Des rencontres où il est question de religion, de hasard, de destin et de karma.

Ça y est, je suis de retour à Delhi, chez moi, après une nuit dans un train pas si désagréable que l’on aurait pu s’y attendre, malgré les ronflements peu discrets de l’un de mes voisins. Ces cinq jours furent incroyables ; je crois que j’ai dit « wahou c’est beau ! » et « Ooooh regarde comme c’est magnifique !! » à peu près 10 fois par heure. Et en plus des monuments visités, on a fait plein de rencontres très intéressantes. Ce qui va donner lieu à un long et passionnant article richement illustré (il faut bien ça de temps en temps).

Pas d’argent mais un peu quand même à Fatehpur Sikri

Adhérant au mythe entourant la création de la ville de Fatehpur Sikri, des milliers de femmes indiennes viennent faire le voeu d’avoir un enfant devant la tombe de l’ermite Sheikh Salim Chishti.

La tombe de Sheikh Salim Chishti

Cet ermite aurait permis à l’empereur Akbar (empereur moghol du 16e siècle), par sa bénédiction, d’avoir enfin une descendance digne de ce nom (c’est-à-dire trois fils). Par reconnaissance, Akbar construit sa capitale à Sikri, passant outre les risques de problèmes d’approvisionnement en eau, qui causèrent l’abandon de la cité quelques dizaines d’années après sa construction. Apparemment, le pouvoir de cet ermite dépasse les frontières, puisqu’il semblerait que même Carla Bruni en ait bénéficié. Comment je le sais ? C’est la première rencontre, la plus mitigée.
En demandant notre chemin dans la ville, on se fait guider jusqu’à la mosquée puis à l’intérieur du monument par un jeune indien francophile un peu trop sympathique. Voyant notre méfiance, il nous assure ne pas être intéressé par l’argent (moui) mais seulement par le fait de parler français pendant qu’il est en vacances blablabla. On ne sait pas trop comment lui dire de s’en aller, on décide donc de lui laisser sa chance, tout en restant sur nos gardes évidemment. Il nous raconte des anecdotes assez marrantes (dont celle que je vous ai rapportée). Mais évidemment, à la fin de la visite, il prend congé en nous réclamant un tip, assez lourdement. Décevant.

De l’eau du Gange dans un train 

Mes tentatives pour prendre en photo le soleil couchant

Après quelques longues et angoissantes minutes dans les embouteillages causés par un festival, un peu de marche très rapide, et une course en rickshaw endiablée (oui je romance un peu), nous parvenons à prendre notre train pour Gwalior à l’heure. Et il aurait été dommage de le rater ! D’une part parce que le trajet en bus dure deux fois plus longtemps, et d’autre part, parce que cela fut une bonne occasion de pratiquer notre hindi de « 3 mois d’Inde ». Ainsi, me voyant un peu en peine à tenter de prendre le soleil en photo par la fenêtre du train, un petit vieux m’aborde et commence à me raconter sa vie en hindi. Je ne sais pas comment on en est arrivé là, mais il m’a expliqué qu’il était monté dans le train à Haridwar avec son bidon d’eau du Gange (ça vous rappelle quelque chose? Normal, j’en parlais ici) pour retourner chez lui à Gwalior. Sans que je ne m’en rende tout de suite compte, je me suis retrouvée entourée par une dizaine d’Indiens fascinés. Ce qui donnait à peu près ça.

Ensuite, mes amies sont venues à ma rescousse et ont eu le droit à un interrogatoire en règle sur leur(s) dieu(x) préféré(s). Après avoir vaguement tenté d’expliquer qu’elles étaient athées (alors qu’elle connaissaient le mot pour athée en hindi, ils ne l’ont pas compris), elles ont finit par évoquer Ganesh, le dieu éléphant. Principalement parce qu’il est marrant et facile à reconnaître. Ensuite, un des hommes a fouillé pendant un quart d’heure dans son portefeuille pour trouver les images de ses Dieux préférés et nous les montrer.

Ganesh (photo prise à Delhi)

20 roupies et un henne gratuit pour le karma

Direction Orchha pour la suite de nos aventures. Après une journée de visites et une pause au bord d’une rivière, on dine dans un restaurant assez sympathique.

« Escaliers » de l’hôtel avec la rue principale d’Orchha en toile de fond.

Le lendemain, alors qu’on se balade dans la rue principale d’Orchha, un monsieur en vélo nous interpelle.Il nous tend un billet de 20 Roupies et on reconnait le patron du restaurant de la veille, qui explique qu‘il est vraiment terriblement désolé de s’être trompé sur l’addition hier soir, et heureusement il nous a retrouvées. Et pour la peine il nous invite à un henné gratuit avec sa fille. Un moment qui fait chaud au coeur.

Attendre que ça sèche.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’un Indien insiste autant pour nous rendre la monnaie, même lorsqu’il s’agit de sommes dérisoires. Apparemment, l’explication tient au fait qu’il est nécessaire de mourir et d’entamer une nouvelle vie (les hindous croient en la réincarnation) sans dettes. C’est mieux pour le Karma, on a plus de chances de se réincarner en être humain qu’en limace et on n’aura pas besoin de consacrer sa prochaine vie à retrouver ceux auxquels on devait quelque chose dans la vie précédente. Quant à nous, on ne s’en est pas plaintes…

Un Sadhu au sommet des collines

Dernière rencontre que je vous raconte, toujours à Orchha. Nous louons des vélos pour aller faire un petit tour dans les campagnes environnantes. A un moment, alors que nous faisons un petite pause à l’ombre, une petite vieille nous interpelle en nous demandant (en hindi) où nous allons et en s’inquiétant de la chaleur et du soleil (je demande à mes camarades en France, en Allemagne, en Suède, en Russie, au Canada ou dans d’autres pays faits pour les pulls en laine de bien vouloir m’excuser, mais tout le voyage s’est déroulé en T-shirt à manches courtes et nous avons bien bronzé. Oui, un 27 octobre).

