La femme indienne, le viol et la loi.

Mon article pour Les piplettes poilues – La femme indienne, le viol et la loi.

Après un article de M.C.  sur la situation des femmes en Chine et un de E. sur le Liban, nous avons le plaisir de publier un article d’ E.S., envoyée spéciale en Inde.

Son blog  sur l’Inde : https://uneetoiledanslavallee.wordpress.com/

La femme indienne, c’est la femme entreprenante, courageuse et indépendante affichée sur les murs du Petit Palais de Paris en octobre 2011. C’est ma colocataire, 20 ans, libre, riche et cool, qui sort tous les soirs en boîte ou dans des bars en minijupe. C’est aussi la jeune inconnue en kurta-salwar-dupatta (tunique-pantalon bouffant-écharpe qui cache le décolleté) qui t’arrêtes dans la rue pour t’expliquer que porter une robe (aux genoux) sans collant c’est mal. Et la femme indienne, c’est aussi Jyoti Singh Panday, 23 ans, décédée des suites du viol collectif dont elle a été victime le 16 décembre 2012, dans un bus à New Delhi.

Oui, voilà, le viol collectif dans…

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Des rafales et François Hollande pour la Saint-Valentin

Titre d’article un peu étrange je vous l’accorde. Mais pas aussi étrange que la manière dont j’ai passé ma soirée du 14 Février. Les rumeurs ont commencé à se répandre mi janvier, par un email émanant des responsables de Sciences Po nous recommandant vivement de nous enregistrer sur les listes consulaires de l’ambassade. Fait quelques jours plus tard (et alors même que je n’avais pas mon passeport sur moi, je tenais à souligner ce fait ayant entrainé quelques négociations de plus que normalement nécessaires à cette tâche).

Une semaine avant le jour J, nous recevions par la poste (si si), une invitation cartonnée conviant les Français de New Delhi à une réception à l’ambassade pour la venue du Président de la République. Une invitation à laquelle on ne dit pas non, autant alléchés par l’intérêt politique que par la forte intuition qu’Ambassade rime avec vin rouge et nourriture française. C’est donc habillées, comme le spécifiait l’invitation « en tenue de ville » (indication sujette aux interprétations les plus variées et à de nombreux messages échangés entre Sciences Pistes…) que nous arrivons avec quelques heures d’avance le jour J. Les plus belles pour une Saint-Valentin politique, un comble…

La venue de François Hollande s’articulait autour de trois axes : la défense, l’économie et la culture (dans cet ordre d’importance). En effet, le 14 Février ne coïncidait pas seulement avec la Saint-Valentin mais également avec la tenue du Salon Aero India à Bangalore (Sud de l’Inde), où étaient se déroulaient des tractations et négociations autour des enjeux de défense et d’armement. Enjeux qui ne sont pas moindres, puisque l’Inde est le premier pays importateur d’armes du monde; et la France… dans le top 5 des plus gros vendeurs d’armes ! La délégation accompagnant François Hollande comprenait, outre quelques ministres (au nombre desquel-le-s Aurélie Filippetti pour la culture, Laurent Fabius pour les Affaires étrangères, Geneviève Fioraso pour l’éducation…), une sélection assez impressionnante de businessmen, parmi lesquels… M. Dassault (rafales? mirages? ça vous dit quelque chose?). Selon le discours de M. Hollande, il y a une réelle volonté française de maximiser les relations entre les deux pays en matière de sécurité, et également de nucléaire. Deuxième axe lié au premier, l’économie… Là encore, la France souhaiterait voir augmenter le nombre de partenariats avec l’Inde, même si, selon le discours officiel « la venue de Monsieur Hollande n’est pas économique » (difficile à croire quand on voit les charmants messieurs qui l’accompagnent). Je ne m’étends pas sur ce point. Culture et éducation, un troisième événement marquait ce 14 Février ; un concert électro à la Jantar Mantar, monument historique de Delhi. Ce concert est estampillé du qualificatif culturel parce qu’il était organisé dans le cadre du Festival Bonjour India dont j’ai déjà parlé et reparlé. Si l’on en croit les murmures que j’ai entendu en passant, il semblerait d’ailleurs que la venue de François Hollande ait été en partie financée par des fonds du festival, ce qui n’est pas nécessairement un scandale étant donné que le Président a indirectement promu le festival. Quant à l’éducation, le discours a mentionné le peu d’étudiants indiens venant en France (3000 environ, contre près de 20 000 étudiants chinois). Le noeud du problème est financier, comme nous n’avons pas manqué de le rappeler au vice-président de Sciences Po en visite en Inde quelques jours plus tard, qui a semblé bien gêné lorsque nous lui avons parlé des difficultés des étudiants indiens à obtenir des bourses.

