Les F.A.Q. de l’Inde (Frequently Asked Questions)

Se préparer à vivre dans un pays inconnu pendant un an, à fortiori s’il s’agit de l’Inde, apporte forcément à se poser une foultitude (c’est entre une foule et une multitude) de questions :

*En fait, ça on ne s’en passe pas. On se débrouille pour en trouver à Delhi !

Ma famille va-t-elle me manquer ? Suis-je capable de vivre cela ? Vais-je tomber malade ? Que dois-je emmener en priorité ? Comment me passerais-je d’éclair au chocolat* ??

Ce dont on parle moins, c’est des questions qu’on se pose une fois là-bas, et dont on n’avait même pas envisagé l’importance d’ici. Aujourd’hui pour vous, les questions que l’on se pose fréquemment en Inde, ou Frequently Asked Questions.

Comment faire son chai sans électricité ?

« Northern India hit by one of the worst power breakdowns » titrait the Hindu ce matin.

« In what was one of the worst power breakdowns in the country, the Northern Grid crashed early Monday morning plunging eight states into complete darkness, disrupting inter-state train services, adversely hitting health services and impacting millions of lives. »

Pour les non-anglophones, le Monde en parlait aussi. Ainsi, ce matin, je me suis préparée à mon premier jour de cours… dans le noir. Ou presque. Le seul défaut de mon appartement étant sa faible luminosité, j’ai en effet eu droit à la douche (ça va), au mettage de lentilles (ça commence à moins le faire) puis au coiffage (c’était vraiment pas terrible) dans la semi-obscurité. C’est là où l’on se rend compte que, quand même, c’est utile l’électricité. Surtout quand j’ai voulu faire mon chai du petit-dej’. « Mééé euh, C koi sa un chèèè? » vous dites-vous peut-être. Alors, premièrement, ça se prononce « Tchay » et deuxièmement, c’est le mot hindi pour dire le thé. Mais c’est aussi une toute autre manière de le préparer. Pour nous, le thé c’est de l’eau chaude, ici, il y a aussi du lait, beaucoup de lait. Du sucre aussi, et parfois des épices. Mais pas dans celui que je me fais le matin. Mode d’emploi : déposer un bon fond de lait dans votre tasse, mettez vos feuilles de thé « Taj Mahal » dans une petite passoire sur votre tasse et versez l’eau bouillante. Ouais, mais ce matin, ma bouilloire marchait pas. (Ben oui, il y avait pas d’électricité on vous dit!) (Ps : admirez comment je retombe sur mes pattes, c’est incroyable). A l’ancienne, j’ai du laver une casserole abandonnée dans l’évier par une des mes colocs et mettre de l’eau à bouillir sur le feu. Heureusement, j’ai une gazinière.

Faut-il porter une kurta ?

Vous êtes encore piégés par des mots que vous ne comprenez pas hein ? Je vous en veux pas, pour moi non plus, kurta ne signifiait rien il y a 10 jours. Pas le temps (ni tout à fait la science, il faut l’avouer) de vous faire une leçon sur les vêtements indiens, on va se contenter de celui-là. Tunique longue (de mi-cuisses aux genoux), généralement fendue sur les côtés jusqu’à la taille, elle existe en toutes les couleurs, tous les tissus, tous les types de manches (no-sleeves / short-sleeves / full-sleeves), tous les prix aussi, et différentes formes de col (le plus fréquent étant tout de même un col en V très peu décolleté). J’en ai pour l’instant 3 : une bleue très basique que m’a donnée ma « famille indienne », une vert foncé aux manches mi-longues et une blanche avec des imprimés gris-bleus, magnifique, achetée dans la très chic boutique Anokhi (une folie à 950 Roupies… Oui, je sais, ça fait 13€95). Ce matin, j’ai décidé de mettre l’Anokhi avec un pantalon beige et des sandales, en me demandant quel allait être le regard que porterait les Indiens sur une occidentale habillée « à l’indienne ». Résultat : sur les 4 fois où j’ai pris le rickshaw aujourd’hui, je ne me suis pas faite arnaquée une seule fois et j’ai réussi à faire mettre le « meter » sur les deux longs trajets (Le « meter » est le compteur de kilomètres. Sur les ricksaws, c’est normalement obligatoire, mais bien sûr, ils refusent de l’allumer lorsqu’ils ont affaire à des occidentaux, préférant négocier un prix – souvent 20 à 50% supérieur). Rouler des « r » en anglais et abuser du « bahia! » (littéralement « frère » – très fréquemment utilisé par les Indiens dans la rue, même quand ils ne se connaissent pas) a certainement aidé. Morale de l’histoire : Oui, il faut porter une kurta. Et se sentir bien dedans.

Comment expliquer à un vendeur un peu lourd qu’on n’est pas en Inde pour acheter des brosses en plastique made in China ?

Palika Bazar, lieu de tous les relous qui ont aussi essayé de nous refourguer… Des films pornos !

Problème fréquemment rencontré dans les nombreux marchés dans lesquels nous dépensons des milliers de roupies flânons ; les « gros lourds ». C’est-à-dire ceux qui non seulement essaient de te vendre des choses par des grands cris « Aié ! Aié ! » (« venez, venez ») (ce qui, après tout, peut paraître légitime), mais ont deux caractéristiques qui les distinguent : ce qu’ils vendent est inutile/moche/sans aucun intérêt/totalement banal en Europe – comme par exemple une brosse en plastique made in China, un rasoir électrique, ou encore des piles (pourquoi?) et en plus, ils insistent lourdement « very good price, what is your price ?, only fifty roupies« . Sans comprendre qu’en fait, on n’est absolument pas sensibles à leur marchandise, quelque soit leur tentative de « street-marketing ».

