Women walk in when everyone else walks out (2/2)

Pour clôturer le mois d’Avril en beauté en entamer Mai dans la joie, la bonne humeur et lasueur (on dépasse désormais les 40°C à l’ombre), j’invite sur mon blog Jeanne pour une subtile analyse de la situation des femmes dans les villages indiens. Elle y a été confrontée au cours de son stage à Pardada Pardadi Educational Society, ONG d’initiative locale située à Anupshahar, village d’environ 10 000 habitants dans le district le plus criminel de l’Uttar Pradesh, Bulandshahar. Pardada Pardadi s’applique à faciliter le développement rural à travers l’autonomisation sociale et économique des femmes en leur donnant accès à l’éducation et l’emploi. La première partie se passe ici

Pour la deuxième partie, c’est maintenant :

Pardada Pardadi Girls Vocational School, appelé Pardada Pardadi School (collège et lycée) depuis qu’on a laissé tomber l’enseignement « vocationnel » / professionnel en faveur d’un enseignement fondé sur des valeurs (« Value-based Education »).

Pardada Pardadi Girls Vocational School, appelé Pardada Pardadi School (collège et lycée) depuis qu’on a laissé tomber l’enseignement « vocationnel » / professionnel en faveur d’un enseignement fondé sur des valeurs (« Value-based Education »).

Une école d’abord

En plus de l’importance de la participation des femmes à la vie économique et sociale, Sam est parti du principe que l’éducation est le premier pas vers le développement. C’est même la condition essentielle pour permettre à la communauté de développer des pratiques sociales inscrites dans la durée. En 2000, Sam ouvre une école pour filles à Anupshahar. Il n’a pas obtenu l’autorisation de l’Etat de l’Uttar Pradesh pour scolariser des enfants, mais ici, tout se négocie, y compris l’inscription administrative des quelques 45 élèves dans d’autres établissements scolaires. Ceux-ci perçoivent les subventions versées pour les élèves supplémentaires à la place de Pardada Pardadi Girls Vocational School qui paie donc double. D’abord aux frais de Sam, puis grâce à l’aide de nombreuses organisations partenaires et de son réseau d’amis – américains et indiens notamment – maintenant bien élargi. Deux ans après, la reconnaissance vient enfin. 

De la maison à l’école

6. Garçon

Certaines élèves, chargées de prendre soin de leurs petits frères, ne pouvaient pas venir à l’école sans eux. Quelques garçons ont été acceptés au moment où le recrutement des élèves était encore difficile. Aujourd’hui, les petits frères ne sont plus une excuse. Les anciens restent, mais aucun nouveau n’est admis.

Pour convaincre les parents d’envoyer leurs filles à l’école, il a fallu leur donner des garanties. La garantie que le temps passé à l’école ne sera pas perdu. En effet, puisqu’elles ne seront plus dévouées à la réalisation des corvées, les parents veulent la garantie que leurs filles pourront payer les frais du mariage et éventuellement trouver un emploi ensuite. Les élèves de Pardada Pardadi perçoivent donc dix roupies par jour de présence à l’école, en plus de trois repas par jour, uniformes, chaussures, livres et vélos. Trouver un emploi à Anupshahar, c’est pire qu’à Pôle Emploi en pleine crise économique ; Pardada Pardadi a donc rendu l’enseignement de la couture obligatoire – en plus des cours académiques – tout en promettant un travail à toutes les diplômées dans les centres de production textiles (linge de maison et sacs de costume Blackberrys Clothing India) que l’organisation a créés à Anupshahar. Des 45 premières élèves, il n’en est d’abord resté qu’une dizaine, les pères ayant préféré revendre et boire l’ensemble des biens que leurs filles avaient obtenus… plutôt que calculer que, sur le long terme, dix roupies par jour avec intérêt représentent une belle somme que leur fille peut utiliser pour payer sa dot, continuer ses études ou investir dans des petits business. Pour éviter ce genre de scénario, l’argent est versé sur un compte en banque, auquel les élèves ont désormais accès le jour de leurs 18 ans si elles ont validé la classe 10 (équivalent de la Seconde). A l’école, elles apprennent à gérer de l’argent, et comprennent ce que compte en banque personnel signifie : le choix d’utiliser leur pécule comme elles le souhaitent.

