Des rencontres où il est question de religion, de hasard, de destin et de karma.

Ça y est, je suis de retour à Delhi, chez moi, après une nuit dans un train pas si désagréable que l’on aurait pu s’y attendre, malgré les ronflements peu discrets de l’un de mes voisins. Ces cinq jours furent incroyables ; je crois que j’ai dit « wahou c’est beau ! » et « Ooooh regarde comme c’est magnifique !! » à peu près 10 fois par heure. Et en plus des monuments visités, on a fait plein de rencontres très intéressantes. Ce qui va donner lieu à un long et passionnant article richement illustré (il faut bien ça de temps en temps).

Pas d’argent mais un peu quand même à Fatehpur Sikri

Adhérant au mythe entourant la création de la ville de Fatehpur Sikri, des milliers de femmes indiennes viennent faire le voeu d’avoir un enfant devant la tombe de l’ermite Sheikh Salim Chishti.

La tombe de Sheikh Salim Chishti

Cet ermite aurait permis à l’empereur Akbar (empereur moghol du 16e siècle), par sa bénédiction, d’avoir enfin une descendance digne de ce nom (c’est-à-dire trois fils). Par reconnaissance, Akbar construit sa capitale à Sikri, passant outre les risques de problèmes d’approvisionnement en eau, qui causèrent l’abandon de la cité quelques dizaines d’années après sa construction. Apparemment, le pouvoir de cet ermite dépasse les frontières, puisqu’il semblerait que même Carla Bruni en ait bénéficié. Comment je le sais ? C’est la première rencontre, la plus mitigée.
En demandant notre chemin dans la ville, on se fait guider jusqu’à la mosquée puis à l’intérieur du monument par un jeune indien francophile un peu trop sympathique. Voyant notre méfiance, il nous assure ne pas être intéressé par l’argent (moui) mais seulement par le fait de parler français pendant qu’il est en vacances blablabla. On ne sait pas trop comment lui dire de s’en aller, on décide donc de lui laisser sa chance, tout en restant sur nos gardes évidemment. Il nous raconte des anecdotes assez marrantes (dont celle que je vous ai rapportée). Mais évidemment, à la fin de la visite, il prend congé en nous réclamant un tip, assez lourdement. Décevant.

De l’eau du Gange dans un train 

Mes tentatives pour prendre en photo le soleil couchant

Après quelques longues et angoissantes minutes dans les embouteillages causés par un festival, un peu de marche très rapide, et une course en rickshaw endiablée (oui je romance un peu), nous parvenons à prendre notre train pour Gwalior à l’heure. Et il aurait été dommage de le rater ! D’une part parce que le trajet en bus dure deux fois plus longtemps, et d’autre part, parce que cela fut une bonne occasion de pratiquer notre hindi de « 3 mois d’Inde ». Ainsi, me voyant un peu en peine à tenter de prendre le soleil en photo par la fenêtre du train, un petit vieux m’aborde et commence à me raconter sa vie en hindi. Je ne sais pas comment on en est arrivé là, mais il m’a expliqué qu’il était monté dans le train à Haridwar avec son bidon d’eau du Gange (ça vous rappelle quelque chose? Normal, j’en parlais ici) pour retourner chez lui à Gwalior. Sans que je ne m’en rende tout de suite compte, je me suis retrouvée entourée par une dizaine d’Indiens fascinés. Ce qui donnait à peu près ça.

Ensuite, mes amies sont venues à ma rescousse et ont eu le droit à un interrogatoire en règle sur leur(s) dieu(x) préféré(s). Après avoir vaguement tenté d’expliquer qu’elles étaient athées (alors qu’elle connaissaient le mot pour athée en hindi, ils ne l’ont pas compris), elles ont finit par évoquer Ganesh, le dieu éléphant. Principalement parce qu’il est marrant et facile à reconnaître. Ensuite, un des hommes a fouillé pendant un quart d’heure dans son portefeuille pour trouver les images de ses Dieux préférés et nous les montrer.

Ganesh (photo prise à Delhi)

20 roupies et un henne gratuit pour le karma

Direction Orchha pour la suite de nos aventures. Après une journée de visites et une pause au bord d’une rivière, on dine dans un restaurant assez sympathique.

« Escaliers » de l’hôtel avec la rue principale d’Orchha en toile de fond.

