Quand on part dans un mois

Je reprends les rennes de ce blog, car c’est un jour important.

J’ai écrit le tout premier post de ce blog le 4 Juillet, 15 jours tout juste avant de partir en Inde. Face à l’excitation, la joie mais aussi le stress que m’évoquait le départ, j’éprouve aujourd’hui de la tristesse et une certaine appréhension à l’idée de partir. Je suis satisfaite (et c’est un faible mot) de mon année, de mes dix mois et demi pour être exacte. Je sais que ce qui m’attend au retour n’est pas si sombre : la famille, les amis, les vacances et un beau master.

Mais je sais aussi ce (et ceux) que je quitte.

J’ai conscience d’avoir beaucoup, beaucoup appris, et de pouvoir apprendre encore. Je suis venue avec des questions, je repars avec encore plus de questions.

J'ai quand même vécu quelques clichés cependant...

J’ai quand même vécu quelques clichés cependant…

Je ne suis pas devenue une passionnée de Bollywood. Je n’ai toujours pas compris les règles du cricket. Je ne trouve toujours pas la moustache sexy. Je ne parle pas couramment hindi. Je ne suis pas allée à un mariage hindou. Je ne porte pas de saris. 

Je n’ai pas expérimenté ces clichés indiens. Un jour peut-être.

Pourtant, je me suis intégrée, devenant petit à petit une personne à part entière et non plus seulement « the French« . Souriant ironiquement lorsque des amis indiens m’expliquaient comment prendre le métro à Delhi. Reclamant des « treats » (une invitation au restaurant / à boire un café / à n’importe quoi impliquant de la nourriture) à tout va pour des raisons bidons (c’est l’anniversaire de ton chien / t’as réussi ton exam / t’as arrêté de fumer depuis quatre jours) et donnant des treats à mes amis pour le même genre de raisons (quand ma carte bleue s’est débloquée / quand j’ai écrit un article pour Tehelka.com etc). Mangeant plus épicé que mes amis indiens, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit.

Ce qui est drôle avec les Indiens, c’est qu’ils croient que ma vie en Inde commence le jour où je les ai rencontré. Du coup ils me posent des questions (un peu toujours les mêmes) sur ce que j’ai vu à Delhi, la nourriture que j’ai testé, et les voyages que j’ai fait en Inde, toujours surpris que j’en ai vu autant. Et c’est en répondant à ces questions au bout de huit ou neuf mois qu’on se rend compte que ça y est, on a nos adresses favorites à Delhi, hors des guides. Des endroits où l’on se rend les yeux fermés, où les proprios nous reconnaissent. Une liste de choses à faire « une dernière fois » avant de partir. 

C’est cette liste que je suis en train d’élaborer, en me demandant s’il n’y a pas déjà des choses que j’ai fait pour la dernière fois à Delhi, sans en avoir conscience.

Alors, un jour, je reviendrai. Avec la liste des choses « qui m’ont manquées ». Ça sera une longue liste…

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Les 10 commandements de l’estomac (2/2)

La première partie de l’article, c’est ici.  

5. Le nom des épices tu apprendras

Leçon n°13 de l’Assimil (la Bible pour apprendre l’hindi) : les épices (masale). Dans une autre langue, je l’aurais sûrement passée, mais pas ici. Les cartes de restaurant sont rarement traduites en Anglais. Evitez donc tout ce qui contient le mot « mirc » (prononcer « mirch »), vous risquerez d’avoir des surprises… pimentées… Curry, cardamome, curcuma, gingembre, coriandre et cannelle deviendront bien vite vos meilleurs amis, des masala chips au dessert (pas au curry le dessert, mais souvent à la cardamome et à la cannelle).

Vendeurs d’épices & condiments à Old Delhi

6. Le lait fera passer tout ça

Les épices, ça brûle gentiment (ou moins gentiment) les papilles et l’estomac. L’astuce pour s’en sortir vivant, c’est le lait et le yaourt. Bien souvent, votre repas sera donc accompagné d’une petite raita, un ensemble de légumes (concombres, carottes, tomates ou tous à la fois) plongés dans un yaourt un peu salé et liquide. Mais prenez garde : La traitresse est parfois aussi épicée que le reste !

Dans ce cas vous pourrez consoler votre tristesse avec un lassi : une boisson faite à partir d’un yaourt légèrement fermenté et souvent sucré (le salted lassi, j’ai testé et désapprouvé), avec parfois même des fruits. Banana lassi ou mango lassi, choisissez votre camp !

