Ces poissons d’avril que j’aurais pu faire…

… Si j’avais eu le temps le jour où il fallait réagir :

– Aujourd’hui, mon chauffeur de rickshaw était une femme. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, personne ne m’a fixée dans la rue. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas mangé de patates. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas jeté mes déchets par terre, mais j’ai trouvé une poubelle. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, les toilettes publiques étaient propres. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, j’ai réussi à dormir dans un bus. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de négocier. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas attendu. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas bu de chai. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je me suis bien habillée. Poisson d’avril.

* Adapté d’une conversation avec L. et N. au cours d’un voyage mémorable en octobre 2012.

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Des rafales et François Hollande pour la Saint-Valentin

Titre d’article un peu étrange je vous l’accorde. Mais pas aussi étrange que la manière dont j’ai passé ma soirée du 14 Février. Les rumeurs ont commencé à se répandre mi janvier, par un email émanant des responsables de Sciences Po nous recommandant vivement de nous enregistrer sur les listes consulaires de l’ambassade. Fait quelques jours plus tard (et alors même que je n’avais pas mon passeport sur moi, je tenais à souligner ce fait ayant entrainé quelques négociations de plus que normalement nécessaires à cette tâche).

Une semaine avant le jour J, nous recevions par la poste (si si), une invitation cartonnée conviant les Français de New Delhi à une réception à l’ambassade pour la venue du Président de la République. Une invitation à laquelle on ne dit pas non, autant alléchés par l’intérêt politique que par la forte intuition qu’Ambassade rime avec vin rouge et nourriture française. C’est donc habillées, comme le spécifiait l’invitation « en tenue de ville » (indication sujette aux interprétations les plus variées et à de nombreux messages échangés entre Sciences Pistes…) que nous arrivons avec quelques heures d’avance le jour J. Les plus belles pour une Saint-Valentin politique, un comble…

La venue de François Hollande s’articulait autour de trois axes : la défense, l’économie et la culture (dans cet ordre d’importance). En effet, le 14 Février ne coïncidait pas seulement avec la Saint-Valentin mais également avec la tenue du Salon Aero India à Bangalore (Sud de l’Inde), où étaient se déroulaient des tractations et négociations autour des enjeux de défense et d’armement. Enjeux qui ne sont pas moindres, puisque l’Inde est le premier pays importateur d’armes du monde; et la France… dans le top 5 des plus gros vendeurs d’armes ! La délégation accompagnant François Hollande comprenait, outre quelques ministres (au nombre desquel-le-s Aurélie Filippetti pour la culture, Laurent Fabius pour les Affaires étrangères, Geneviève Fioraso pour l’éducation…), une sélection assez impressionnante de businessmen, parmi lesquels… M. Dassault (rafales? mirages? ça vous dit quelque chose?). Selon le discours de M. Hollande, il y a une réelle volonté française de maximiser les relations entre les deux pays en matière de sécurité, et également de nucléaire. Deuxième axe lié au premier, l’économie… Là encore, la France souhaiterait voir augmenter le nombre de partenariats avec l’Inde, même si, selon le discours officiel « la venue de Monsieur Hollande n’est pas économique » (difficile à croire quand on voit les charmants messieurs qui l’accompagnent). Je ne m’étends pas sur ce point. Culture et éducation, un troisième événement marquait ce 14 Février ; un concert électro à la Jantar Mantar, monument historique de Delhi. Ce concert est estampillé du qualificatif culturel parce qu’il était organisé dans le cadre du Festival Bonjour India dont j’ai déjà parlé et reparlé. Si l’on en croit les murmures que j’ai entendu en passant, il semblerait d’ailleurs que la venue de François Hollande ait été en partie financée par des fonds du festival, ce qui n’est pas nécessairement un scandale étant donné que le Président a indirectement promu le festival. Quant à l’éducation, le discours a mentionné le peu d’étudiants indiens venant en France (3000 environ, contre près de 20 000 étudiants chinois). Le noeud du problème est financier, comme nous n’avons pas manqué de le rappeler au vice-président de Sciences Po en visite en Inde quelques jours plus tard, qui a semblé bien gêné lorsque nous lui avons parlé des difficultés des étudiants indiens à obtenir des bourses.