Quelques remarques en vrac, plus ou moins futiles :

– Les mesures de sécurité en Inde sont assez importantes pour n’importe quel lieu (centre commercial, métro, etc), avec scanner de bagages, portiques de sécurité et/ou fouilles au corps. Il est normal que cet événement suive la règle. Ce qui est un peu plus drôle, c’est que les sacs à main étaient fouillés manuellement (ce qui prouve l’efficacité du scanner n’est-ce pas) et les contrôles réalisés par des gardes de sécurité français : on ne va tout de même pas confier la vie de notre Président à des étrangers ! (je précise que, même s’il s’agit de l’ambassade de France, les contrôles sont habituellement faits par des Indiens).

– Rassurez-vous, notre Président est un French lover digne de ce nom, et il avait emmené sa compagne (ainsi désignée par la presse indienne). Mme Trierweiler n’était donc pas seule à la table de l’Elysée pour la Saint-Valentin (version alternative : Valérie a été privée d’une soirée entre copines).

– Je me suis posée la question de l’argent dépensé pour cet événement et du bénéfice que cela pouvait engendrer. Au vu du nombre de personnes présentes, n’ayant manqué ni de nourriture (française donc, livrée par une boulangerie-pâtisserie-traiteur très très chic-chère) ni d’alcool (vins, champagne et bière ont coulé à flot pendant -presque- toute la soirée), le coût n’était pas négligeable. Le bénéfice d’une telle soirée n’est pas si évident. Les invités présents au discours en Français étaient à 98% des Français habitant en Inde (plus ou moins temporairement). Donc ce n’était pas une opération séduction à des Indiens. Ni même aux Français, car nous ne sommes pas en période électorale… Je m’interroge encore, même si cela ne m’a pas empêchée de me jeter goulûment sur les petits fours au saumon…

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Remerciements à A. pour une longue conversation sur les enjeux de l’armement en Inde.

Du grabuge dans le Gujarat, des tensions religieuses et des débats politiques

Attention, cet article ne revendique ni vérité universelle ni objectivité absolue. Je valide tous les commentaires, sauf inutilement personnels ou insultants.

Aujourd’hui, pendant la pause déjeuner, une bribe de conversation en Hinglish a attiré mon attention. Sans que je ne sache bien par quel chemin tortueux, une dizaine d’étudiants de la classe a commencé à s’étriper au sujet des prochaines élections (prévues au printemps 2014).

1. Les élections

Les élections dont il est question sont appelées General Election. Il s’agit, tous les 5 ans, d’élire au suffrage universel les membres du Parlement (Lok Sabha) au niveau national pour cinq ans. Le Premier ministre, chef de l’exécutif indien est ensuite élu parmi les membres du Lok Sabha. Logiquement, le Premier ministre choisi est souvent le chef du parti (ou de la coalition de partis) vainqueur des élections. La passion des étudiants de ma classe suscitée par les élections à venir ne vient pas tant des espoirs que mes camarades placent en leurs hommes politiques, mais bien au contraire des craintes.

2. Les candidats

Pour comprendre pourquoi, regardons un peu quels sont les candidats potentiels. Les deux principaux candidats sont Rahul Gandhi, fils de l’ancien Premier ministre Rajiv Gandhi et de Sonia Gandhi, Présidente du Parti du Congrès (parti de l’indépendance, progressiste, libéral mais aussi populiste) Narendra Modi, appartenant au BJP (Bharatiya Janata Party, le parti nationaliste hindou).