Elles sont désormais plus de 1200 scolarisées dans quatre écoles (une maternelle, deux écoles primaires dont une dans un village, un collège-lycée). Pardada Pardadi prépare à des débouchées de plus en plus variées et ambitieuses. Si les centres de production textiles existent toujours, emploient une cinquantaine de femmes et s’autofinancent et à ce jour, 23 élèves ont pu faire des études supérieures financées par les partenaires de Pardada Pardadi. Cette année, 18 des 25 élèves de classe 12 (équivalent de la Terminale) poursuivront des études supérieures, un pourcentage peu ordinaire pour la campagne d’Uttar Pradesh.

L’éducation rémunérée des filles permet de retarder leur mariage à l’âge de l’obtention du diplôme, soit l’âge légal – 18 ans –, et de leur donner une autonomie sociale et financière dont elles n’auraient jamais pu bénéficier en restant à la maison. 

Questionner les vieilles habitudes

L’uniforme n’est pas une exception puisqu’en Inde, la plupart des écoles font un choix entre le style indien choisi par Pardada Pardadi (salwar kameez) et le style britannique (chaussettes hautes, jupes plissées, chemisiers et cravates). Le vert et le jaune, c'est pour symboliser la plante jeune et la plante mûre.

L’uniforme n’est pas une exception puisqu’en Inde, la plupart des écoles font un choix entre le style indien choisi par Pardada Pardadi (salwar kameez) et le style britannique (chaussettes hautes, jupes plissées, chemisiers et cravates). Le vert et le jaune, c’est pour symboliser la plante jeune et la plante mûre.

Les écoles manquent désormais de place, d’enseignants et de financements pour accueillir de nouvelles élèves. C’est un beau progrès, mais il reste beaucoup à faire. L’Inde rurale est partout, des menus de la cantine aux méthodes pédagogiques. Impossible de faire manger des repas équilibrés aux élèves qui s’influencent les unes les autres, les pratiques religieuses et les restrictions budgétaires de l’ONG s’y mêlant ; difficile de leur faire oublier les vieux remèdes comme le fameux « dentifrice sur brûlure » (et, non, ça ne marche pas). 

Pour satisfaire les parents, en plus de donner un certain goût du travail et des responsabilités aux élèves, une fois par mois et selon un tour de rôle, chaque collégienne/lycéenne passe une journée à aider au ménage, à la cuisine et à la vaisselle.

Pour satisfaire les parents, en plus de donner un certain goût du travail et des responsabilités aux élèves, une fois par mois et selon un tour de rôle, chaque collégienne/lycéenne passe une journée à aider au ménage, à la cuisine et à la vaisselle.

Les professeurs sont – en toute logique – quasiment tous originaires du tehsil (le bled), mais ils sont eux-aussi largement englués dans les valeurs hiérarchiques et les vieilles méthodes pédagogiques : prépondérance du par cœur, des évaluations académiques, peu d’accent sur la participation, l’interaction, la créativité des élèves. Mais depuis l’abandon de la partie professionnelle de l’enseignement, la priorité est donnée aux activités de développement personnel – danse, musique, théâtre, sport, actualité et culture générale, développement du leadership, éthique, droits de l’Homme – et d’apprentissages pratiques – santé et hygiène, planning familial (moins d’enfants et plus tard), connaissances légales… Les plus jeunes élèves apprennent les gestes d’hygiène élémentaires chaque jour sur le campus-même.

Une grande liberté est laissée aux choix personnels des élèves, et c’est l’assurance, le sens de l’humour et la forte personnalité des filles les plus âgées qui m’a le plus surprise quand je suis arrivée à Pardada Pardadi en septembre dernier. Pour l’anecdote, certains jeunes hommes des villages ont protesté contre Pardada Pardadi parce que les diplômées, intellectuellement plus affirmées, ne les trouvaient plus à la hauteur pour le poste de mari.

