Intégrer la jeunesse dorée de Delhi

Habiter en Inde quand on vient d’un pays riche et développé, ça a des implications financières plutôt agréables. Faits :
– Inviter tes sept meilleurs amis au restaurant, même en fin de mois, c’est possible.
– Ton budget mensuel d’étudiant est d’environ 5 à 10 fois le salaire moyen.
– Même si tu ne le fais pas tous les jours, sortir dans un restaurant/bar (super) chic, ça te coûte à peu près le même prix qu’un truc très moyen à Paris.

Etudiant à Paris

Etudiant à Paris

Etudiant à Delhi

Etudiant à Delhi

Du coup, tu passes de « Moi, étudiant, pas d’argent / Mais si, les pâtes sans beurre et sans sel c’est délicieux » à « En roupies, il y a 6 chiffres sur mon compte en banque » (Bon en ce moment plutôt 5). Dans la vie de tous les jours, je mange à la cantine de l’université pour 0,50€, je négocie pour passer de 2,40€ à 2,20€ quand j’achète un T-shirt dans la rue, et j’insiste lourdement auprès des chauffeurs de rickshaws pour qu’ils me rendent les 5 roupies (0,07€) qu’ils me doivent. Question de fierté (ce n’est pas parce que je suis blanche que j’accepte de me faire arnaquer) mais aussi de décence vis-à-vis de la majorité de mes amis indiens (on est déjà assez différents, inutile d’en rajouter. Et puis je me souviens de ce que j’ai pu ressentir pour des mecs de Sciences Po qui se vantent de prendre leur petit-déjeuner au café de Flore, ou qui te demandent d’un air un peu incrédule « Quoi, tu dépenses moins de 20€ par jour? Mais tu fais comment? » (citation authentique à 100%). C’était pas de l’admiration.).

Mais il n’empêche que (attention on rentre dans le cœur de l’article), j’ai aussi accès à la jeunesse dorée de Delhi, dont ma nouvelle colocataire -indienne- fait partie. Depuis le début de l’année, je croise beaucoup trop de Français à Delhi, mais je fuis ces milieux d’expatriés, parmi lesquels naviguent une certaine catégorie d’Indiens riches. Ce n’est pas de cela dont je vais parler, mais d’une autre catégorie d’Indiens riches et jeunes (20-25 ans), étudiants (dans le meilleur des cas) qui trainent entre Indiens. Après un mois dans mon nouvel appartement avec ma nouvelle colocataire, me voici prête à partager quelques caractéristiques de la jeunesse dorée de Delhi, basées sur mon expérience et sur des témoignages. Une fois encore, je ne revendique pas d’exhaustivité ou de détenir la vérité absolue, je n’écris qu’à propos de ce que j’ai observé/entendu/vécu.

La jeunesse dorée de Delhi vit dans une période d’insouciance qu’elle sait éphémère, coincée quelque part entre le moment où elle s’émancipe de ses parents (pas financièrement évidemment, mais moralement et/ou géographiquement) et le moment du mariage, inévitable, synonyme de « on arrête de déconner et les choses sérieuses commencent ». Du coup, il s’agit d’en profiter. Alors elle boit, elle fait la fête, elle porte des mini-jupes (pour les filles évidemment), elle a des relations sexuelles (je ne dis pas que les autres n’en ont pas, c’est juste un sujet moins tabou quand on est millionnaire -en roupies), elle voyage en Europe (Amsterdam, Ibiza, Nice et Berlin sont parmi les destinations phares), elle conduit sa voiture ou elle a un chauffeur ou les deux. Et pour certains (plus souvent certains que certaines), il y a la drogue aussi. Je crois qu’on devrait inviter mon voisin du 4ème étage dans des collèges français pour prouver les effets d’un excès de consommation d’herbe sur le ralentissement des capacités cognitives. Je n’ai pas encore fait d’études statistiques sur le budget mensuel que certaines connaissances de ma colocataire consacrent à la drogue, mais je ne doute pas, d’après ce que j’ai entendu, que ça peut atteindre plus de 100€.

Qui sont-ils, d’où viennent-ils, que font-ils, ces jeunes-riches ? Basé sur l’échantillon d’une petite trentaine d’individus que j’ai à ma disposition, on constate une forte proportion de Penjabis, Etat le plus riche de l’Inde dont beaucoup d’habitants ont immigré à Delhi au moment de la partition (1947) et ont en général pas mal réussi dans leur business. Egalement quelques fils et filles d’Indiens (généralement musulmans) qui se sont expatriés dans les pays du Golfe pour un salaire et des conditions de travail plus gratifiants. A Delhi, en plus de faire la fête, ils étudient (avec plus ou moins de sérieux. Plutôt moins), reprennent l’entreprise de Papa, ou pire, se lancent dans la musique (cf le voisin du 4ème étage sus-mentionné).