Le lendemain, alors qu’on se balade dans la rue principale d’Orchha, un monsieur en vélo nous interpelle.Il nous tend un billet de 20 Roupies et on reconnait le patron du restaurant de la veille, qui explique qu‘il est vraiment terriblement désolé de s’être trompé sur l’addition hier soir, et heureusement il nous a retrouvées. Et pour la peine il nous invite à un henné gratuit avec sa fille. Un moment qui fait chaud au coeur.

Attendre que ça sèche.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois qu’un Indien insiste autant pour nous rendre la monnaie, même lorsqu’il s’agit de sommes dérisoires. Apparemment, l’explication tient au fait qu’il est nécessaire de mourir et d’entamer une nouvelle vie (les hindous croient en la réincarnation) sans dettes. C’est mieux pour le Karma, on a plus de chances de se réincarner en être humain qu’en limace et on n’aura pas besoin de consacrer sa prochaine vie à retrouver ceux auxquels on devait quelque chose dans la vie précédente. Quant à nous, on ne s’en est pas plaintes…

Un Sadhu au sommet des collines

Dernière rencontre que je vous raconte, toujours à Orchha. Nous louons des vélos pour aller faire un petit tour dans les campagnes environnantes. A un moment, alors que nous faisons un petite pause à l’ombre, une petite vieille nous interpelle en nous demandant (en hindi) où nous allons et en s’inquiétant de la chaleur et du soleil (je demande à mes camarades en France, en Allemagne, en Suède, en Russie, au Canada ou dans d’autres pays faits pour les pulls en laine de bien vouloir m’excuser, mais tout le voyage s’est déroulé en T-shirt à manches courtes et nous avons bien bronzé. Oui, un 27 octobre).

LE temple hindou

 On lui dit qu’on se promène (d’ailleurs, je dois dire que j’ai utilisé le verbe « se promener » en hindi bien plus que ce à quoi je m’attendais). Elle nous répond d’aller au temple hindou perché sur la colline, et qu’en plus il y a un sadhu alors ça nous fera du bien. On obtempère en la remerciant. On monte un peu en vélo puis abandonnons les montures et finissons à pied jusqu’à cette merveille de kitsch.

L’hindouisme vu de l’intérieur

Enfin nous rencontrons le vénérable sadhu qui nous salue d’un signe de tête avant d’entreprendre la descente jusqu’au village. Petit cours qui s’impose de lui-même : qu’est-ce qu’un Sadhu ? (prononcer »sadou ») Le sadhu est la version indienne d’un ermite : c’est un homme qui renonce à ses biens et à ses relations sociales pour se consacrer uniquement à la religion hindoue.

Une étoile dans la vallée… du Gange.

Mes absences de la toile (pas trop longues pour le moment) ont au moins un aspect positif : ce sont durant ces laps de temps que je voyage, et grâce à eux que je reviens avec encore plus de choses à raconter.

Quelques Dieux et quelques empreintes

Cette fois-ci, petites chroniques depuis la vallée du Gange (d’ailleurs, voilà qui vous donne une partie de l’explication du nom de ce blog), fleuve qu’il m’a été donné de voir à Haridwar et Rishikesh.

4h de train en Second Sitting (la classe la moins chère), c’est un peu moins confort que la SNCF…

A 214 km au nord de Delhi (soit un peu plus de 4h de train tout de même, on est en Inde), la première de ces deux villes est empreinte de sacré. Notamment grâce aux empreintes (relisez la phrase d’avant pour ne pas passer à côté de mon jeu de mots de génie s’il vous plaît) de pieds du Dieu Vishnu, le protecteur de l’univers. Empreintes encore visibles et exposées aux badauds (mais, et j’ai vraiment honte de l’avouer, il fallait dénuder ses pieds pour accéder au lieu et après avoir jeté un regard à nos chaussures de randonnée et un au sol boueux, nous avons décidé que nous pouvions nous passer d’aller vérifier par nous-mêmes). En revanche, nous n’avons pas raté la deuxième raison qui fait d’Haridwar un lieu saint : le Gange.

Ça c’est le Gange (à Haridwar).