Si l’on se penche un peu sur ces candidats, les deux présentent des failles béantes. Rahul Gandhi perpétue la tradition familiale, la dynastie des « Gandhi » (attention à ne pas tout confondre cependant : ça n’a rien à voir avec Mahatma Gandhi): il est le fils de Rajiv Gandhi, ancien Premier ministre, lui-même fils d’Indira Gandhi également ancienne Première Ministre, elle-même fille de Nehru, premier Premier ministre de l’Inde indépendante). La caricature parfaite de « la politique politicienne ». Il ressort de la discussion de cette après-midi qu’aucun étudiant ne le soutient ouvertement, ils ont tous l’impression que le parti du Congrès et son candidat ne font rien pour le pays, ne proposent aucune idée novatrice et cherchent simplement à grignoter le plus de pouvoir possible sans se mettre en danger.

Face à lui, nous avons Narendra Modi. Sans même tomber dans une analyse des idées de son parti, le BJP, dont l’idée de base est « l’Inde aux Hindous », arrêtons-nous sur l’homme et le rôle qu’il a joué dans la politique indienne ces dernières années. Modi, avant que l’ambition, cette drôlesse insatiable, ne le pousse au niveau national, exerçait son art dans le Gujarat.

Open magazine

A la une du magazine Open, un choix diabolique pour 2014 : Modi le meurtrier (à gauche) ou Rahul Gandhi le prince héritieur (à droite) ?

3. Le Gujarat et les tensions religieuses

Le Gujarat, cela ne vous dit peut-être rien, est un Etat à l’Ouest de l’Inde, tristement connu pour les éclats de violence entre Hindous et Musulmans. L’élément déclencheur des différentes émeutes est toujours lié à Ayodhya/Godhra, une ville hautement religieuse, revendiquée par les Musulmans pour la mosquée Babri Masjid, construite par le premier Empereur Mogol d’Inde (au 16ème siècle) et par les Hindous comme étant le lieu de naissance du dieu Ram. En 1992, des émeutes entre Hindous et Musulmans ont abouti à la destruction de la mosquée (et la mort de plus de 300 personnes). Mais à cette époque, Modi n’est encore qu’un membre qu’un « bébé politique ».

Dix ans plus tard, en 2002, de nouvelles tensions dérapent, et c’est beaucoup plus drôle, parce que cette fois on parle en milliers de morts et dizaines de milliers de réfugiés (si ce ne sont des centaines de milliers). Vu la cohabitation entre Hindous et Musulmans dans toute l’Inde, les facteurs politiques ont au moins autant d’influence sur le cours des choses que les tensions religieuses en elles-mêmes.

4. Les émeutes de 2002

En février 2002, des Hindous originaires du Gujarat reviennent chez eux en train, après un pèlerinage à Ayodhya pour aller construire un temple dédié au dieu Ram sur les ruines de Babri Masjid. Après de vives altercations avec des Musulmans à l’intérieur du train sur les quais de la gare, un wagon du train est brûlé, provoquant la mort de 57 Hindous. Narendra Modi est alors Chief Minister du Gujarat (chef du gouvernement de l’Etat du Gujarat) et mène plusieurs actions qui ont pour conséquence d’attiser les tensions, notamment à des fins politiques (des élections régionales devant se tenir peu après le début des événements alors que le parti nationaliste hindou, le BJP est en difficulté).

– il qualifie l’acte d’ « attaque terroriste préméditée » de la part des Musulmans.
– il demande aux officiers de police de l’Etat de ne pas intervenir en cas de représailles de la part des Hindous.
– il organise le retour très médiatisé des 57 corps à Ahmedabad, provoquant une vive émotion chez les Hindous.

Les représailles sous forme d’attaques contre les boutiques et les maisons des Musulmans du Gujarat se multiplient à une très grande vitesse dans les jours qui suivent, et ce jusque dans les campagnes. Leur efficacité est telle qu’elle laisse soupçonner une organisation derrière ce qui ne semble qu’être de la colère populaire. En effet, les organisations nationalistes hindous (RSS et VHP) ont joué un rôle central, prenant des informations et donnant des ordres aux attaquants. Pendant ce temps, la police tenue par Modi et ses acolytes a toujours l’ordre de ne pas intervenir.