ET APRES

Répondre aux principaux problèmes d’hygiène et de santé

Pour les femmes, les problèmes de santé sont le plus souvent liés à l’absence de toilettes dans les villages – qui les oblige à attendre la nuit pour déféquer – et à l’utilisation de vieux saris – sales – pendant leurs menstruations. En résultent infections vaginales et urinaires aggravées par l’absence de structures de santé de qualité (en dehors de Pardada Pardadi School). L’initiative ‘Rags to Pads’ (« Des chiffons aux serviettes (hygiéniques) » – oui, c’est moins chouette en français) permet d’employer quatre femmes à la confection de serviettes hygiéniques basiques à petit prix qui sont distribuées aux élèves et dans les villages. C’est avant tout le changement des comportements en matière d’hygiène féminine et l’accessibilité des serviettes qui sont visés. Des toilettes ont été construites dans les villages qui envoient le plus de filles à l’école, servant aussi d’incitations.

De la même façon, certains villages ou quartiers ne sont pas fournis en électricité : la plupart des résidents s’éclairent à la bougie ou à la lampe à kérosène, toutes les deux onéreuses, peu efficaces, facteurs d’incendies et de maladies respiratoires. Un complexe de lanternes solaires et de toilettes communautaires permet aux habitants les plus pauvres et marginalisés – en raison de leur appartenance à la communauté méprisée des Kanjars – de Madargate, dans la ville d’Anupshahar, d’améliorer leurs conditions de vie et de se sentir intégrés à la communauté. Ils ont désormais accès à l’eau courante, drainée dans de meilleures conditions, à des toilettes et des douches, et à un éclairage gratuit, non-nocif. L’obtention d’un lanterne solaire est elle aussi soumise à la scolarisation d’au moins une fille par famille – à Pardada Pardadi ou ailleurs – ou à l’emploi de la mère.

Les projets se chevauchent pour servir à la fois l’amélioration des conditions d’hygiène et de santé et l’éducation et l’emploi des filles.

Employer plus de femmes

Depuis décembre 2012, une quinzaine de jeunes filles motivées sont en formation pour intégrer un centre d’appel téléphonique pour Kingdom of Dreams (plus grand centre de spectacle d’Inde – danse, musique, théâtre, gastronomie) à Delhi. Pardada Pardadi soutient la formation de Self-Help Groups qui permettent aux femmes de mettre en commun des fonds d’épargne et d’investissement pour améliorer les rendements agricoles, créer des entreprises qu’elles gèreront de manière autonome, et soutenir des projets de développement des villages… Plus d’un millier de femmes ont déjà intégré ces Self-Help Groups.

9. CCGirls dansent

Les étudiantes en formation pour le centre d’appel dansent sur le toit de la guest house des bénévoles.

Elargir la mission

Pardada Pardadi Educational Society n’est plus seulement une école pour filles. D’ailleurs, Sam a toujours vu dans le terme « educational » beaucoup plus que l’éducation académique, tout comme dans « Pardada Pardadi » : Pardada Pardadi Educational Society, c’est la transmission, de génération en génération, de valeurs et de pratiques propices aux améliorations des conditions de vie de tous ; et à la valorisation des femmes comme membres actives de la société.

Jeanne.

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Women walk in when everyone else walks out (1/2)

2. Paysannes

Pour clôturer ce mois d’Avril en beauté en entamer Mai dans la joie, la bonne humeur et lasueur (on dépasse désormais les 40°C à l’ombre), j’invite sur mon blog Jeanne pour une subtile analyse de la situation des femmes dans les villages indiens. Elle y a été confrontée au cours de son stage à Pardada Pardadi Educational Society, ONG d’initiative locale située à Anupshahar, village d’environ 10 000 habitants dans le district le plus criminel de l’Uttar Pradesh, Bulandshahar. Pardada Pardadi s’applique à faciliter le développement rural à travers l’autonomisation sociale et économique des femmes en leur donnant accès à l’éducation et l’emploi.