Quelques remarques en vrac, plus ou moins futiles :

– Les mesures de sécurité en Inde sont assez importantes pour n’importe quel lieu (centre commercial, métro, etc), avec scanner de bagages, portiques de sécurité et/ou fouilles au corps. Il est normal que cet événement suive la règle. Ce qui est un peu plus drôle, c’est que les sacs à main étaient fouillés manuellement (ce qui prouve l’efficacité du scanner n’est-ce pas) et les contrôles réalisés par des gardes de sécurité français : on ne va tout de même pas confier la vie de notre Président à des étrangers ! (je précise que, même s’il s’agit de l’ambassade de France, les contrôles sont habituellement faits par des Indiens).

– Rassurez-vous, notre Président est un French lover digne de ce nom, et il avait emmené sa compagne (ainsi désignée par la presse indienne). Mme Trierweiler n’était donc pas seule à la table de l’Elysée pour la Saint-Valentin (version alternative : Valérie a été privée d’une soirée entre copines).

– Je me suis posée la question de l’argent dépensé pour cet événement et du bénéfice que cela pouvait engendrer. Au vu du nombre de personnes présentes, n’ayant manqué ni de nourriture (française donc, livrée par une boulangerie-pâtisserie-traiteur très très chic-chère) ni d’alcool (vins, champagne et bière ont coulé à flot pendant -presque- toute la soirée), le coût n’était pas négligeable. Le bénéfice d’une telle soirée n’est pas si évident. Les invités présents au discours en Français étaient à 98% des Français habitant en Inde (plus ou moins temporairement). Donc ce n’était pas une opération séduction à des Indiens. Ni même aux Français, car nous ne sommes pas en période électorale… Je m’interroge encore, même si cela ne m’a pas empêchée de me jeter goulûment sur les petits fours au saumon…

***

Remerciements à A. pour une longue conversation sur les enjeux de l’armement en Inde.

Mumbai Street Food

Comme n’importe quelle ville d’Inde, ou peut-être plus encore, Bombay (Mumbai) ne laisse pas indifférente. Enfin, on voit de nos propres yeux la ville qu’ont décrite avant nous des auteurs de toutes nationalités. D’ailleurs, je vous promets une mise à jour de la page Culture et Confiture bientôt, avec ces deux chefs-d’oeuvre ayant Bombay pour toile de fond : A fine balanceL’équilibre du monde– de l’Indo-Canadien Rohinton Mistry et Shantaram de l’Australien Gregory David Roberts. Je n’oserais ajouter mes humbles mots après tous ceux, si justes, que j’ai lu au sujet de la Megacity, aussi je vais me contenter de photographies. Par ailleurs, cela fait longtemps que le sujet de la nourriture n’a pas été abordé dans ce blog. Laissez-moi donc vous inviter à une plongée photographique dans la nourriture de rue de Bombay (Mumbai Street Food !).

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PS : Mes compétences technologiques passent au niveau supérieur, je maîtrise désormais le diaporama !

Les 10 commandements de l’estomac (2/2)

La première partie de l’article, c’est ici.  

5. Le nom des épices tu apprendras

Leçon n°13 de l’Assimil (la Bible pour apprendre l’hindi) : les épices (masale). Dans une autre langue, je l’aurais sûrement passée, mais pas ici. Les cartes de restaurant sont rarement traduites en Anglais. Evitez donc tout ce qui contient le mot « mirc » (prononcer « mirch »), vous risquerez d’avoir des surprises… pimentées… Curry, cardamome, curcuma, gingembre, coriandre et cannelle deviendront bien vite vos meilleurs amis, des masala chips au dessert (pas au curry le dessert, mais souvent à la cardamome et à la cannelle).

Vendeurs d’épices & condiments à Old Delhi

6. Le lait fera passer tout ça

Les épices, ça brûle gentiment (ou moins gentiment) les papilles et l’estomac. L’astuce pour s’en sortir vivant, c’est le lait et le yaourt. Bien souvent, votre repas sera donc accompagné d’une petite raita, un ensemble de légumes (concombres, carottes, tomates ou tous à la fois) plongés dans un yaourt un peu salé et liquide. Mais prenez garde : La traitresse est parfois aussi épicée que le reste !

Dans ce cas vous pourrez consoler votre tristesse avec un lassi : une boisson faite à partir d’un yaourt légèrement fermenté et souvent sucré (le salted lassi, j’ai testé et désapprouvé), avec parfois même des fruits. Banana lassi ou mango lassi, choisissez votre camp !

