On achève bien les chiens blessés…

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Delhi, c’est une ville tellement complexe, immense, indescriptible, que lorsqu’on en parle, on oublie parfois d’en mentionner des éléments essentiels. Je réalise notamment que je n’ai pas du tout parlé des chiens errants de Delhi (et du reste de l’Inde). Ce doit être parce qu’ils font tellement partie du paysage que l’on ne s’attarde plus sur leur présence. Je pourrais vous parler du chien sale, boiteux et dégarni qui vient dormir toutes les nuits devant le pallier de notre porte. De celui qui laissait une odeur de mort dans le hall d’entrée de l’ancien immeuble où j’habitais. De l’Indien qui m’avait dit « Oh tu sais que là où t’habites, il y a plein de chiens la nuit?« . De ma compatriote à Jamia qui voulait adopter les chiots errants nés à côté de notre département. Je pourrais en fait écrire un roman sur les chiens errants de Delhi (bien plus nombreux que les chats d’ailleurs). Mais le temps manque (le mien comme le vôtre). On va donc se contenter d’un seul chapitre. 

Ça se passe fin avril, époque où Delhi ne s’était pas encore transformé en four réglé sur pyrolyse. Un groupe d’amis mange dans un restaurant vers New Friends Colony. En sortant, ils entendent un bruit étrange. Derrière un pot de fleurs, ils trouvent un petit chien, visiblement blessé au niveau de l’arrière-train, la plaie couverte de mouches, qui aboie plaintivement. Choqués et touchés par l’état de la pauvre bête, ils se demandent quoi faire, quand l’un a la bonne idée de proposer d’appeler une association. Smartphone aidant, ils trouvent le numéro, appellent et ont une réponse : Les « Friendicoes » passeront dans une demi-heure. Un vendeur d’une boutique attenante, attiré par l’évenement, s’approche, et voyant le chien qui esquisse quelques pas, lui donne deux grands coups de pied exactement sur la plaie. (Oui, en Inde, pays dit « inventeur de la non-violence »). Une indienne du groupe, le choc passé, se précipite pour arrêter l’homme, qui semble prêt à continuer dans sa lancée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Elle crie en hindi, insulte l’homme, écoeurée par tant de brutalité gratuite et inutile. Peureux, lâche, mais pas le moins du monde repenti, l’homme fuit. 

Les amis restent, guettant l’arrivée de Friendicoes, épaulés dans leur tâche par deux petites filles qui mendient dans le coin. Les Friendicoes arrivent au bout d’un peu plus d’une heure et emportent le chien. Celui qui a eu l’idée de les appeler fait un don de 200r (autrement, le recours à l’association est gratuit). 

« Le chien dont nous nous sommes occupés suite à votre appel est mort de ses blessures. Nous avons essayé de le sauver mais, malheureusement, il était trop tard. »
Message de l’association sur le téléphone portable d’un des amis.

En Inde, on achève bien les chiens blessés…

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