Trek au Nepal, mode d’emploi façon meuble IKEA

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Modèle: NT.

Par voie aérienne, terrestre ou souterraine (réduction de 50% pour les fous de la 3ème option), vous entrez dans le grand supermarché du TREK appelé Népal. Le choix est immense, et les noms tout aussi farfelus qu’à IKEA. Certains, tout comme l’illustre bibliothèque Billy, sont des classiques indémodables : Camp de base de l’Everest, tour des Annapurna. Certes. Mais le prix est légèrement plus élevé que le range-livres suédois, même en roupies népalaises. Donc, il faut varier, et trouver son trek sur mesure. Pour nous, ce fut le Langtang.

Présentation de l’objet : Langtang heritage trek
– location au sein de notre boutique : à quelques tumultueuses heures en bus au nord de Katmandou, capitale, à une vingtaine kilomètres du Tibet seulement.
– hauteur : 3200 mètres,
– longueur : 4 ou 5 jours,
– couleur, design et particularités de l’objet : du vert rizière, des villages tibétains et des sommets enneigés au loin.
– prix : 80€, livraison transport, mode d’emploi guide et permis du gouvernement inclus.

Précautions d’emploi !

1. Le bus népalais local est réservé aux experts des TAHR (Transports A Haut Risque). En théorie disposant de 40 places assises, il contient en réalité 120 personnes dedans et dessus (et je ne veux pas savoir combien sont passées dessous), une trentaine de sacs de randonnées, des sacs de riz/patates/maïs, des bouteilles de gaz, des cartons de vaisselle (en métal) etc… Le concept de « route » est abandonné au profit de celui, plus drôle, d' »étroit sentier bordé de ravin, avec des cailloux, parfois d’énormes flaques d’eau, des virages en épingles à cheveux et souvent une moto à contresens qui arrive dans une montée » et le concept de « conduite régulière, prudente et mesurée » oublié pour « un chauffeur en marcel qui accélère dans les descentes et pendant les virages en klaxonnant parce qu’on va pas y passer la nuit ». Si vous avez peur de mourir, une relaxante musique à base de piaillements d’oiseau, de violons suraigus, et de voix de femme hystérique criant des paroles d’amour en hindi vous distraira sûrement. Prévoir bouchons d’oreille, anti-vomitifs et fermer les yeux. 

Notre bus, une fois le devoir accompli

Notre bus, une fois le devoir accompli

2. L’acquisition de l’objet Trek du Langtang entraine un renoncement temporaire à d’autres objets de la vie de tous les jours auquel l’acheteur n’est pas habitué : Internet, téléphone, électricité (souvent), salle de bain individuelle, eau chaude, et, dans les cas les plus extrêmes, eau tout court.

Décharge de responsabilité : 

a) L’absence d’exercice physique et/ou le fait de vivre dans une ville archi-polluée pendant une année entière augmente la difficulté d’utilisation du Trek Langtang. Le Népal ne saurait être tenu responsable d’effets secondaires dus à une utilisation du Trek Langtang dans de telles conditions (courbatures, courbatures, courbatures).

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Une petite pente, douce… Avant de repartir pour 800m de dénivelé….

b) Les attaques d’araignées et de serpent sont fréquentes au contact du Trek du Langtang. Il s’agit pour chaque acheteur de se montrer prudent et de ne pas céder à l’hystérie collective.

Utilisations et bénéfices de l’objet Trek du Langtang

Le trek du Langtang favorise les rencontres avec des Népalais-e-s intéressant-e-s et adorables.

Neema, gérante de la Pema guesthouse.

Neema, gérante de la Pema guesthouse.

Manger de la crème de marron française à 2700m d’altitude est un moment que vous n’oublierez jamais.