Dix idées par minute

Tous les articles sur Pardada Pardadi parlent de Sam : On pourrait presque penser que Pardada Pardadi – « arrière-arrière-grands-parents » en hindi – se résume à lui, qui serait alors le grand gourou d’Anupshahar. Mais il suffit de l’écouter pour comprendre qu’il y a des raisons de le mettre au centre, et de regarder autour de nous pour s’apercevoir qu’il faut beaucoup de ressources pour remplacer les gourous par un vieux visionnaire un tantinet américanisé dans l’esprit des villageois.

Sam et des membres d'un Self-Help Group

Sam et des membres d’un Self-Help Group

Sam, Virender Singh, le fondateur de Pardada Pardadi, est le véritable pilier de l’organisation. Il lit beaucoup, écoute les idées de chacune des personnes de son incroyable carnet d’adresse, que ce soit le premier ministre indien, la directrice d’une ONG naissante ou l’étudiant paumé. Il retient, critique, réfléchit, puis il parle, propose. Quand on est stagiaire à Pardada Pardadi et qu’on a bien assez de boulot comme ça, on a parfois envie de fuir ses projets, trop nombreux, trop exigeants, mais toujours originaux et viables. Et Mr. Jose, le manager administratif, ne veut plus affronter les trous et les bosses des quatre heures de route – 120 kilomètres – entre Anupshahar et Delhi avec Sam parce que « Il ne parle que de son organisation. Il ne parle jamais de rien d’autre. »

Sam, c’est un grand curieux qui s’étonne de tout et raconte beaucoup d’histoires. Il comprend les Etats-Unis et leurs valeurs pour y avoir vécu quarante ans, et il aime l’Inde où il est retourné pour remuer un peu son tehsil natal, Anupshahar. Sa vision est économique, mais avant tout éducative. Surtout, il n’oublie pas d’où il vient et ne sous-estime pas le poids des pratiques culturelles.

Ici, les filles ne jouent pas.

Les filles aux fourneaux

Les filles aux fourneaux

En 2000, Sam prend sa retraite de directeur de Du Pont de Nemours en Asie du Sud un peu prématurément pour tenter de développer la zone rurale d’Anupshahar où il est né soixante ans auparavant. Un constat : Ici*, ce sont les femmes qui travaillent, celles qui subviennent aux besoins des familles, et pourtant, elles ne gagnent pas un sou et sont toujours soumises au père, puis au mari. Dépendantes financièrement jusqu’à leur mort, elles sont discriminées dès la naissance. Ici, les fœticides et infanticides de filles, ça n’appartient pas au passé. Ici, quand on demande aux pères combien d’enfants ils ont, beaucoup ne comptent que leurs fils. Les filles sont considérées comme des fardeaux : Elles quittent le foyer familial au moment décisif du mariage, dont l’onéreuse cérémonie est d’ailleurs financée par leur famille et qui ne se fait qu’au moyen d’une dot généralement très élevée. Et le plus tôt est le mieux – les mariages de mineures (entre 13 et 14 ans généralement) c’est aussi une réalité. Jusqu’au mariage, l’exploiter semble être un moyen efficace d’éponger la dette que la jeune fille laissera lorsqu’elle quittera l’autorité du père pour celui de l’époux. Pas étonnant qu’en Inde, 70% des enfants non-scolarisés sont des filles, et qu’ici, 85% des filles ne vont pas à l’école. Le programme qu’on leur réserve est beaucoup plus alléchant : Ménage, lessive, vaisselle, cuisine, travail dans les champs, fabrication de dung patties (galettes de bouse de vache pour le feu). C’n’est pas moi qui le dis : Un tête à tête à vie avec les haricots et les carottes n’a jamais permis à personne d’avoir une santé, une éducation, un contrôle des naissances – pour éviter de se retrouver avec 5 enfants sur les bras en plus d’un sac de grains –, un compte en banque personnel suffisamment fourni et le respect de ces messieurs.