Gangâ, la déesse du Gange, étant née de la sueur des pieds de Vishnu grâce au travail du Dieu Brahma (glamour), soit par l’action combinée de deux des trois dieux les plus sacrés de l’hindouisme (le troisième étant Shiva), c’est une déesse super sacrée. Du coup, un bain dans le Gange purifie le corps du vivant et permettrait au cadavre qui y brûlerait d’atteindre la fin du cycle des réincarnations (soit la libération de l’âme et le bonheur éternel). Sacré parmi les sacré, le Gange est aussi le fleuve de la vérité et de la sagesse spirituelle. Mais c’est aussi un très bon exemple de :

La différence entre pureté et propreté

Vous avez dit propreté ?

Le Gange est sacré, divin, et purificateur. Pourtant, les Indiens y balancent sans vergogne des tas d’ordures, à tel point que des panneaux étaient installés sur un pont à Haridwar nous priant (si je peux utiliser le mot) de ne pas jeter de déchets dedans. Sans compter les cendres des cadavres que l’on y brûle (estimés à à peine moins de 500 par jour), les restes de bois de crémation (tout de même plusieurs centaines de tonnes chaque jour, ce n’est pas si évident de brûler un corps) et encore plus sympathique, les déversements d’eau (très) usées… Un des fleuves les plus pollués au monde (oui, bien pire que la Seine) malgré quelques tentatives du gouvernement pour améliorer la situation, et dans lequel les gens se baignent pourtant sans hésiter une seule seconde.

Femmes heureuses de se baigner dans le Gange (Haridwar)

Petit mot sur la cérémonie de l’aarti

Préparation de la cérémonie de l’aarti.

La cérémonies de l’aarti a lieu chaque jour et consiste à lancer une bouteille à la mer une bougie sur le Gange, à la tombée de la nuit, en priant les dieux de l’hindouisme. Lorsque plusieurs centaines ou plusieurs milliers de personnes le font en même temps, c’est assez impressionnant. Pour nous cela dit, l’expérience a été un peu gâchée par la pluie survenue un quart d’heure avant. Nous étions à Rishikesh, ville à plus de 300m d’altitude, où la mousson n’est pas tout à fait terminée. Du coup, quelques dizaines de personnes à peine, et un spectacle beaucoup moins … spectaculaire. Une bonne excuse pour voyager dans une autre ville en bord de Gange (Varanasi, ou Bénarès, fera très bien l’affaire!).

La mousson (Haridwar)

Nous avons quand même senti le poids de l’hindouisme au quotidien. Les deux villes sont complètement tournées vers le fleuve, et le comportement des gens est aussi révélateur.

Tu peux ramasser l’eau du Gange et la ramener chez toi. Ou même l’offrir à tes amis. (Haridwar)

Images religieuses à Rishikesh

Abreuver les vaches sacrées, on n’y pense pas, mais c’est important (Rishikesh)

La situation en Assam pour les nuls

Comme mentionné dans un de mes précédents articles, les conséquences des troubles en Assam se font sentir dans tout le pays. Si la limitation du nombre de sms que l’on peut envoyer chaque jour a été relevée à 20, la crise est pour autant loin d’être résolue.

Quelques chiffres

19 : c’est le 19 juillet que les violences ont commencé, avec une attaque anonyme menée contre deux leaders de syndicats étudiants musulmans. Le lendemain, comme par hasard, des Bodos* impliqués politiquement se faisaient lyncher dans un village à majorité musulmane du même Etat, le Kokrajhar.
80 : le nombre de morts depuis le début de la crise.
5 : le nombre limite de sms que l’on pouvait envoyer pendant un certain temps.
400 000 : estimation du nombre de personnes ayant fui leur domicile depuis le début du conflit (soit le plus grand déplacement de population depuis la partition de 1947).

* Les Bodos sont les membres d’une communauté ethnique et linguistique (leur langue s’appelle d’ailleurs le Bodo), majoritairement hindous (90%) et traditionnellement cultivateurs.

Le pourquoi du comment

Il serait bien présomptueux de la part d’une Française de 19 ans en Inde depuis un mois et dix jours d’imposer une vérité sur le conflit en Assam alors que tous les médias Indiens s’arrachent les cheveux sur la question depuis mon arrivée en Inde (le 19 juillet, même date que les émeutes. Coïncidence?). Cela dit, je peux quand même faire ma petite étoile et tenter d’éclairer un peu votre lanterne.