Garanties :

1. Le Trek du Langtang est garanti sans pollution, sans klaxon et sans voitures.

2. Le Trek du Langtang est garanti Daal Bhât de qualité dans tous les lodges qu’il contient. C’est en plus le seul moment dans votre vie pendant lequel vous aurez l’impression de mériter toutes ces calories…

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Le Daal Bhât : du riz, du daal (soupe de lentilles), un curry de légumes et pommes de terre, et parfois du poulet. Matin, midi et soir.

3. Le Trek du Langtang est garanti (presque) sans touriste(s).

4. Le Trek du Langtang est garanti paysages magnifiques et souvenirs mémorables. 

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Ces poissons d’avril que j’aurais pu faire…

… Si j’avais eu le temps le jour où il fallait réagir :

– Aujourd’hui, mon chauffeur de rickshaw était une femme. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, personne ne m’a fixée dans la rue. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas mangé de patates. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas jeté mes déchets par terre, mais j’ai trouvé une poubelle. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, les toilettes publiques étaient propres. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, j’ai réussi à dormir dans un bus. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de négocier. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas attendu. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas bu de chai. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je me suis bien habillée. Poisson d’avril.

* Adapté d’une conversation avec L. et N. au cours d’un voyage mémorable en octobre 2012.

De drôles d’habitudes

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous certains signes qui semblent montrer que, ça y est, I’m getting used to it (pour ceux qui ont raté le premier épisode, il s’agit de s’habituer à l’Inde, ce qui n’était pas gagné il y a un mois et demi).

Ne pas se demander s’il faut mettre des épices dans la nourriture que t’es en train de préparer, mais se demander quelles épices iront le mieux avec les deux piments verts déjà ajoutés.

A partir de plus d’un euro de légumes acheté, les vendeurs attentionnés offrent une petite poignée de « chili » pour agrémenter le tout.

Tomber sur un rickshaw-wallah qui sait déjà où tu veux aller et combien tu veux payer puisque tu l’as déjà eu la semaine d’avant. Prochaine étape : le reconnaitre tout de suite au lieu de le regarder d’un air ébahi (mais c’est plus facile pour lui de me reconnaître, vu que je balade à tout instant le signe de reconnaissance ultime : ma peau blanche d’occidentale).

Insulter les gens en Français à tout bout de champ (habitude à perdre au plus vite à mon retour, ou en cas de visite de Pondicherry).

Du coup on a payé moins de 30 centimes pour voir ça au lieu de payer 3€50. Le bon plan, non ? (« ça », c’est le Qutub Minar, un des plus beaux minarets de Delhi).

Payer le prix « indien citizen » au lieu du « foreigner » dans les monuments parce qu’on raconte en hindi qu’on est étudiant-e en Inde. (Et peut-être aussi parce qu’on corrompt un peu le fonctionnaire) (Mais pour payer l’entrée 25 fois moins cher ça vaut la peine).

Se moquer de son nouveau coloc’ en train de faire la vaisselle. « Qu’est-ce que tu fous? – Bah je lave les assiettes – Mais t’es fou, il y a le maid qui vient demain! ». Parce que tout le monde a un-e maid, chargé de passer un coup de balai chaque jour pour quelques dizaines d’euros par mois.

Utiliser chaque occasion de casser ses « gros billets », parce que c’est la galère de n’avoir que des billets de 500, personne ne veut te rendre la monnaie. Normal, 500 Roupies, ça fait quand même un peu plus de 7€ (et je raconte même pas les fois où les commerçants/rickshaw-wallahs disent ne pas avoir la monnaie sur 100Roupies, environ 1€50!)…

Voir passer une fille en burqa noire dans son université. Se poser une seule question : où est-ce qu’elle a pu acheter ce pantalon qui dépasse un peu de la burqa, il est tout coloré tout beau ?

Les prochaines habitudes à prendre, mais c’est le niveau supérieur :

– Cracher par terre et-ou roter le plus naturellement du monde, sans interrompre sa phrase.

– Réussir à s’endormir dans un bus de nuit non climatisé en faisant abstraction des klaxons, des soubresauts et des lumières. Ah, et de l’odeur de sueur aussi.