Les Dung Patties, galettes de bouse séchées utilisées comme combustible.

Les Dung Patties, galettes de bouse séchées utilisées comme combustible.

Les nanas d’abord

Pour Sam, enfermer les femmes à la maison, c’est, en plus d’un déni de leurs droits, un véritable gâchis pour l’Inde. Le développement du pays ne peut pas se passer de la valorisation économique et sociale des membres les plus fragiles de la société. Même si tout le monde le cache – y compris les intéressées – les femmes sont celles qui portent l’ensemble de la société : Eduquer une fille, c’est éduquer sa future famille et, de fil en aiguille, propager le mouvement.

Mais alors que faire ? A suivre.

3.2. Maman de P

Maman de P., une employée à Pardada Pardadi

* « Ici », c’est le tehsil d’Anupshahar (plus de 160 villages), dans le district de Bulandshahar, Uttar Pradesh. Je préfère me restreindre à cette zone que je connais mieux et que je sais homogène plutôt que parler de l’Inde qui se divise, paraît-il – et ça me semble cohérent –, en 5 niveaux de développement différents, ou 5 époques différentes.

La femme indienne, le viol et la loi.

Mon article pour Les piplettes poilues – La femme indienne, le viol et la loi.

Après un article de M.C.  sur la situation des femmes en Chine et un de E. sur le Liban, nous avons le plaisir de publier un article d’ E.S., envoyée spéciale en Inde.

Son blog  sur l’Inde : https://uneetoiledanslavallee.wordpress.com/

La femme indienne, c’est la femme entreprenante, courageuse et indépendante affichée sur les murs du Petit Palais de Paris en octobre 2011. C’est ma colocataire, 20 ans, libre, riche et cool, qui sort tous les soirs en boîte ou dans des bars en minijupe. C’est aussi la jeune inconnue en kurta-salwar-dupatta (tunique-pantalon bouffant-écharpe qui cache le décolleté) qui t’arrêtes dans la rue pour t’expliquer que porter une robe (aux genoux) sans collant c’est mal. Et la femme indienne, c’est aussi Jyoti Singh Panday, 23 ans, décédée des suites du viol collectif dont elle a été victime le 16 décembre 2012, dans un bus à New Delhi.

Oui, voilà, le viol collectif dans…

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Trouver ses limites

Globalement, on apprend à supporter pas mal de choses. Parfois parce qu’on ferme les yeux, c’est vrai ; parfois parce qu’on arrive à mieux comprendre ce qui nous entoure. Mais il y a des moments où l’on perd un peu patience, et où l’on atteint ses limites (ce qui prête plus ou moins à conséquence).
Parce que ouais, dès fois, même si t’es en Inde, tu trouves que ça fait beaucoup :

– de te faire harceler par deux vendeurs de ballons de foot, deux vendeurs de torchons, un vendeur de journaux, un vendeur de fleurs et deux mendiants en un seul feu rouge ;

– de rouler plus de 30km à 4 dans un rickshaw ;

– de boire ta 8ème tasse de chai de la journée ;

– de passer 48 heures dans un train ;

– de devoir refuser le 15ème « mec relou » qui t’ajoute en ami sur Facebook ;

– d’attendre ton prof pendant plus d’une heure. 3 jours sur 4 ;

– de croiser 50 hommes dans la rue pour 2 femmes une fois que le soleil est couché ;

– d’avoir pris plus de 5000 photos depuis ton arrivée ;

– de te faire réveiller 4 fois pendant ta sieste par des pubs Vodafone.

Ce pays me surprendra jusqu’à la dernière seconde. Qui sera sûrement une seconde chaude et sèche, coincée quelque part entre le 4 et le 10 juin 2013.

Inshallah.