Après des centaines de cas de violence dans tout l’Etat, la dissolution de l’assemblée du Gujarat et l’organisation d’élections pour décembre, Modi, soutenu par les branches les plus extrémistes du BJP, RSS et VHP, lance sa campagne électorale sur la peur des Musulmans (anti-terrorisme, anti-jihad, etc). Succès au rendez-vous, puisque le BJP gagne haut la main les élections de 2002, avec un nombre de sièges record dans les districts les plus affectés par la violence. Dans le même temps se répandait l’idée parmi les habitants du Gujarat que les violences étaient dues à des fondamentalistes musulmans.

5. Modi et la perspective de 2014

Modi est devenu le Chief Minister du Gujarat ayant exercé la fonction le plus longtemps. Ses atouts (il faut des atouts de poids pour être réélu dans ses conditions n’est-ce pas ?) sont principalement économiques ; l’économie du Gujarat a en effet décollé dans un nombre de domaines assez variés (agriculture, industrie, tourisme) pendant qu’il était au pouvoir.

Du coup, le débat dans la classe a commencé lorsqu’un étudiant a annoncé qu’il comptait voter pour lui, parce qu’il ne veut surtout pas que le Congrès reste au pouvoir. La plupart des étudiants (y compris des Hindous) se sont enflammés contre lui, en insistant sur le fait que le manque d’alternative ne pouvait pas mener à l’élection de Modi, au danger pour la liberté d’expression et sur le côté « symbolique ». Je me suis permise d’intervenir dans le débat et de faire un point Godwin (= une allusion au régime nazi) lorsque la question est devenue « peut-on élire un meurtrier notable s’il fait des bonnes choses pour l’économie ? ».

Cette discussion politique était très intéressante, d’autant que la plupart du temps, les jeunes paraissent très désabusés, cyniques voire désintéressés en ce qui concerne leurs dirigeants. Il apparaît de la conversation que le travail de mémoire qui aurait du être fait après un événement comme les émeutes du Gujarat n’a pas été mené jusqu’au bout. Malgré de nombreux articles sur la question, cela reste un événement local, qui a du mal à mobiliser au niveau national. Le simple fait que Modi soit encore actif en politique montre une volonté d’oubli (si ce n’est de négation), et non pas de reconnaissance des victimes et de réparation. Justice n’a pas été rendue.
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Quelques sources/pour aller plus loin :

La situation économique du Gujarat (en Anglais),
Les violences entre Hindous et Musulmans au Gujarat (Inde) en 2002, Christophe Jaffrelot (en Français).

2013

7 Janvier 2013 (heure indienne).

Plusieurs constats s’imposent :

– cela fait bientôt 6 mois que je suis en Inde ;
– cela fait trop longtemps que je n’ai pas publié sur ce blog. Je vous offre donc comme promis la fin du petit jeu Inde ou Thaïlande avec les articles 4 et 5 de la série. Les réponses aux trois premières séries ont été publiées par mes soins dans les commentaires. Je donnerai les réponses à ces deux nouvelles séries d’ici mercredi, avec les extraits du carnet thaïlandais promis ;
– Ma famille est venue, a vu, a vaincu (la plupart du temps) et est désormais repartie, me laissant en tête à tête avec 2000 photos à trier. Je ne pense pas faire le récit de mes voyages pour le moment, on verra ceux dont je parle au fur et à mesure de mon inspiration.