– Manger des pâtes gluantes et ultra-piquantes pour le goûter, à 4h de l’après-midi (on appelle ça des « Maggi », du nom de la marque).

– Rester de marbre lorsque des dizaines et des dizaines de mouches s’agitent autour de la moindre parcelle de nourriture.

Le « bari chai » (grand thé) de JNU, après rapide absorption.

– Se torcher à l’indienne. Je refuse d’entrer dans une longue description, mais ça implique de se passer de PQ et d’éviter de manger avec la main gauche juste après.

Dialogue – Un peu de lenteur dans ce monde de brutes

Début Août. Delhi, Bikaner House. 

Le City Palace de Jaipur, ou la raison pour laquelle on voulait tellement y aller.

L’idée à ce moment là, c’était de trouver un billet de bus pour Jaipur, la ville rose, pour un départ le lendemain, après avoir lamentablement erré pendant 2H à la gare ferroviaire (lamentablement parce que s’y prendre la veille du départ augmente fortement la probabilité que le train convoité soit complet). Nous nous sommes donc rendues à Bikaner House, la maison du Rajasthan, où nous avons fait la connaissance d’un employé agréable, efficace et professionnel comme on rêverait d’en voir plus souvent…

Nous : « Hello Sir, we would like to know about the bus that go to Jaipur tomorrow, around 5pm.
Lui : Today?
Nous : No, tomorrow, 5pm or later
Lui : Give me your names and age. »

Il commence à remplir un formulaire.

Nous : « Yes, ok, but we would like to know more before booking. How much does it cost?
Lui : 730. 

(ça fait 11€ environ)

Nous : Aren’t there cheaper bus ? We saw a bus that costed 500.

(7-8€. L’économie ne parait pas énorme convertie en euros, mais quand on sait qu’avec les 230 roupies d’écart on peut se payer une nuit d’hôtel, on devient un peu plus insistant…)

Lui : No. 11.30am.
Nous : Only the bus at 730 in the afternoon ?
Lui : Yes.
Nous : Ok, we need to think about that because it is more expensive that what we expected, and we need to withdraw some cash. »

… 5-10 minutes plus tard, nous avons décidé de prendre ce bus. Nous sommes de retour au comptoir…

Au même endroit. Parce que ça vaut bien qu’on les mette, ces 11€ de bus!

Nous : Hey Sir, ok we are going to book the bus.
Lui : (grogne un truc en hindi)
Un client attendant au comptoir d’à-côté : He said that you have to wait.
Nous : Why ? How much time ?
Le client (après avoir parlé en hindi au fonctionnaire) : 30 minutes, he has to finish with the lady. »

… Après avoir vainement insisté, nous attendons. L’employé imprime lentement le ticket de la femme devant nous puis s’arrête. Il décide de sortir tous ses billets et de la re-compter. Une fois, lentement, un a un. Un autre employé se tient debout derrière et s’emmerde surveille l’opération. Il recommence une deuxième fois, tandis que la foule de gens qui attendent pour réserver un bus grossit. Après exactement une demi-heure inutilement employée, il s’adresse enfin à nous…

Lui : « Name and age ?
Nous, fatiguées de son obstination et de l’attente, répondons avant de poser des questions. « So which bus ? and what time does it leave ?
Lui : Tomorrow ? 5pm.
Nous : Ok, perfect !
Lui : So, 2000 roupies.
Nous : 2000 ? So, it is 500 each person ?
Lui : Yes, the bus is 500 each.
Nous : Ok perfect, this is the bus we wanted to have, why didn’t you tell us before ? »

L’Inde, ou l’art de perdre 2h pour prendre un ticket de bus alors que ça aurait du mettre 10minutes. Alors, deux leçons à tirer : 1. S’armer de patience et insister 2. Pour prendre un bus, se pointer le jour même, 5 minutes avant l’heure voulue pour éviter de perdre un après-midi.

Parce que certaines scènes ont lieu n’importe où (mais là, c’est à Jaipur)