Analysons maintenant deux phénomènes important pour la société indienne traditionnelle et la manière dont ils sont perçus par cette jeunesse dorée, la religion et le mariage. Je n’ai pas encore d’avis tranché pour la religion (et j’ai surtout observé des hindous). Il est certain qu’elle ne les contraint pas à certains comportements au quotidien, mais la plupart voient quand même comme un devoir familial le fait d’assister à certaines prières importantes dans le calendrier hindous, ou s’accrochent à certaines superstitions.

Remarque, si ça ressemble à ça une salle de bain hantée,  je comprends...

Remarque, si ça ressemble à ça une salle de bain hantée, je comprends…

Anecdote racontée par ma colocataire « Non mais tu te rends compte, une de mes amies a du arrêter d’utiliser sa salle de bain parce qu’un astrologue lui a dit qu’elle était hantée. La pauvre. » La réponse à ma question « Est-ce que toi tu ferais la même chose? » est restée assez vague.

Quand au mariage, je me base principalement sur le point de vue féminin que j’ai pu entendre (car la chose a l’air beaucoup moins problématique pour les garçons, qui restent « mariables » bien plus longtemps que leur congénères dotées d’ovaires), l’idée c’est que « Si je rencontre un mec bien, mes parents n’auront pas d’objection à ce que je me fasse un mariage d’amour. Mais sinon ils me trouveront quelqu’un. »
* Note de la rédactrice : Mec bien = d’une famille riche, de la même religion que moi, et d’une caste pas trop basse parce que ça ne compte pas mais quand même.
Le mariage arrangé, c’est un peu ta roue de secours pour ne pas passer ta vie seul/e si t’as pas envie de perdre ton temps à te trouver quelqu’un. Parce que c’est trop d’efforts quoi.

Sur ce, je tenais à conclure sur le fait que certaines des personnes auxquelles je fais allusion (bon, pas mon voisin du 4ème étage) sont tout de même des personnes que j’apprécie. Je ne cherche pas à juger ou à condamner les attitudes des uns et des autres avec cet article et ce blog en général (car après tout, pourquoi pas ? Je n’adhère pas au mode de vie ou aux comportements évoqués mais je les comprends dans une certaine mesure, et ils ne sont pas pire que d’autres). J’espère simplement vous avoir montré une autre facette de l’Inde, ce pays qui en compte tellement. 

Des rafales et François Hollande pour la Saint-Valentin

Titre d’article un peu étrange je vous l’accorde. Mais pas aussi étrange que la manière dont j’ai passé ma soirée du 14 Février. Les rumeurs ont commencé à se répandre mi janvier, par un email émanant des responsables de Sciences Po nous recommandant vivement de nous enregistrer sur les listes consulaires de l’ambassade. Fait quelques jours plus tard (et alors même que je n’avais pas mon passeport sur moi, je tenais à souligner ce fait ayant entrainé quelques négociations de plus que normalement nécessaires à cette tâche).

Une semaine avant le jour J, nous recevions par la poste (si si), une invitation cartonnée conviant les Français de New Delhi à une réception à l’ambassade pour la venue du Président de la République. Une invitation à laquelle on ne dit pas non, autant alléchés par l’intérêt politique que par la forte intuition qu’Ambassade rime avec vin rouge et nourriture française. C’est donc habillées, comme le spécifiait l’invitation « en tenue de ville » (indication sujette aux interprétations les plus variées et à de nombreux messages échangés entre Sciences Pistes…) que nous arrivons avec quelques heures d’avance le jour J. Les plus belles pour une Saint-Valentin politique, un comble…

La venue de François Hollande s’articulait autour de trois axes : la défense, l’économie et la culture (dans cet ordre d’importance). En effet, le 14 Février ne coïncidait pas seulement avec la Saint-Valentin mais également avec la tenue du Salon Aero India à Bangalore (Sud de l’Inde), où étaient se déroulaient des tractations et négociations autour des enjeux de défense et d’armement. Enjeux qui ne sont pas moindres, puisque l’Inde est le premier pays importateur d’armes du monde; et la France… dans le top 5 des plus gros vendeurs d’armes ! La délégation accompagnant François Hollande comprenait, outre quelques ministres (au nombre desquel-le-s Aurélie Filippetti pour la culture, Laurent Fabius pour les Affaires étrangères, Geneviève Fioraso pour l’éducation…), une sélection assez impressionnante de businessmen, parmi lesquels… M. Dassault (rafales? mirages? ça vous dit quelque chose?). Selon le discours de M. Hollande, il y a une réelle volonté française de maximiser les relations entre les deux pays en matière de sécurité, et également de nucléaire. Deuxième axe lié au premier, l’économie… Là encore, la France souhaiterait voir augmenter le nombre de partenariats avec l’Inde, même si, selon le discours officiel « la venue de Monsieur Hollande n’est pas économique » (difficile à croire quand on voit les charmants messieurs qui l’accompagnent). Je ne m’étends pas sur ce point. Culture et éducation, un troisième événement marquait ce 14 Février ; un concert électro à la Jantar Mantar, monument historique de Delhi. Ce concert est estampillé du qualificatif culturel parce qu’il était organisé dans le cadre du Festival Bonjour India dont j’ai déjà parlé et reparlé. Si l’on en croit les murmures que j’ai entendu en passant, il semblerait d’ailleurs que la venue de François Hollande ait été en partie financée par des fonds du festival, ce qui n’est pas nécessairement un scandale étant donné que le Président a indirectement promu le festival. Quant à l’éducation, le discours a mentionné le peu d’étudiants indiens venant en France (3000 environ, contre près de 20 000 étudiants chinois). Le noeud du problème est financier, comme nous n’avons pas manqué de le rappeler au vice-président de Sciences Po en visite en Inde quelques jours plus tard, qui a semblé bien gêné lorsque nous lui avons parlé des difficultés des étudiants indiens à obtenir des bourses.