Tout d’abord, j’ai essayé de comprendre pourquoi, que ce soit dans les articles de presse (indienne) que j’ai lu, ou pendant la présentation qu’une fille originaire d’Assam a faite en classe, on insiste sur le fait que le problème n’est pas vraiment un problème communautaire. Une manière simpliste de comprendre le conflit serait au contraire de dire que des ethnies s’affrontent en Inde parce que c’est l’Inde, c’est un pays lointain et compliqué, et ce sont tous des sauvages et rien ne va plus depuis que les Anglais sont partis, même si nous les Français on aurait fait mieux. Mais vous valez mieux que ça non ?

Je vous remets la carte de l’article précédent, parce que ça aide à comprendre pas mal de choses :

L’Assam, entouré par le Bhoutan, la Chine, le Bangladesh, la Birmanie et le Népal.

Il y a deux groupes principaux, des Hindous majoritairement Bodos et des Musulmans, la plupart issus d’une immigration. Mais le problème en Assam n’est pas religieux. Tout d’abord, comprenons un peu l’histoire des Bodos. Il y a une vraie histoire de lutte pour la création du « Bodoland », un Etat pour les Bodos, qui (certains d’entre eux en tout cas) se sentent un peu exclus. Situation géographique particulière et discriminations à l’encontre des Indiens du Nord-Est, dont le physique est caractéristique de la région : yeux un peu bridés et peau plus claire, qui leur vaut le surnom peu amène de Chinkies (Chintoks). Evidemment, les tentatives du gouvernement indien sont insuffisantes pour calmer les velléités d’indépendance, malgré la création de quatre territoires Bodos autonomes. Il s’agit maintenant de comprendre l’histoire des musulmans de la région (mais patience, je fais un petit détour avant d’y arriver).

L’immigration, la possession et l’émotion : un trio explosif

Le problème de l’immigration vers l’Assam n’est pas nouveau. Le PIB par habitant des pays environnants (principalement Bangladesh) n’atteignant pas des sommets à faire pâlir d’envie un Américain, il y a un réel afflux de migrants de ces pays vers l’Assam depuis les années 1970. En trente ans, ça fait beaucoup de gens. Et si au début, la mauvaise régulation, voire l’absence de régulation de cette immigration était sûrement accidentelle, les politiciens indiens ont réalisé que les migrants qui s’installaient là, avaient des enfants et devenaient indiens représentaient une source potentielle de votes (on parle de la politique au niveau local, pas au niveau national s’entend). La majorité de ces migrants étant musulmans (puisque venant d’un pays à majorité musulmane), s’est mise en place des « votebank politics« , c’est-à-dire des stratégies politiques reposant sur la division communautaire. Facile d’opposer les Bodos « de souche » réclamant leur indépendance aux immigrés musulmans qui se retrouveraient sur la paille si telle indépendance devait arriver. Notamment en ce qui concerne le problème des terres agricoles, en grande partie aux Bodos, qui les louent ou les vendent aux immigrés, puis les accusent, parfois à raison, de se les approprier par la force. Les immigrés (ou descendants d’immigrés) accusent quant à eux le gouvernement de ne pas reconnaitre leurs droits et de favoriser les Bodos en cas de litige. On a l’immigration, on a la possession ; la mort des deux leaders étudiants musulmans a provoqué l’émotion. Bingo, on a notre crise.

La crise en carte (Courrier International)

Une crise humanitaire ?

Je vais achever bientôt cet article. S’il vous a demandé du temps et de la concentration, je vous prie de m’excuser, et de vous rendre compte qu’il m’en a demandé encore plus (d’autant que je me remets difficilement d’une tradition Sciences Piste qu’on essaie de garder ici ; la soirée étudiante du jeudi soir). Je ne reviens pas sur les conséquences de tout cela et sur le nombre de personnes touchées, c’est colossal mais ça ne signifie pas grand chose pour vous qui êtes à plus de 6000km. De plus, la presse traite beaucoup plus de ce genre de choses car c’est plus « d’actualité ». Je vais juste ajouter quelques photos avec leurs légendes (en anglais forcément) qu’une de mes amies indiennes a publié cette semaine dans Tehelka, magazine d’investigation indien et quelques liens, pour ceux que la situation passionne et qui veulent passer au niveau « pour les pas-nuls du tout ».