Heureusement, parfois, on trouve des marchés magnifiques où personne n’a besoin de nous convaincre de quoique ce soit pour qu’on achète des choses…

Dilli haat : vêtements, bijoux, déco et surtout écharpes en Pashmina

Fabrications artisanales dans le ravissant et calme marché de Dilli Haat

Namaste, une tranche de vie indienne aujourd’hui ?

Pardonnez moi mon absence de l’Internet ces derniers jours. Il faut dire que j’ai vécu pas mal de choses (parfois, j’ai l’impression qu’une journée dure en fait une semaine). J’écris aussi un carnet de voyage qui me prend environ 5 pages par jour (et encore, j’ai l’impression de ne rien dire de ce que je pense), c’est pas évident de tout mener de front.

Quoiqu’il en soit, tout va bien, d’autant que je vis depuis quelques jours chez une famille indienne, grâce à mon réseau d’opportuniste de Sciences Pistes à l’aise en société. Hindous, ils font partie de la classe aisée et travaillent dans l’exportation – je n’ai pas vraiment compris de quoi d’ailleurs. Du coup, aussi difficile que cela puisse paraître, ils sont à la fois très indiens et très européanisés.

« You know, as I work in export, I see many european people, so I bought mineral water for you, don’t worry. »

la meilleure eau minérale d’Inde est himalayenne

Ils m’ont accueilli très gentiment, avec, j’imagine, une certaine fierté d’avoir les moyens de vivre « à l’européenne » (air climatisé dans toute la maison, eau chaude, wi-fi, oeuvres d’art du monde entier accrochées au mur, et fringues occidentales). La famille se compose de la mère, du père et de leurs deux filles (je connais la plus jeune, rencontrée à Sciences Po, mais qui est encore en France). L’ainée m’a tout de suite prise sous son aile, m’a fait essayé des fringues indiennes et a commencé à me parler (en très bon anglais d’ailleurs) de son pays. J’en apprends plein sur ce pays, et je note soigneusement des pistes de réflexion à explorer pour vous en faire part un jour.

Ma chambre d’invitée

La vie ici c’est plutôt facile. Tu te lèves le matin, tu dis au « bon » (l’indien qui fait le ménage, les courses, la cuisine et tous les travaux ingrats dans la maison) ce que tu veux pour le petit dej’, tu pars vivre ta vie (submergé des conseils de la soeur ainée) et t’essaies de rentrer pas trop tard le soir pour ne pas que la mère soit trop choquée (« Be careful, Delhi is not safe for women« ). Et quand je dis pas trop tard, c’est-à-dire que 21h30 ça commence à craindre.

Quelques petites anecdotes marrantes et/ou révélatrices

La nourriture d’abord (toujours). La mère est végétarienne, la fille non. Je ne sais pas pour le père. Leurs repas sont préparés par le « bon » et ils ne mangent pas forcément tous ensemble (on est loin du « repas de famille » à la française). Ils font leur yaourt, leur fromage (très frais, ne pensez même pas au comté de 12 mois d’âge) et leur pain maison. Et quelle variété de pains ! Naan, roti, chapati… c’est toi qui choisis! Ah aussi, et ça c’est trop mignon, la mère a demandé au « bon » de ne pas faire des trucs trop épicés pour moi…

Après il y a les fringues. D’après ce que j’observe et ce qu’elle m’en dit (appelez moi Sherlock Holmes) la fille ainée est absolument fan de fringues, autant occidentales qu’indiennes. Elle va m’emmener acheter des kurtas (tuniques indiennes, qui vont à peu près jusqu’à mi-cuisses et peuvent ou non couvrir les bras) jeudi prochain. Elle va aussi me donner l’adresse d’un tailleur, pour que je puisse, avec de la soie que j’aurais achetée, faire refaire une robe que j’ai emmené (à cet effet). Environ 30€ la robe en soie, moitié moins en coton, « Is it ok for you?« . Oh yes, it is. Mais sinon, je crois que je vais lui dire qu’aller faire du shopping de fringues « occidentales » (Gap, Ralph Lauren) ne m’intéresse pas beaucoup…

Allez, une dernière pour la route. Avec son fiancé, la fille ainée m’a emmené diner dans un resto libanais/indien/algérien.

« Sweet Paan » (mode d’emploi : ouvrir la feuille de bétel, mettre le truc dans la bouche et mâcher jusqu’à ce que ce soit humainement possible à avaler)

Le gros truc de « rebelle » où tu peux acheter de l’alcool (donc je dois dire que les mojitos indiens sont bien meilleurs que ce à quoi je m’attendais) et fumer une chicha. C’est là où l’on peut dire que c’est occidentalisé (sans compter qu’on y est allé en grosse voiture blanche magnifique et climatisée). Mais bon, quand même, à 22h30, il était super tard, parce que c’est l’Inde… On a juste fait un stop pour acheter des paans, le truc au goût le plus indescriptible de toute ma vie. C’est sucré, très fort, faut mâcher pendant longtemps, c’est tout ce que je peux dire…

« When you’ll be ready, I will make you taste the chocolate paan and the ice paan. »

When I’ll be ready for it (c’est le truc qu’ils me disent tout le temps), il y a plein de trucs que je ferais pour profiter à fond de ce pays de fous…