Pots en terre des lassis, bon pour le recyclage, Jaipur

7. Aux snacks tu résisteras

Il y a des jours comme ça où le temps file et l’on en oublie de s’alimenter. Ou alors on marche des heures et une méchante fringale fait son apparition. Pas de soucis, l’Inde a tout pour vous. Les samosas bien chauds qui sortent de la poêle à frire pour 5 Roupies pièce (7 centimes d’Euros), les momos, qui se rapprochent des dim sum servis dans les restaurants chinois en France (en gros, des raviolis chinois, cuits à la vapeur et parfois frits) donc un plat vous remplira l’estomac pour 50 Roupies (70 centimes) ou encore les Pakoras, des légumes frits dans une espèce de farine un peu épaisse et de l’huile de moutarde, un vrai délice (mais attention, il y a parfois des pakoras au piment, et ça c’est méchant)… Que rêver de plus ?

8. Les fruits exotiques

Empilage des fruits qui finiront dans mon smoothie…

C’est en Inde qu’on apprend que pour les mangues aussi, il y a une saison (malheureusement, ce n’est pas l’hiver, je me console dans la papaye et l’ananas). Pas pour les bananes en revanche, le fruit roi à toute heure du jour et de la nuit (pas compliqué à éplucher, on respecte bien les consignes du commandement n°1). Pamplemousses géants, grenades et aussi mossambi, des oranges vertes bien acides peuplent les jus de fruits fraîchement pressés auxquels je ne peux résister (parfaits pour se requinquer pendant une virée shopping à Lajpat Nagar par exemple). Il y a tout de même quelques fruits étranges, que mon « fruit-walla » (marchant de fruits) s’empresse de me faire goûter lorsqu’il aperçoit mon regard interrogatif. « Naie fruit naie fruit » (nouveau fruit) m’indique-t-il en épluchant un petit truc vert foncé. La séance dégustation n’est pas toujours un succès, mais au pire, il sait que je me rabattrai sur un bon vieil ananas épluché par ses soins.

9.  Mitai (pâtisseries)

Les Indiens n’ont pas la tradition du dessert. Cependant, les boutiques de pâtisseries/sweets/mitai pullulent et pour une somme dérisoire, vous pouvez faire exploser votre taux de glycémie. J’ai déjà mentionné le classique Laddu (mon préféré est celui à la Coconut), mais il y a bien pire ! Les sweets bengalaises, par lesquelles j’ai commencé mon apprentissage des pâtisseries indiennes, sont sans doute les plus sucrées : une bouchée suffit à vous écoeurer (presque) à jamais. Barfis, Patissas… la base est simple: du gras, du sucre, souvent du lait. La Gulab Jamun se déguste chaude trempée dans du sirop. Bref, si les commandements 1 et 5 pouvaient faire penser que je reviendrai avec quelques kilos de moins, celui-ci vient -littéralement- faire pencher la balance.

10. Par un chai tu finiras

Merveilleuse boisson indienne qui me ferait presque oublier le café (FAUX!), le chai, ce thé au lait et aux épices (et au sucre) accompagne toutes les fins de repas, les intercours et les petits-déjeuners un peu frisquets. Pour les nuits blanches, c’est un peu moins efficace qu’un café bien noir. Ce qui tombe bien, vu que le stress lié à mes cours indiens est proportionnel au taux de caféine contenu dans les boissons chaudes : très faible. J’ai quand même bien rigolé en faisant goûter à mes amis indiens du vrai café noir sans sucre, ni lait, ni épices importé de France et fait avec la cafetière à l’italienne que j’ai trouvée dans mon appartement.

Conclusion 1 : Je pense que je trouverai la nourriture française bien fade à mon retour, et que je rapporterai un bon stock d’épices ainsi que quelques habitudes du sous-continent. Méfiez-vous donc de mes prochaines invitations à diner !

Conclusion 2 : Je ne suis pas encore assez au top pour vous parler de la manière dont la nourriture en dit long sur la caste ou sur l’appartenance géographique d’un Indien, mais j’espère que cela changera, notamment avec mon séjour dans le Sud du pays début décembre, sûrement ponctué de découvertes gustatives…

Les 10 commandements de l’estomac (1/2)

Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’une chose très sérieuse. J’y avais déjà fait quelques allusions, mais décidément, le sujet mérite qu’on s’y penche de manière plus approfondie. Mesdames, messieurs, laissez moi vous plonger au coeur de ce que l’Inde a de terrifiant, piquant, fascinant, gourmand : la nourriture. Dans toute sa splendeur, la voici pour vous en 10 commandements. Enfin, 4 pour aujourd’hui et le reste pour le prochain article (oui, le sujet est vaste).