Mohanto, 22, a young Bodo, amidst the remnants of a completely destroyed house in his village, Bamangaon on the Dhubri-Kokrajhar border.

Ranjit Basumatary stokes the embers of the blaze, which burnt down a granary of his neighbour’s house in Malgaon.

Ranjuma looks inside her house, swept clean of all its possessions in the blaze that engulfed her village, Singimari.

Liens :

Les autres photos de Niha, sur le site de Tehelka

Bon article (en anglais), également dans Tehelka

Article en français dans le Courrier International (meilleur article français que j’ai lu, même si moins bon que le précédent)

EpiloguePour vous reposer l’esprit avec encore un peu d’Inde mais drôle, ça se passe sur le blog de Lou, compatriote d’aventureS !

Les leçons à tirer de la religion sikh

Carte du Punjab (parfois orthographié Penjab, Pendjab, ou Panjab)

Petit rappel pour mes lecteurs les moins assidus : je suis partie le 14 août dernier à la visite de Chandigarh et Amritsar où, en plus de me régaler de la bonne bouffe Punjabi, j’ai mis mon voyage de quelques jours à profit pour en apprendre un peu plus sur la religion sikh. C’est en effet la religion majoritaire dans cet Etat indien de presque 25 millions d’habitants.

 

La religion sikh pour les nuls ou l’art de reconnaitre un Sikh dans la rue

La religion sikh a été fondée autour du 15ème siècle au Punjab (tiens donc!) par le Guru Nanak. Bien qu’ayant certains points communs avec l’Hindouisme, comme la croyance en la réincarnation, le Sikhisme rejette radicalement le modèle de société hiérarchisée par des castes proposé par celle-ci. Les Sikhs promeuvent en effet l’égalité entre tous les êtres. De beaux idéaux qui sont mis en pratique, comme vous le montrera la suite de cet article. Mais avant, penchons-nous sur les cinq caractéristiques, édictées par le dixième Guru, Govind Singh, au 17ème siècle, qui permettent de reconnaître un Sikh dans la rue :

Les Sikhs ne sont pas supposés se couper les cheveux et les poils (y compris la barbe) de toute leur vie, car ce sont des symboles de leur sainteté. Ainsi, ils portent des turbans pour ranger un peu cette encombrante chevelure (même si, de nos jours, la majorité d’entre eux fait régulièrement un tour chez le coiffeur).
– Mais ils portent quand même un peigne dans leur chevelure pour signifier un certain ordre
Ils ont toujours sur eux un poignard ou un sabre, car ce sont des soldats qui se doivent d’être forts et dignes. Pour l’anecdote, cette obligation religieuse se révèle être un casse-tête pour la sécurité, notamment dans les aéroports où il n’est pas du plus bel effet d’embarquer une arme blanche en cabine.
Un bracelet en argent ou acier sera du plus bel effet pour représenter le courage
– Et enfin, mais c’est moins évident à constater au premier abord, il existe un impératif sur les sous-vêtements, à savoir que les Sikhs doivent porter un caleçon court.

Ainsi, au Punjab, la moitié des hommes portent un turban, et il y en a de toutes les couleurs ! Anecdote marrante tant qu’on y est : la plupart des Sikhs portent le même nom de famille « Singh » qui signifie lion. Plutôt cool mais pas très pratique pour l’administration…

Turbans dans les rues d’Amritsar

Des révoltes, des meurtres et des retournements de situation

L’histoire de la religion sikh a été particulièrement marquée par un événement sanglant qui eut lieu dans les années 1980. Evidemment, comme pour toutes les religions, des persécutions eurent lieu à son encontre bien avant, mais cet épisode est digne d’un roman. A partir de 1982, la lutte des Sikhs pour un Etat du Punjab indépendant, renommé le Khalistan, atteint une ampleur inégalée. Quand on sait que le Punjab est l’une des régions les plus riches/fertiles de l’Inde, on conçoit un peu le problème que ça a pu poser aux autorités de l’époque, notamment la première ministre de l’époque, Indira Gandhi, qui n’était pas du genre à se laisser contrarier. Du coup, en 1984, elle a envoyé l’armée indienne massacrer quelques centaines de Sikhs (voire quelques milliers) qui s’étaient réfugiés au coeur du lieu le plus sacré de leur religion : le Temple d’or (Golden Temple – en Penjabi : Harmandir Sahib), qui se trouve à Amritsar.

