be a cook (that is a kind of a cliché isn’t it ?). Anyway, as she is a great Indian spouse, she will resist the temptation and remain loyal to her beloved husband, who finally ends up realising his wife is not that stupid. 

English Vinglish deserves its Bollywood appellation for a lot of reasons. Here is a selection :

Amitabh & Sridevi in English Vinglish

There are true Bollywood stars playing in it, including Amitabh Bachan and Sridevi. First, Amitabh Bachan, THE Bollywood icon ; a kind of Indian version of George Clooney, even though he is slightly older and probably wealthier. At the beginning of the movie, the kid main character of Slumdog Millionaire, wants an autograph from him so badly that he –litteraly- ends up in deep shit. Amitabh apparition in English Venglish was loudly applauded and hissed by the over-excited spectators. Sridevi, who holds the main role, is an actoress from “old generation” Bollywood stars (1980s-90s) and makes a comeback with this movie. A rejuvenating comeback ; I don’t know if it is thanks to plastic surgery or the magic of Bollywood, but she is 49 and looks 15 years younger.

 There is drama, there is tension, there is love, there is family, and everything ends quite well. And there are songs. I mean, songs that worth being listened to (and seen ; dances are very important !). I’m giving one to you. One rule : you have to listen to it with the sound turned on the maximum. Check it on the French version (second video).

By the way, I did not understand why the main character (played by Sridevi) enters in all those shops, as she is always dressing with saris and traditional Indian clothes. Anyway.

Last but not least, here are some reasons for you to watch this movie (or reasons why I liked watching it) (I guess this part is not very relevant for Indian people, sorry guys).

– Indian cinemas are fun
A big part of the movie is in English, so it’s easy to understand even if you are not fluent in hindi (subtitles are generally not available)
– The French guy is so much a cliché that I laughed every time he was saying something. He falls in love with the woman (who is married) and offers her a crêpe, saying it is like a “French Laddu”. Then he makes a public love declaration. I also like the parts of the movie when she talks to him in Hindi and he replies in French. So at least I was understanding half of the dialogue (not the same half than most of the spectators but still).
– Moreover, the subject of the movie, which is learning English means something about Indian society (especially upper-classes) main concerns. That is interesting for a foreigner like me. 

To sum it up, we did not take everything seriously, enjoyed the movie and laughed a lot during 2 or 3 hours.

Hauz Khas Village : Docteur Jekyll achète des sacs en coton recyclé, Mister Hyde boit des bières au T.L.R.

Le jour où j’ai été invitée à une « party » commençant à 15h et finissant à 18h, j’ai compris les implications de la phrase : New Delhi n’est pas une ville nocturne. Selon le niveau de stress/conservatisme des Indiens auxquels on pose la question, la ville ne serait pas sûre (surtout pour les filles) après 19h30, 21h30, 22h30 ou minuit. Mon record personnel se situe autour des 2h30 du matin en rickshaw, et 3h30 en taxi. Ce qui est sans doute totalement inconscient, mais « je me ris du danger »*. Encore faut-il trouver l’endroit où passer la soirée. Alors, il y a les boîtes de nuit bien sûr, mais l’expérience n’est pas renouvelable tous les quatre matins.

Il a donc fallut trouver des bars. Et c’est un peu comme trouver des petits cafés où se poser en milieu de journée : pas franchement ancré dans la culture.

Tu penses à une Guinness ? C’est bien mais maintenant faut trouver où aller pour en boire !

Heureusement, un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur (ou bien, selon le point de vue, s’est au contraire jeté le premier dans les bras de l’envahisseur occidental). Ce village, c’est Hauz Khas. Chroniques de jour et de nuit dans le « Montmartre indien » (formule de N.T., encore).

Le jour, Docteur Jekyll achète des sacs en coton recyclé.

Hauz Khas Village est une petite enclave au sud de la ville, assez unique dans Delhi. Quoi de si exceptionnel ? Le deer parc à proximité, un (relatif) calme, une (relative) propreté (si l’on excepte les monceaux d’ordures qui s’amoncèlent sur une centaine de mètres devant le village). Cela en ferait un coin juste sympathique mais pas si extraordinaire, s’il le village lui même ne fourmillait pas d’étonnantes surprises. Je vais succomber à la facilité de faire une petite liste :

Affiches de vieux Bollywood à Hauz Khas

– des Indiennes très bien habillées, à l’occidentale (shorts et escarpins sont de mises),
– des boutiques qui vendent des robes à 200€
des vieilles affiches de films, Bollywood comme Hollywood
– des restaurants tous plus cosy, lounge et surtout plus chers les uns que les autres
– des antiquaires (ne pas craquer, tu ne pourras pas remporter cette magnifique commode en fer forgé / table en marbre d’époque coloniale / horloge en bois d’époque dans ta valise de toutes les façons !)
– des glaciers italiens
– des petits magasins alternatifs qui vendent des babioles recyclées trop incroyables et inutiles. Et chères (prix parisiens, voire même plus).
– de jolis bijoux en argent (pour une paire de boucle d’oreilles achetée, un chai offert dans la boutique !)