Je n’ai pas l’habitude de m’attarder directement sur l’actualité indienne mais un événement retient l’attention, et je ne voulais pas commencer 2013 sans en dire un mot. Il s’agit comme vous l’aurez sans doute deviné du viol collectif dont a été victime une indienne de 23 ans pendant une triste nuit de New Delhi à la fin de l’année 2012. Sans revenir sur les sordides détails de l’histoire (les journalistes indiens, voire du monde entier font cela bien mieux que moi), j’aimerais m’attarder sur les réactions provoquées par cette (sordide) histoire. Trois choses m’interpellent :
– La première est peut-être la plus triste, mais je ne comprends pas vraiment pourquoi ce cas-là « choque » plus que les autres. Tant mieux si les Indiens se rendent compte qu’il y a un vrai problème avec la sécurité des femmes, à fortiori à New Delhi, particulièrement la nuit, mais enfin, ça n’est pas nouveau (malheureusement). Mon colocataire qui a accès régulièrement à la presse indienne me rapporte régulièrement des cas de violences sexuelles / de viols ayant eu lieu à Delhi. Dommage qu’il ait fallu attendre cette nouvelle histoire pour une remise en question de la société indienne telle que celle qui semble se profiler.
– Nous avons maintenant une histoire sordide avec une victime très victime et des méchants très méchants ; parfait pour une condamnation sans appel du crime qui a été commis et pour un questionnement en profondeur. Le seul léger hic à mon goût, ce sont les appels à la mise à mort, éventuellement par pendaison, éventuellement par lapidation, éventuellement également pour le mineur inculpé, le tout pour « rétablir la justice » et « donner l’exemple ». Pour plus de raisons solides et réfléchies, lisez n’importe quels commentaires de n’importe quel article traitant le sujet dans n’importe quel journal indien. Cela n’est pas sans me rappeler certaines réactions de mes compatriotes post-affaire Mera (mais si, le Toulousain qui avait tué des gosses juifs à la sortie de l’école). Ce dernier était mort, mais certains Français avaient tout de même mis sur la table la question de la peine de mort pour les tueurs d’enfants (on retrouve le cas de figure : un méchant très méchant, une victime très victime et une opinion publique unanime). Dans un cas comme dans l’autre, je ne cherche en aucun cas à atténuer la culpabilité des coupables ni à nier la gravité de leur crime ; mais cela est-il vraiment établir une « justice juste », équitable et humaine que de rétablir la peine de mort (ou dans le cas de l’Inde, d’appliquer ce châtiment, qui n’est pas aboli même si rarement appliqué) ? Je ne veux pas lancer un débat là-dessus sur ce blog (quoique pourquoi pas) mais en gros, je ne pense pas que la peine de mort ait/aurait eu un effet dissuasif dans ces deux affaires (est-ce que les individus constituant un groupe de violeurs s’intéressent vraiment aux sanctions qu’ils encourent lorsqu’ils s’attaquent à une fille dans un bus ?).
Last but not least comme dirait nos amis anglophones, j’ai été attristée d’entendre une de mes amies indiennes me dire qu’on pouvait se voir prochainement, mais en journée seulement, et qu’elle devait rentrer tôt parce qu’elle avait peur de toute cette histoire. J’espère que les femmes de New Delhi, étudiantes, travailleuses, mères, filles et soeurs vont utiliser cette histoire pour se battre pour le droit qu’elles devraient toutes avoir : celui d’être et de se savoir en sécurité n’importe où dans leur ville à n’importe quelle heure, au lieu de tomber dans le cycle vicieux de la peur et de la culpabilité inversée (les femmes ne sont pas en sécurité la nuit donc je ne sors pas la nuit donc une femme qui sort la nuit enfreint la règle tacite donc s’il lui arrive quelque chose c’est de sa faute, car elle savait que c’était dangereux). J’espère que la mort injuste de cette indienne ne sera pas vaine et que les condoléances que nous lui adressons toutes et tous sont les prémisses d’un changement qui me permettra de dire un jour « être une femme à New Delhi ? Oui et alors? ».

Sur ces paroles un peu sérieuses, j’espère ne pas vous avoir enlevé tout entrain et toute fierté d’avoir survécu à la prétendue fin du monde. Vous pouvez, si vous le souhaitez, réagir dans les commentaires prévus à cet effet.

La Thaïlande

La Thaïlande. Par quoi commencer ? Pourquoi passer deux semaines là-bas pendant mon année en Inde ?

Au bout de quatre mois d’Inde exactement, j’ai donc fait un break. Je ne voulais pas rentrer en France pendant toute l’année, parce qu’un an c’est trop court pour ça, et aussi pour ne pas casser complètement ma dynamique. Pour autant, sortir d’Inde à mi-parcours était une bonne manière de prendre du recul, de réaliser en quoi j’ai changé et ce que j’ai envie de faire avant de partir.