Sikhs se baignant dans le bassin sacré (Amrit Sarovar) du Temple, qui donne son nom à la ville d’Amritsar.

Temple d’or dans le soleil couchant

Il y a juste un truc qu’Indira Gandhi n’aurait peut-être pas du négliger : ses deux gardes du corps étaient Sikhs. Dans l’absolu, c’est plutôt une bonne idée d’avoir des gardes du corps Sikhs vu qu’ils ont toujours un poignard sur eux. Mais dans ces circonstances, ça ne lui a pas été franchement favorable, étant donné qu’elle a été assassinée par eux quelques mois après l’attaque contre le Temple d’or. Je passe sur les tensions entre Sikhs et Hindous qui ont suivi, mais on peut compter quelques milliers de morts en plus…

Comment mon voyage m’a permis de comprendre concrètement quelques principes du sikhisme

Après ces longues digressions historiques, il est temps de revenir à mes aventures palpitantes à Amritsar. Car après la théorie vient la pratique. En feuilletant les guides du Routard et du Lonely Planet, nous avons vu qu’il était possible de dormir dans les dortoirs du temple ainsi que de manger gratuitement dans la cantine. Après deux nuits d’hôtel à proximité, nous avons voulu tester.

Le repas, servi par terre : riz au cumin, dal (soupe de lentilles), chapatis (pain). Et légumes (pas sur la photo). Des petites variantes chaque jour.

Ce qui est remarquable, c’est que des gens de toutes les classes sociales, de toutes les religions et de toutes les origines partagent le même repas assis par terre dans une immense salle. Assez rare en Inde pour être souligné. Contrairement à beaucoup d’autres religions, où de la nourriture est gratuitement distribuée aux plus pauvres (Secours Catholique), il s’agit ici de nourrir gratuitement des milliers et des milliers de personnes quelles qu’elles soient, pour faire valoir le principe d’égalité dont je vous parlais au début de l’article. De même, leur nourriture sacrée, la parchad, est distribuée à tous. Du coup j’en ai mangé : c’est bon et sucré (léger goût de noisettes et de miel, fort appréciable). Je comparerais bien avec l’hostie mais je n’ai jamais pu en goûter…

Du coup, les bénévoles mettent le turbo en cuisine. Un ballet impressionnant.

Quant aux endroits pour dormir gratuitement, c’est là encore assez impressionnant : une immense cour dans laquelle dorment, à même le sol, les Indiens et des salles de bain communes (non mixtes bien sûr). Pour les « voyageurs » (les touristes), ce sont quelques pièces dans lesquelles ont été installés des lits en bois (pas très confortables mais on s’y fait), des placards pour déposer les sacs. Des gentils Sikhs surveillent les entrées et sorties et répartissent au mieux les touristes (on a quand même dormi à 5 dans 3 lits mais ça aurait pu être pire).

L’entrée du couloir menant au dortoir.

Cela implique de vivre pieds nus et voilé, mais franchement, ça en vaut la peine.

Merci Lord Krishna !

Non, Lord Krishna n’est pas un Maharaja qui nous aurait accueilli dans son château. Ce n’est pas non plus le nom d’un boeuf bien gras qu’on aurait enfin réussi à se faire au Barbecue. Lord Krishna, c’est tout bonnement un des principaux dieux de l’hindouisme, qui fêtait son anniversaire le 10 août dernier.

Krishna, c’est celui à droite avec la peau un peu bleue. Là, il est en train de sauver l’humanité en poussant le guerrier Arjuna – à gauche – à souffler dans une conque pour lancer une super-attaque contre le mal.