1. Les conseils… tu ignoreras !

Si l’on lit un guide de voyage, on trouvera quelques indications relevant du bon sens. Qui ressemblent fortement à une « NOT-to-do-list ». Florilège :

– Ne pas boire l’eau du robinet (conseil de l’ordre de l’évidence)
– Ne pas consommer de fruits non pelés, de crudités et éviter tout ce qui n’a pas passé quelques heures dans de l’eau bouillie.
– Ne pas succomber à la tentation de la nourriture de rue (pas de jus de fruits, pas de samosas, rien dont on ne soit sûrs de la provenance).
– Oublier les mots « glaces » et « surgelés ».

A part le premier point (et encore, il y a eu quelques entorses infortunées), je dois dire que j’ai enfreint tous ces sacro-saintes résolutions (j’ai jamais été bonne pour les religions de toutes les façons). Le tout est d’y aller progressivement. Je mange donc régulièrement des pommes lavées à l’eau minérale, des salades de crudités, des jus de fruits et à peu près tout ce qu’on peut trouver dans la rue, y compris les glaces à 20Roupies (30 centimes) que l’on achète à des vendeurs qui baladent leur carriole.

2. Les féculents tu multiplieras

Là où l’on se rend compte que l’Inde est un pays en voie de développement, c’est que la nourriture, avant d’être quelque chose de raffiné, gustatif et subtil, doit nourrir.

Même en pique-nique, on amène du riz.

 Le riz est la base de l’alimentation, vous le trouverez donc à toutes les sauces, du biryani au pulao en passant par le « fried rice » ou le jeera rice (riz au cumin). Mais le pain est AUSSI la base de l’alimentation. Pas la bonne baguette hélas, mais des chapatis et rotis (farine et eau), des roomalis rotis, qui ressemblent à de grandes crêpes, des paranthas, plus épais, fourrés de pommes de terre, herbes ou oignons, et surtout des naans. Bien qu’ils soient rarement au fromage comme ceux qu’on trouve dans les restaurants indiens en France, les butter naans satisfont les plus difficiles d’entre nous. Pour compléter tout ça, il y a souvent un plat en sauce (« gravy »), composé de lentilles jaunes ou noires, ou encore de pois chiches. Qui peut être épicé…

Le repas de base : daal Makhani (lentilles), jeera rice (riz au cumin) et chapatis. (A la cantine du temple d’or)

3. Les légumes en dessous de la sauce tu chercheras

Mais si, bien sûr qu’il y a des légumes là-dessous !

Bon il y a des légumes en Inde. Mais parfois très, très bien cachés sous une épaisse sauce bien grasse aux noix de cajou par exemple (ceux qui me connaissent savent à quel point j’aime les noix de cajou et pourtant ce jour là, ça m’est resté sur l’estomac). Il ne faut pas non plus oublier que la pomme de terre est un légume, puisque vous la retrouverez dans les « mix vegetables ». Sinon on trouve à peu près tous les légumes, toujours frais, de carottes aux tomates, en passant par les choux-fleurs. Et même des inconnus aux bataillons, telles des espèces de courgettes aux formes bizarroïdes ou des pousses de bambous plus grosses que ma cuisse (impressionnant !)… Je n’ai pas encore tout testé…

4. La viande tu oublieras, ou presque…

La viande, c’est bon. Mais c’est cher (relativement à l’Inde), et le choix se limite à 1. Poulet ou 2. Mouton. Le porc ? Non, car les Musulmans n’en consomment pas (et beaucoup d’hindous non plus en pratique). Le boeuf ? Non, car les hindous n’en consomment pas. Le canard ? A quoi bon, on a du poulet ! Le lapin ? Ils ont des écureuils à la place, mais c’est hors de question de les manger, ils sont vraiment trop petits et tellement mignons !

Ecureuils

Peu de choix donc, ce qui fait que la norme est aux repas végétariens, même si je mange quand même de la viande, hein, faut pas pousser. En plus, j’ai désormais mes habitudes au fish market à deux pas de chez moi : le vendeur m’accueille avec un grand sourire avant de m’éplucher le kilo de crevettes que je finis toujours par lui prendre.

*** La suite plus tard *** 

3000

Aujourd’hui, en rentrant chez moi après une balade à la BookFair de Delhi, l’équivalent indien du Salon du livre mais où tout est à moitié prix, j’ai ouvert les statistiques du blog pour valider un commentaire. Et là, je suis tombée sur ça :

Image

Oui, vous avez bien vu !

ImageVoilà. Vous allez me prendre pour une folle qui scrute consciencieusement chaque nouveau visiteur, mais même pas ; c’est le hasard du traffic jam justement dosé qui a fait que je ne me suis connectée ni à 2999, ni à 3001, mais là, maintenant, à 3000. Du coup, j’ai trouvé que vous méritiez un petit article bonus.