Pots en terre des lassis, bon pour le recyclage, Jaipur

7. Aux snacks tu résisteras

Il y a des jours comme ça où le temps file et l’on en oublie de s’alimenter. Ou alors on marche des heures et une méchante fringale fait son apparition. Pas de soucis, l’Inde a tout pour vous. Les samosas bien chauds qui sortent de la poêle à frire pour 5 Roupies pièce (7 centimes d’Euros), les momos, qui se rapprochent des dim sum servis dans les restaurants chinois en France (en gros, des raviolis chinois, cuits à la vapeur et parfois frits) donc un plat vous remplira l’estomac pour 50 Roupies (70 centimes) ou encore les Pakoras, des légumes frits dans une espèce de farine un peu épaisse et de l’huile de moutarde, un vrai délice (mais attention, il y a parfois des pakoras au piment, et ça c’est méchant)… Que rêver de plus ?

8. Les fruits exotiques

Empilage des fruits qui finiront dans mon smoothie…

C’est en Inde qu’on apprend que pour les mangues aussi, il y a une saison (malheureusement, ce n’est pas l’hiver, je me console dans la papaye et l’ananas). Pas pour les bananes en revanche, le fruit roi à toute heure du jour et de la nuit (pas compliqué à éplucher, on respecte bien les consignes du commandement n°1). Pamplemousses géants, grenades et aussi mossambi, des oranges vertes bien acides peuplent les jus de fruits fraîchement pressés auxquels je ne peux résister (parfaits pour se requinquer pendant une virée shopping à Lajpat Nagar par exemple). Il y a tout de même quelques fruits étranges, que mon « fruit-walla » (marchant de fruits) s’empresse de me faire goûter lorsqu’il aperçoit mon regard interrogatif. « Naie fruit naie fruit » (nouveau fruit) m’indique-t-il en épluchant un petit truc vert foncé. La séance dégustation n’est pas toujours un succès, mais au pire, il sait que je me rabattrai sur un bon vieil ananas épluché par ses soins.

9.  Mitai (pâtisseries)

Les Indiens n’ont pas la tradition du dessert. Cependant, les boutiques de pâtisseries/sweets/mitai pullulent et pour une somme dérisoire, vous pouvez faire exploser votre taux de glycémie. J’ai déjà mentionné le classique Laddu (mon préféré est celui à la Coconut), mais il y a bien pire ! Les sweets bengalaises, par lesquelles j’ai commencé mon apprentissage des pâtisseries indiennes, sont sans doute les plus sucrées : une bouchée suffit à vous écoeurer (presque) à jamais. Barfis, Patissas… la base est simple: du gras, du sucre, souvent du lait. La Gulab Jamun se déguste chaude trempée dans du sirop. Bref, si les commandements 1 et 5 pouvaient faire penser que je reviendrai avec quelques kilos de moins, celui-ci vient -littéralement- faire pencher la balance.

10. Par un chai tu finiras

Merveilleuse boisson indienne qui me ferait presque oublier le café (FAUX!), le chai, ce thé au lait et aux épices (et au sucre) accompagne toutes les fins de repas, les intercours et les petits-déjeuners un peu frisquets. Pour les nuits blanches, c’est un peu moins efficace qu’un café bien noir. Ce qui tombe bien, vu que le stress lié à mes cours indiens est proportionnel au taux de caféine contenu dans les boissons chaudes : très faible. J’ai quand même bien rigolé en faisant goûter à mes amis indiens du vrai café noir sans sucre, ni lait, ni épices importé de France et fait avec la cafetière à l’italienne que j’ai trouvée dans mon appartement.

Conclusion 1 : Je pense que je trouverai la nourriture française bien fade à mon retour, et que je rapporterai un bon stock d’épices ainsi que quelques habitudes du sous-continent. Méfiez-vous donc de mes prochaines invitations à diner !

Conclusion 2 : Je ne suis pas encore assez au top pour vous parler de la manière dont la nourriture en dit long sur la caste ou sur l’appartenance géographique d’un Indien, mais j’espère que cela changera, notamment avec mon séjour dans le Sud du pays début décembre, sûrement ponctué de découvertes gustatives…