Deux contes de mariage

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.« 

La plupart des contes de fées européens se finissent comme ça. En Inde, dans beaucoup de cas, le mariage n’est pas un heureux dénouement pour les époux. En effet, si le mariage d’amour se popularise, dans les films Bollywood et dans la vraie vie, mariages arrangés et mariages forcés restent encore de mise parmi toutes les classes sociales. Un des meilleurs articles de blog que j’ai lu est celui-là, qui relate bien une situation courante parmi les Indiens riches/de classe moyenne. Je vous livre à mon tour les deux histoires vraies de deux filles et femmes que j’ai rencontrée. Avertissement : mon article n’est pas rigolo. Vous serez prévenus.

N.* habite à Delhi ; c’est une fille déterminée, courageuse et éduquée. Elle monte un business de papeterie avec deux amis d’enfance. Sa mère, un peu effrayée par l’indépendance de sa fille et par le quand-dira-t-on demande à sa fille de prendre un emploi de salariée dans une entreprise, car c’est mieux accepté et cela préservera les apparences auprès des candidats potentiels au mariage. Candidats potentiels qui se multiplient et dont les demandes, jointes aux sollicitations de la famille de N., se font de plus en plus pressantes au fur et à mesure que les années menacent de déposer des rides sur le visage d’N. Rien n’y fait, N. est une femme moderne, qui fuit tout cela au profit du business dont elle continue à s’occuper après son emploi. Mais un jour, N. fête ses 28 ans, un très gros nombre pour une indienne célibataire. Ses parents en ont conscience, et, de sollicitations, on passe aux supplications, des supplications aux menaces et au chantage. N. rencontre son fiancé quelques fois, chaperonnée par des membres de leurs familles respectives. Elle le hait. La date de leur mariage est fixée pour dans deux mois. Le meilleur ami de N., avec lequel elle tient son business, essaie d’intervenir dans l’affaire, de la sauver de ce mariage qui est plus forcé qu’arrangé. Rien n’y fait, les familles sont engagées, et les protestations de N. ne pèsent pas grand chose face au poids des contraintes sociales. N. s’est mariée avec son fiancé il y a deux mois.

L. et deux de ses amies.

L. et deux de ses amies.

L. ne connaît pas exactement son âge. Est-ce 15 comme l’indiquent ses papiers ou 13 comme le nombre de moussons qu’elle a vu passer ? Ce n’est pas une question très importante dans le village d’Uttar Pradesh duquel elle vient. Seule son « grade », sa classe, est une certitude, depuis qu’elle a la chance d’être scolarisée dans une ONG locale. La vie se déroule tranquillement, entre corvées à assurer le matin à l’aube et cours à suivre pendant la journée. Mais un jour, son père et sa belle-mère, qui pensent à leur fils de 8 ans et aux deux autres soeurs de L., décident que L. est devenu un trop gros fardeau, et préparent donc son mariage, même si L. est bien en dessous de l’âge légal (18 ans pour les femmes, 21 pour les hommes). Du moins, c’est la rumeur qui parvient à l’ONG qui la scolarise. Après vérification, il s’agit en fait de vendre l’adolescente sous couvert d’un mariage. Grâce à l’intervention de l’ONG ainsi que de la pression exercée par les autres familles du village, le mariage n’a pas eu lieu. L. sera prise en charge par l’ONG qui va l’envoyer dans un foyer à Delhi, loin de sa famille (mais avec l’accord de celle-ci). Ces histoires de mariage infantile sont difficiles à croire quand on ne fait que les lire dans les journaux (à noter, un reportage photo de Stéphanie Sinclair sur les mariages infantiles au Rajasthan, paru dans L’Express spécial Inde du 19 décembre 2012 au 1er janvier 2013), et puis un jour on y fait face et ça prend d’autres contours. On met un visage sur ces milliers d’enfants concernés (majoritairement des filles mais aussi des garçons).

C’est tout ce que j’ai à dire. Pour ceux que ça intéresse, voici une vidéo pour aller plus loin en ce qui concerne les mariages infantiles.

 *Fausses initiales données pour un soucis de clarté uniquement, les prénoms de ces filles ne vous concernant pas.