3000 Roupies : L’équivalent d’un peu plus de 42€ ou de 600 bananes.

3000 Kilomètres : La distance Chandigarh (Nord de l’Inde) – Kanyakumari (extrême Sud de l’Inde)

Image

3000 Photos : nombre de photos que je compte faire de l’Inde. Ou que les Indiens comptent faire de moi (être blanc-he procure le statut spécial de monument touristique et vous rend cible potentielle d’un mitraillage photographique acharné).

3000 Mots… d’hindi : but minimum à atteindre d’ici à la fin de l’année. Je pense être à 10% pour le moment, oups.

3000 Personnes : qui me fixent à chaque instant, où que j’aille, quoique je fasse. Ok, c’est peut-être un peu exagéré. Peut-être.

3000 épices : qui se battent contre mon estomac tous les jours depuis le début du voyage. D’ailleurs, je tenais à publiquement annoncer que j’ai bu de l’eau du robinet. Chez moi, par inadvertance. C’est un peu stupide, mais à ma décharge, j’étais fatiguée. Bilan de cette expérience : ça passe avec un spasfon et un peu de courage.

3000 mercis et autant de bises : c’est tout ce que je vous fais. Continuez à me lire, je continuerais à vous écrire.

Allez, je repars à l’aventure !

De drôles d’habitudes

Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous certains signes qui semblent montrer que, ça y est, I’m getting used to it (pour ceux qui ont raté le premier épisode, il s’agit de s’habituer à l’Inde, ce qui n’était pas gagné il y a un mois et demi).

Ne pas se demander s’il faut mettre des épices dans la nourriture que t’es en train de préparer, mais se demander quelles épices iront le mieux avec les deux piments verts déjà ajoutés.

A partir de plus d’un euro de légumes acheté, les vendeurs attentionnés offrent une petite poignée de « chili » pour agrémenter le tout.

Tomber sur un rickshaw-wallah qui sait déjà où tu veux aller et combien tu veux payer puisque tu l’as déjà eu la semaine d’avant. Prochaine étape : le reconnaitre tout de suite au lieu de le regarder d’un air ébahi (mais c’est plus facile pour lui de me reconnaître, vu que je balade à tout instant le signe de reconnaissance ultime : ma peau blanche d’occidentale).

Insulter les gens en Français à tout bout de champ (habitude à perdre au plus vite à mon retour, ou en cas de visite de Pondicherry).

Du coup on a payé moins de 30 centimes pour voir ça au lieu de payer 3€50. Le bon plan, non ? (« ça », c’est le Qutub Minar, un des plus beaux minarets de Delhi).

Payer le prix « indien citizen » au lieu du « foreigner » dans les monuments parce qu’on raconte en hindi qu’on est étudiant-e en Inde. (Et peut-être aussi parce qu’on corrompt un peu le fonctionnaire) (Mais pour payer l’entrée 25 fois moins cher ça vaut la peine).

Se moquer de son nouveau coloc’ en train de faire la vaisselle. « Qu’est-ce que tu fous? – Bah je lave les assiettes – Mais t’es fou, il y a le maid qui vient demain! ». Parce que tout le monde a un-e maid, chargé de passer un coup de balai chaque jour pour quelques dizaines d’euros par mois.

Utiliser chaque occasion de casser ses « gros billets », parce que c’est la galère de n’avoir que des billets de 500, personne ne veut te rendre la monnaie. Normal, 500 Roupies, ça fait quand même un peu plus de 7€ (et je raconte même pas les fois où les commerçants/rickshaw-wallahs disent ne pas avoir la monnaie sur 100Roupies, environ 1€50!)…

Voir passer une fille en burqa noire dans son université. Se poser une seule question : où est-ce qu’elle a pu acheter ce pantalon qui dépasse un peu de la burqa, il est tout coloré tout beau ?

Les prochaines habitudes à prendre, mais c’est le niveau supérieur :

– Cracher par terre et-ou roter le plus naturellement du monde, sans interrompre sa phrase.

– Réussir à s’endormir dans un bus de nuit non climatisé en faisant abstraction des klaxons, des soubresauts et des lumières. Ah, et de l’odeur de sueur aussi.

– Manger des pâtes gluantes et ultra-piquantes pour le goûter, à 4h de l’après-midi (on appelle ça des « Maggi », du nom de la marque).

– Rester de marbre lorsque des dizaines et des dizaines de mouches s’agitent autour de la moindre parcelle de nourriture.

Le « bari chai » (grand thé) de JNU, après rapide absorption.

– Se torcher à l’indienne. Je refuse d’entrer dans une longue description, mais ça implique de se passer de PQ et d’éviter de manger avec la main gauche juste après.