Diwali

Avant de partir dans des comparaisons sans fin entre la Thaïlande et l’Inde, entre Bangkok et New Delhi, et afin de clôre le mois de novembre sur une touche indienne, je profite d’une connexion wifi ultra-rapide et de l’ordinateur d’un compagnon de voyage pour vous raconter Diwali, la plus grosse fête indienne, qui a eu lieu le 14 novembre dernier.

Invitée chez une amie indienne pour l’occasion, j’ai fait les 8h de bus séparant Delhi et Dehradun et suis arrivée dans cette petite (relativement à l’Inde) ville de montagne pour suivre tous les préparatifs dans la plus pure tradition hindoue. Diwali, c’est la fête des lumières, pour laquelle on allume tous les pétards et feux d’artifices possibles et imaginables,  recréant une ambiance sonore digne d’un champ de bataille. Comme d’habitude en Inde et dans l’hindouisme, la fête n’est pas associé à un seul dieu ou à une seule tradition, et dure plusieurs jours dont chacun a une signification particulière. Je ne vais pas vous écrire un article Wikipédia sur la question et vais me contenter de vous raconter la manière dont je l’ai vécue.

Après un repas végétarien, nous nous sommes attelés à la tâche consistant à dessiner des Rangoli, des peintures sur le sol (on peut aussi utiliser des poudres ou du riz coloré) de la terrasse. Un petit retour en primaire, mais le but est bien plus noble qu’un simple coloriage : il s’agit d’accueillir la déesse hindoue Lakshmi, déesse de la richesse et de la prospérité qui vient visiter les foyers pour l’occasion.

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Pas si mal notre Rangoli. J’espère que Lakshmi est venue. En son honneur, nous avions aussi laissé toutes les portes et fenêtres ouvertes, ce qui ne m’a posé aucun problème jusqu’à ce que la nuit tombe. J’ai eu beau demander si une déesse ayant le pouvoir d’amener richesse et prospérité n’avait pas aussi la possibilité de passer à travers les portes, mes hôtes indiens n’ont pas cédé.

Toujours pour Lakshmi, il a fallu peindre des traces de pas sur le sol pour la guider jusqu’au temple hindou érigé dans une des pièces de la maison. Nous avons ensuite assisté à une longue prière (puja) chantée par nos hôtes (en hindi évidemment). J’ai été dispensée de chant mais pas de manger les différentes offrandes (lait sucré, pâtisseries indiennes) ni de jeter des fleurs sur l’autel aux moments clés. Plus ouvert qu’une messe catholique, puisque je n’ai jamais eu droit de manger d’hostie. J’arbore fièrement mon bracelet de puja hindoue depuis ; et les têtes de nos camarades de classe en voyant que moi, l’étrangère, et l’un de nos amis musulmans arborions tous les deux une bracelet de puja hindoue étaient assez marrantes à voir. Je suis aussi repartie avec des laddus, pâtisseries indiennes que mes hôtes m’ont offert (car oui, c’est la tradition d’offrir des cadeaux. Un peu comme notre noël).

Dernière partie de la journée, qui justifie le titre de fête des lumières : il a fallu allumer des bougies et des guirlandes électriques, comme le veut la tradition qui célèbre le retour du roi Rama, roi mythique du texte sacré hindou Ramayana. Le roi est célébré pour avoir réussi à tuer un démon, et pour son retour, les habitants avaient allumé des bougies. Aujourd’hui, on persiste à illuminer les rues, en essayant de battre le nombre de guirlandes électriques du voisin, le tout sans qu’aucune coupure d’électricité ne vienne gâcher la fête (les enjeux politiques de Diwali expliquent apparemment que le gouvernement fasse de son mieux pour éviter un tel incident, selon ma pote indienne). Mais on ne se contente pas de déballer des guirlandes, on fait aussi exploser ses petits feux d’artifices et pétards, chacun sur son rooftop (toît), ou dans la rue pour les moins riches. Ce qui donne généralement lieu à un certain nombre d’accidents (éventuellement mortels), les Indiens ne suivant pas une formation d’artificiers à la naissance.

Heureusement, le sari dont on m’avait affublée pour l’occasion n’a pas pris feu. 

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Merci Lord Krishna !

Non, Lord Krishna n’est pas un Maharaja qui nous aurait accueilli dans son château. Ce n’est pas non plus le nom d’un boeuf bien gras qu’on aurait enfin réussi à se faire au Barbecue. Lord Krishna, c’est tout bonnement un des principaux dieux de l’hindouisme, qui fêtait son anniversaire le 10 août dernier.

Krishna, c’est celui à droite avec la peau un peu bleue. Là, il est en train de sauver l’humanité en poussant le guerrier Arjuna – à gauche – à souffler dans une conque pour lancer une super-attaque contre le mal.