LE temple hindou

 On lui dit qu’on se promène (d’ailleurs, je dois dire que j’ai utilisé le verbe « se promener » en hindi bien plus que ce à quoi je m’attendais). Elle nous répond d’aller au temple hindou perché sur la colline, et qu’en plus il y a un sadhu alors ça nous fera du bien. On obtempère en la remerciant. On monte un peu en vélo puis abandonnons les montures et finissons à pied jusqu’à cette merveille de kitsch.

L’hindouisme vu de l’intérieur

Enfin nous rencontrons le vénérable sadhu qui nous salue d’un signe de tête avant d’entreprendre la descente jusqu’au village. Petit cours qui s’impose de lui-même : qu’est-ce qu’un Sadhu ? (prononcer »sadou ») Le sadhu est la version indienne d’un ermite : c’est un homme qui renonce à ses biens et à ses relations sociales pour se consacrer uniquement à la religion hindoue.

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Une étoile dans la vallée… du Gange.

Mes absences de la toile (pas trop longues pour le moment) ont au moins un aspect positif : ce sont durant ces laps de temps que je voyage, et grâce à eux que je reviens avec encore plus de choses à raconter.

Quelques Dieux et quelques empreintes

Cette fois-ci, petites chroniques depuis la vallée du Gange (d’ailleurs, voilà qui vous donne une partie de l’explication du nom de ce blog), fleuve qu’il m’a été donné de voir à Haridwar et Rishikesh.

4h de train en Second Sitting (la classe la moins chère), c’est un peu moins confort que la SNCF…

A 214 km au nord de Delhi (soit un peu plus de 4h de train tout de même, on est en Inde), la première de ces deux villes est empreinte de sacré. Notamment grâce aux empreintes (relisez la phrase d’avant pour ne pas passer à côté de mon jeu de mots de génie s’il vous plaît) de pieds du Dieu Vishnu, le protecteur de l’univers. Empreintes encore visibles et exposées aux badauds (mais, et j’ai vraiment honte de l’avouer, il fallait dénuder ses pieds pour accéder au lieu et après avoir jeté un regard à nos chaussures de randonnée et un au sol boueux, nous avons décidé que nous pouvions nous passer d’aller vérifier par nous-mêmes). En revanche, nous n’avons pas raté la deuxième raison qui fait d’Haridwar un lieu saint : le Gange.

Ça c’est le Gange (à Haridwar).

Gangâ, la déesse du Gange, étant née de la sueur des pieds de Vishnu grâce au travail du Dieu Brahma (glamour), soit par l’action combinée de deux des trois dieux les plus sacrés de l’hindouisme (le troisième étant Shiva), c’est une déesse super sacrée. Du coup, un bain dans le Gange purifie le corps du vivant et permettrait au cadavre qui y brûlerait d’atteindre la fin du cycle des réincarnations (soit la libération de l’âme et le bonheur éternel). Sacré parmi les sacré, le Gange est aussi le fleuve de la vérité et de la sagesse spirituelle. Mais c’est aussi un très bon exemple de :

La différence entre pureté et propreté

Vous avez dit propreté ?

Le Gange est sacré, divin, et purificateur. Pourtant, les Indiens y balancent sans vergogne des tas d’ordures, à tel point que des panneaux étaient installés sur un pont à Haridwar nous priant (si je peux utiliser le mot) de ne pas jeter de déchets dedans. Sans compter les cendres des cadavres que l’on y brûle (estimés à à peine moins de 500 par jour), les restes de bois de crémation (tout de même plusieurs centaines de tonnes chaque jour, ce n’est pas si évident de brûler un corps) et encore plus sympathique, les déversements d’eau (très) usées… Un des fleuves les plus pollués au monde (oui, bien pire que la Seine) malgré quelques tentatives du gouvernement pour améliorer la situation, et dans lequel les gens se baignent pourtant sans hésiter une seule seconde.

Femmes heureuses de se baigner dans le Gange (Haridwar)

Petit mot sur la cérémonie de l’aarti

Préparation de la cérémonie de l’aarti.

La cérémonies de l’aarti a lieu chaque jour et consiste à lancer une bouteille à la mer une bougie sur le Gange, à la tombée de la nuit, en priant les dieux de l’hindouisme. Lorsque plusieurs centaines ou plusieurs milliers de personnes le font en même temps, c’est assez impressionnant. Pour nous cela dit, l’expérience a été un peu gâchée par la pluie survenue un quart d’heure avant. Nous étions à Rishikesh, ville à plus de 300m d’altitude, où la mousson n’est pas tout à fait terminée. Du coup, quelques dizaines de personnes à peine, et un spectacle beaucoup moins … spectaculaire. Une bonne excuse pour voyager dans une autre ville en bord de Gange (Varanasi, ou Bénarès, fera très bien l’affaire!).

La mousson (Haridwar)

Nous avons quand même senti le poids de l’hindouisme au quotidien. Les deux villes sont complètement tournées vers le fleuve, et le comportement des gens est aussi révélateur.

Tu peux ramasser l’eau du Gange et la ramener chez toi. Ou même l’offrir à tes amis. (Haridwar)

Images religieuses à Rishikesh

Abreuver les vaches sacrées, on n’y pense pas, mais c’est important (Rishikesh)