Là où les Indiens sont très forts par rapport à nous, c’est qu’au lieu de fêter la naissance d’un seul prophète (à une date approximative en plus, vu qu’il paraît que Jésus n’est peut-être même pas né le 25 décembre), ils célèbrent une multitude de Dieux et héros de l’hindouisme (Krishna le 10 août bien sûr,  mais aussi Ganesh, le Dieu-éléphant en septembre, la déesse Durga pendant une semaine en octobre, le roi Rama et sa femme Sita en octobre-novembre, Shiva en février, Gauri en mars, Parvati en juillet-août etc), ainsi que les principales fêtes chrétiennes (Noël et Pâques), musulmanes (Id-ul-Zuha et Id-ul-Fitr, début et fin du Ramadan et Muharram, le nouvel an musulman), parsis, jains, bouddhistes et autres célébrations plus improbables, comme la fête des couleurs (Holi, en février ou mars) ou de l’amitié (Raksha Badhan, qui a eu lieu le 2 août dernier). Bref, un bon gros tas de jours fériés en perspective, dont le 10 août qui fut mis à contribution pour un premier voyage hors de Delhi, direction Jaipur, avec 3 autres Sciences Pistes. Merci Lord Krishna pour ce week-end de trois jours !

Des couleurs, du gras et du sucre

Jaipur, la ville rose, nous a donc ouvert ses bras après 6h de bus et quelques soucis d’hôtel, finalement résolus pour la somme de 3,66€ la nuit. De déambulations dans les palais de Maharajas (les Princes indiens) aux négociations avec des vendeurs de vêtements, nous avons remarqué que les femmes portaient toutes des saris multicolores, ce qui n’est pas toujours le cas à Delhi, où elles ont de plus en plus tendance à privilégier le style occidental pour la vie de tous les jours. Et puis on a réalisé au détour d’un temple que ce n’était peut-être pas simplement parce que les femmes de Jaipur ont la classe mais surtout parce c’était Krishna Janmasthami et qu’il fallait se faire beau/belle pour rendre honneur à ce Dieu. C’est qui celui-là et à quoi il sert ? Selon le Mahabharata, un des principaux textes de l’Hindouisme, c’est une des 22 incarnations du Dieu Vishnu, lui-même une des manifestations de Brahman, la source de la Vérité universelle. C’est compliqué et je vous renvoie sur le blog d’une autre française en voyage qui explique très bien ce qu’il en est. Sinon, il a été envoyé sur terre pour combattre le mal donc on peut dire que c’est plutôt un mec sympa. Pour le reconnaître sur les nombreuses peintures et statues en son honneur, quelques indices : il a souvent la peau bleue ou noire et joue de la flûte ou bien une conque (cf la première image de l’article). Pour des explications plus avancées, je passe mon tour pour aujourd’hui, et je me contente de vous balancer lâchement quelques photos du temple.

Les femmes qui distribuent de l’eau sacrée à boire aux fidèles. Sacrée ou pas sacrée, on a préféré éviter pour le bien de nos estomacs d’occidentales.

Statues sensés représenter Krishna, enfin j’imagine.

Après toutes ces révélations et une séance de cinéma qui n’avait pas grand chose de spirituel, nous sommes allées boire un thé dans un petit bouiboui au bord de la route principale, à quelques minutes de notre hôtel. Après avoir baragouiné assez d’hindi pour bluffer le propriétaire mais pas assez pour qu’il comprenne correctement la commande, il nous a offert des espèces de pâtisseries au gras et au sucre en l’honneur de Krishna. Et il est resté à jeter des coups d’oeil insistants à notre tablée pour surveiller qu’on les finisse. Merci Lord Krishna !

Des saris et des éléphants

Le samedi 11 août, après une excursion dans la presque-campagne rajasthane, à Amber Fort, nous sommes revenues sur Jaipur vers 16 ou 17 heures. Et là, quelle ne fut pas notre surprise de voir toutes les femmes en sari converger vers la même rue et finalement s’engager dans une procession énorme en l’honneur… de Lord Krishna bien sur !

Le tout accompagné d’une musique bien kitsch (mais je commence à m’y faire), d’hommes qui font des percussions pas du tout en rythme mais surtout, et c’est vraiment le plus important de tout mon article, d’éléphants ! A moins de deux mètres de nous, les imposantes bestioles toutes décorées nous donnaient l’impression d’être plongées dans un documentaire sur l’Inde (mais en vrai c’est encore mieux). Derrière, les chameaux, puis les chevaux et, enfin, des groupes d’hommes parés de lumières ou d’instruments de musique (mais c’est tout de suite beaucoup moins impressionnant).

Celui-là c’était mon préféré.

Merci Lord Krishna !