Les ruines de Hauz Khas

Un quartier de bobos, de hipsters et de (nouveaux) riches, avec un taux d’occidentaux plus élevé que la moyenne de Delhi. On tombe par hasard sur des ruines du 13ème siècle qui trahissent la présence d’une mosquée, d’un énorme réservoir d’eau qui alimentait le Sud de Delhi, et de pavillons. Aujourd’hui, on peut se poser autour d’un lac
Le jour, Docteur Jekyll profite de sa promenade pour venir y acheter des sacs en coton recyclés.

La nuit, Mister Hyde boit des bières au TLR

Mais Hauz Khas le jour, avec nos budgets d’étudiants (étudiants du « western world », certes mais étudiants quand même), c’est assez limité une fois qu’on a fait le tour des ruines. En revanche, la nuit, le lieu prend un autre intérêt. C’est ici que se concentrent la majorité des bars de New Delhi, certains à des prix exorbitants (comme à Paris ou même pire), d’autres sûrement chers pour la majorité des Indiens mais largement abordables pour nous. On m’a dit que la plupart des bars n’avaient pas le droit de vendre de l’alcool hors de la rue principale, mais en pratique, un arrangement avec la police de coin facilite grandement les choses. Nous quittons l’avenue principale du village, et tournons à droite dans une petite rue. Nous dépassons trois restaurants et arrivons devant une boutique de fringues et autres objets recyclés.

Cafe Ziro (photo: Internet)

Nous montons quelques marches pour rentrer dans la boutique, un peu étonnées, se demandant où se trouve le bar qu’on nous a promis. La réponse vient assez vite : en haut d’un escalier en colimaçon aussi coloré que dangereux (et l’on se dit qu’il ne faudra pas trop boire en haut si on veut être capables de le redescendre). Premier étage, un bar et quelques tables, des gens qui sirotent des bières. Deuxième étage, du rock qui s’échappe de haut-parleurs, des rumeurs de conversations, des gens qui sirotent des bières. Troisième étage, une grande terrasse entourée de plantes vertes, de confortables banquettes, des gens qui sirotent des bières. Et voilà, nous avons un nouveau QG. 

QG auquel nous ferons quelques infidélités, notamment pour le T.L.R. (The Living Room) pendant l’Oktoberfest (pas beaucoup de rapports entre la fête munichoise et Delhi à priori mais c’est une bonne excuse pour vendre encore plus de bières). Le T.L.R. est aussi un lieu sur plusieurs étages où l’on peut danser sur de la musique plutôt bonne, sans (trop) se faire emmerder, jusqu’à la fermeture, autour de 1h du matin.

Oktoberfest @ T.L.R. (Photo: Internet)

Mister Hyde jette donc son dévolu sur Hauz Khas Village pour y encanailler ses nuits. Et grand bien lui prend.

* Ceci est la deuxième référence au Roi Lion de ce blog, je vais devoir revoir d’autres Disney pour varier un peu les plaisirs…

Être blanche en Inde : « mi-déesse, mi bout de viande »

Révisions, avec un « home-made » chai évidemment…

Cette semaine, je n’ai pas beaucoup de temps pour m’émerveiller des broutilles du quotidien. En effet, je travaille : je passe mes « mid-term exams » jeudi, vendredi, lundi et mardi prochains. Ce qui implique de lire une centaine de pages (en anglais) qui reprend et approfondit chacun de mes quatre cours. Sachant que j’étais en voyage le week-end dernier, je ne suis pas très avancée. Cela dit, je voulais mettre de côté cette étrange effervescence studieuse pour vous faire partager un fait du quotidien qui ne me quitte jamais : être blanche.

Pourtant, j’ai une peau mate, plus foncée que certaines indiennes. Mais les cheveux châtains aussi c’est exotique. Depuis que la baisse de température me permet de les lâcher de temps en temps sans avoir des flaques de sueur dans la nuque, je fais un vrai carton. Ce qui est bien en Inde quand on est blanche, c’est qu’on peut sortir de chez soi toute transpirante et en bas de pyjama, les Indiens se retourneront quand même sur notre passage en nous dévisageant d’un air éberlué. Ce qui est moins bien, c’est la nature de ce regard. Disséquons un peu ces grands yeux qui brillent dans le noir (littéralement) :

De la curiosité par paquets, qui les pousse à nous sourire, à nous demander où nous vivons et d’où nous venons. Parfois ce sont des enfants, ou bien des grands-mères en saris majestueux qui nous regardent, nous touchent, et nous parlent dans leur langue sans que l’on n’y comprenne grand chose. Rien de bien méchant, même si la patience nous manque parfois pour répondre à ces multiples sollicitations.