La Thaïlande a beau être un pays asiatique, c’est très, très différent de l’Inde. Pourtant, y passer mes vacances reposait sur une certaine logique. Mon intérêt pour l’Asie, et peut-être même pour les voyages, est en effet venu d’un voyage avec ma famille au Vietnam lorsque j’étais au collège, puis au Vietnam et Cambodge au lycée. Voir un troisième pays du Sud-Est Asiatique, avec un regard un peu différent, pouvait être intéressant. La Thaïlande,  c’est aussi le pays vers lequel se portaient mes deux derniers choix d’université pour la troisième année (vu que tous les choix ne peuvent pas être faits dans le même pays). J’aurais donc pu y passer mon année, d’où une certaine curiosité. Last but not least, j’ai eu pendant ces deux semaines un point de chute à Bangkok, puisqu’une proche y habite depuis deux ans. Voilà pour les raisons qui m’ont poussé à acheter des billets d’avion.

Mais concrètement, en débarquant là-bas, je n’avais aucune idée de ce que j’allais y faire, ni de ce à quoi cela pouvait ressembler. La première chose à noter, assez paradoxale, c’est que passer de la capitale d’une démocratie (New Delhi) à la capitale d’une monarchie où le crime de lèse-majesté est encore applicable (Bangkok) m’a donné une intense sensation de liberté. Comme quoi, il y a une différence entre politique et société. Je n’avais pas prévu de comparer Bangkok et Delhi, mais mon expérience de la Thaïlande ne saurait se comprendre sans les quatre mois passés en Inde. Ainsi, Bangkok m’a paru propre, peu pollué et calme (les voitures ne klaxonnent pas ici !), ce qui n’aurait sûrement pas été le cas si j’avais débarqué directement de France. En cherchant machinalement le wagon pour femmes dans le BTS (métro aérien) de Bangkok, j’ai réalisé ma stupidité, ainsi que le nombre impressionnant de femmes qui marchent seules dans les rues, le plus souvent en short ou jupe dont la longueur diminue au fur et à mesure que la nuit tombe. Je ne parlerai même pas de la prostitution, ayant peu cherché à y être confrontée, mais ce n’est pas tout à fait un mythe, en témoigne la gérante de la guesthouse dans laquelle nous logions dans le nord de la Thaïlande qui m’a formellement interdit de ramener des « ladyboys » dans la chambre (alors même que je partageais la chambre avec un ami français !). Anecdote qui m’a bien fait rire. Globalement, j’ai apprécié de vivre deux semaines dans une société plus libérée qu’en Inde (particulièrement Delhi), où vie nocturne et minishort sont la norme. Pas de regard pesant ici et de l’alcool en vente à tous les coins de rue. Cela ne s’explique pas seulement par la grande tolérance des Thaïlandais, mais aussi par le nombre très important de touristes (ça faisait longtemps que je n’avais pas vu une telle concentration d’occidentaux). Mais cela va parfois jusqu’à l’indécence, particulièrement dans les îles du Sud, où les touristes (jeunes) débarquent en croyant tout excès permis, sans réaliser à quel point ils dérangent la population locale (surtout la partie qui ne vit pas du tourisme).

Autre différence entre la Thaïlande et l’Inde : l’échelle. La Thaïlande, c’est comparable à la France en terme de superficie et de population, tandis que l’Inde est comparable à l’Europe. Cela se ressent dans une plus grande unicité du pays (même s’il y a une grande diversité géographique et qu’il existe des minorités évidemment). Ainsi, on ressent l’omniprésence du bouddhisme thaïlandais (presque 95% de la population), au contraire de l’Inde où la diversité religieuse est de mise (temples hindous, mosquées et temples sikhs dans le nord, Eglises chrétiennes dans le Sud). D’ailleurs, un exemple intéressant est le BTS de Bangkok, où contrairement au métro de New Delhi, il n’y a pas de sièges réservés aux femmes et aux handicapés mais des sièges réservés aux moines. Les statues et photos de Bouddha sont partout.

Il y aurait des centaines de choses à dire, mais je vais me contenter d’un dernier point : la langue. La Thaïlande étant l’un des rares pays à ne pas avoir été colonisé, ni l’Anglais, ni le Français, ni l’Espagnol n’ont été imposé. Le Thaïlandais parle et écrit donc Thaï et toi le touriste, tu souris et tu fais des gestes pour te faire comprendre. Il y a des exceptions bien sûr, et l’Anglais-mondialisation est sur une pente ascendante. Mais communiquer reste un challenge. Il fallait bien quelques difficultés pour pimenter un peu ces vacances…

photos à suivre