Là où les Indiens sont très forts par rapport à nous, c’est qu’au lieu de fêter la naissance d’un seul prophète (à une date approximative en plus, vu qu’il paraît que Jésus n’est peut-être même pas né le 25 décembre), ils célèbrent une multitude de Dieux et héros de l’hindouisme (Krishna le 10 août bien sûr,  mais aussi Ganesh, le Dieu-éléphant en septembre, la déesse Durga pendant une semaine en octobre, le roi Rama et sa femme Sita en octobre-novembre, Shiva en février, Gauri en mars, Parvati en juillet-août etc), ainsi que les principales fêtes chrétiennes (Noël et Pâques), musulmanes (Id-ul-Zuha et Id-ul-Fitr, début et fin du Ramadan et Muharram, le nouvel an musulman), parsis, jains, bouddhistes et autres célébrations plus improbables, comme la fête des couleurs (Holi, en février ou mars) ou de l’amitié (Raksha Badhan, qui a eu lieu le 2 août dernier). Bref, un bon gros tas de jours fériés en perspective, dont le 10 août qui fut mis à contribution pour un premier voyage hors de Delhi, direction Jaipur, avec 3 autres Sciences Pistes. Merci Lord Krishna pour ce week-end de trois jours !

Des couleurs, du gras et du sucre

Jaipur, la ville rose, nous a donc ouvert ses bras après 6h de bus et quelques soucis d’hôtel, finalement résolus pour la somme de 3,66€ la nuit. De déambulations dans les palais de Maharajas (les Princes indiens) aux négociations avec des vendeurs de vêtements, nous avons remarqué que les femmes portaient toutes des saris multicolores, ce qui n’est pas toujours le cas à Delhi, où elles ont de plus en plus tendance à privilégier le style occidental pour la vie de tous les jours. Et puis on a réalisé au détour d’un temple que ce n’était peut-être pas simplement parce que les femmes de Jaipur ont la classe mais surtout parce c’était Krishna Janmasthami et qu’il fallait se faire beau/belle pour rendre honneur à ce Dieu. C’est qui celui-là et à quoi il sert ? Selon le Mahabharata, un des principaux textes de l’Hindouisme, c’est une des 22 incarnations du Dieu Vishnu, lui-même une des manifestations de Brahman, la source de la Vérité universelle. C’est compliqué et je vous renvoie sur le blog d’une autre française en voyage qui explique très bien ce qu’il en est. Sinon, il a été envoyé sur terre pour combattre le mal donc on peut dire que c’est plutôt un mec sympa. Pour le reconnaître sur les nombreuses peintures et statues en son honneur, quelques indices : il a souvent la peau bleue ou noire et joue de la flûte ou bien une conque (cf la première image de l’article). Pour des explications plus avancées, je passe mon tour pour aujourd’hui, et je me contente de vous balancer lâchement quelques photos du temple.

Les femmes qui distribuent de l’eau sacrée à boire aux fidèles. Sacrée ou pas sacrée, on a préféré éviter pour le bien de nos estomacs d’occidentales.

Statues sensés représenter Krishna, enfin j’imagine.

Après toutes ces révélations et une séance de cinéma qui n’avait pas grand chose de spirituel, nous sommes allées boire un thé dans un petit bouiboui au bord de la route principale, à quelques minutes de notre hôtel. Après avoir baragouiné assez d’hindi pour bluffer le propriétaire mais pas assez pour qu’il comprenne correctement la commande, il nous a offert des espèces de pâtisseries au gras et au sucre en l’honneur de Krishna. Et il est resté à jeter des coups d’oeil insistants à notre tablée pour surveiller qu’on les finisse. Merci Lord Krishna !

Des saris et des éléphants

Le samedi 11 août, après une excursion dans la presque-campagne rajasthane, à Amber Fort, nous sommes revenues sur Jaipur vers 16 ou 17 heures. Et là, quelle ne fut pas notre surprise de voir toutes les femmes en sari converger vers la même rue et finalement s’engager dans une procession énorme en l’honneur… de Lord Krishna bien sur !

Le tout accompagné d’une musique bien kitsch (mais je commence à m’y faire), d’hommes qui font des percussions pas du tout en rythme mais surtout, et c’est vraiment le plus important de tout mon article, d’éléphants ! A moins de deux mètres de nous, les imposantes bestioles toutes décorées nous donnaient l’impression d’être plongées dans un documentaire sur l’Inde (mais en vrai c’est encore mieux). Derrière, les chameaux, puis les chevaux et, enfin, des groupes d’hommes parés de lumières ou d’instruments de musique (mais c’est tout de suite beaucoup moins impressionnant).

Celui-là c’était mon préféré.

Merci Lord Krishna !