Ça, c’est A., rencontré par hasard à Rishikesh, qui dessine le Dieu Krishna et nous parle fièrement de sa vie. Facette « déesse ».

De la gentillesse, puisqu’en général, les Indiens s’empressent de nous aider, même si ça doit durer des heures, de nous guider, et de jouer au chevalier servant : R. insiste pour que je le laisse faire la queue à la cantine pour moi, les Sikhs d’Amritsar se sont tassés dans leur bus surchargé pour nous faire une place assise, en insistant lourdement, quitte à ce que des personnes âgées doivent rester debout.

C’est dans cas-là, même s’ils sont souvent un peu gênants, qu’on a l’impression d’être, au pire, des petites princesses, au mieux, des déesses. Quoiqu’il en soit, pas évident de passer inaperçu et de se faufiler discrètement quelque part.

Malheureusement parfois, ce n’est pas seulement de la curiosité, mais quelque chose de plus pervers qui pousse les Indiens (mâles) à nous observer longuement. J’ai sûrement déjà dû le mentionner, mais je ne compte plus le nombre d’Indiens qui nous prennent en photo avec leur appareil photo ou pire avec leur téléphone portable, parfois de loin, assez discrètement, parfois en nous demandant (ce qui reçoit des réponses variant selon notre humeur et le nombre de fois à laquelle il nous a fallu poser dans l’heure), ou parfois simplement en s’approchant ouvertement de nous et en se comportant comme si on était un morceau de mur. Nous protestons évidemment, mais ça ne fonctionne pas toujours. En France, je ne me gênerais pour aller mettre une baffe à un inconnu, mais ici, en pays étranger, c’est moins évident. Une  des réactions les plus efficaces que nous avons trouvé pour le moment est de riposter par la même arme et de les prendre en photo. Ce qui les décourage souvent, mais pas toujours. Et au moins, ça nous donne des preuves…

Un regard pas vraiment sympathique et innocent.

Une fois passé le stade du regard, l’Indien s’enhardit et adresse la parole à la Blanche. Ce qui donne des tentatives d’approches assez désespérantes. Certaines de mes amies n’osent plus donner leur numéro de téléphone à des Indiens parce qu’elles reçoivent des dizaines de sms et d’appels par jour. Quant à moi, c’est sur Facebook que les Indiens (dont certains de ma classe) ont décidé de passer à l’attaque. Ce qui donne 50 notifications en une dizaine de minutes après que j’ai publié un album de photos sur Agra : un Indien avait décidé d’aimer toutes les photos. Sinon, j’ai eu mon « hi » quotidien grâce à un autre indien, qui n’ose pas venir me parler en classe. Notez qu’il ne s’est pas découragé alors qu’il n’a jamais eu une réponse en retour…

Mon « Hi » quotidien, ou presque.

Deux problèmes avec ça. Le premier est que, dans l’imaginaire collectif, insister finit par marcher, comme le montrent les films Bollywood, où l’actrice tombe toujours dans les bras de son harceleur. Il faudrait sûrement trouver un moyen de leur faire entendre le bon vieil adage « Fuis-le, il te suit, Suis-le, il te fuit. ». Je ne les suivrais peut-être pas pour autant mais au moins j’aurais la paix. Le deuxième problème est plus sérieux. Cet article est assez léger, parce que je n’ai pas été confrontée à grand chose de grave pour le moment. Cependant, la facette Blanche = bout de viande, ou plus précisément, objet de fantasme sexuel pour les Indiens, s’explique par le phénomène du porno en Inde. Qui n’existe pas vraiment (de ce que je sais) ; la majorité des films pornos est donc importée d’Europe ou des Etats-Unis. Ainsi, il arrive que les seules images de Blanches que des Indiens ont vu dans leur vie soient celles de films pornographiques ! Et ce particulièrement dans les plus petites villes ou parmi les couches de la population les plus pauvres (je ne parle pas là des gens de ma classe, que l’on soit clair). Ce qui donne parfois lieu à des anecdotes tristes, comme celle que raconte Louise, une amie française à Delhi, et qui m’a (entre autres) poussée à écrire cet article.

Entre le bout de viande et la déesse, la Blanche en Inde fait tout simplement figure d’extra-terrestre. Pour changer ça, une solution : plus de blanches ! Rejoignez-nous, malgré tout, on est bien.

(oui, je craque complètement.)

PS : l’expression « mi-déesse, mi bout de viande » que je trouvais très appropriée, est sortie avec justesse de la bouche de N.T., qui, n’ayant pas de blog pour la faire partager, me pardonnera sans doute de lui emprunter.