Quelques remarques en vrac, plus ou moins futiles :

– Les mesures de sécurité en Inde sont assez importantes pour n’importe quel lieu (centre commercial, métro, etc), avec scanner de bagages, portiques de sécurité et/ou fouilles au corps. Il est normal que cet événement suive la règle. Ce qui est un peu plus drôle, c’est que les sacs à main étaient fouillés manuellement (ce qui prouve l’efficacité du scanner n’est-ce pas) et les contrôles réalisés par des gardes de sécurité français : on ne va tout de même pas confier la vie de notre Président à des étrangers ! (je précise que, même s’il s’agit de l’ambassade de France, les contrôles sont habituellement faits par des Indiens).

– Rassurez-vous, notre Président est un French lover digne de ce nom, et il avait emmené sa compagne (ainsi désignée par la presse indienne). Mme Trierweiler n’était donc pas seule à la table de l’Elysée pour la Saint-Valentin (version alternative : Valérie a été privée d’une soirée entre copines).

– Je me suis posée la question de l’argent dépensé pour cet événement et du bénéfice que cela pouvait engendrer. Au vu du nombre de personnes présentes, n’ayant manqué ni de nourriture (française donc, livrée par une boulangerie-pâtisserie-traiteur très très chic-chère) ni d’alcool (vins, champagne et bière ont coulé à flot pendant -presque- toute la soirée), le coût n’était pas négligeable. Le bénéfice d’une telle soirée n’est pas si évident. Les invités présents au discours en Français étaient à 98% des Français habitant en Inde (plus ou moins temporairement). Donc ce n’était pas une opération séduction à des Indiens. Ni même aux Français, car nous ne sommes pas en période électorale… Je m’interroge encore, même si cela ne m’a pas empêchée de me jeter goulûment sur les petits fours au saumon…

***

Remerciements à A. pour une longue conversation sur les enjeux de l’armement en Inde.

Durga Puja

« Durga Puja », (prononcer « dourga poudja« , en roulant le « r »).

Dans un article précédent, je mentionnais cette énième fête indienne comme « un blougiboulga de sons qui m’ont fait passer autant de super soirées que d’horribles matinées ». Pourquoi ? Comment ? Quand ? Qui ? Où ? Voilà quelques questions auxquelles cet article va essayer de répondre.

Qui dit Puja (prière) dit fleurs fraîches dessinant sur le sol de beaux motifs

La « Puja » (prière) en l’honneur de la déesse Durga dure entre 4 et 9 jours selon les endroits et les pratiques. Concrètement, cette année, cela a commencé le week-end du 20-21 octobre et a duré à peu près toute la semaine, certains jours étant plus important que les autres. Il faut savoir que, comme beaucoup de fêtes religieuses hindoues, la Durga Puja n’est pas célébrée dans toute l’Inde mais seulement dans certaines régions (et donc, parfois, des musulmans célèbrent une fête hindoue populaire dans leur région alors même que des hindous de la région d’à-côté ne la célèbrent pas, ce qui illustre parfaitement la complexité du fait religieux en Inde). Les régions concernées par Durga Puja sont, en Inde, la région de l’Assam, du Bengale, du Bihar etc. c’est-à-dire, pour les moins douées en géographie indienne, le Nord Est de l’Inde, du côté de Kolkata (ancien nom Calcutta). L’Est de l’Inde ? Kolkota ? Ce n’est pas vraiment Delhi tout ça ! Vous avez raison. Mais, il se trouve que j’habite dans un quartier de Delhi, Chittaranjan Park (Faites comme tout le monde, contentez-vous de CR Park) que l’on surnomme « mini-Bengale« . C’est en effet l’endroit en Inde où est concentrée la plus grosse communauté Bengali ; the place to be dans Delhi, c’était donc chez moi (sauf pour les transports, légèrement perturbés par les embouteillages monstres). 

Dans une des pandals de CR Park

Le décor est planté, les festivités se préparent.

Concrètement, c’est qui Durga et en quoi ça consiste exactement la Puja à CR Park ? Pour faire simple, car je n’ai pas la prétention de faire une thèse en religion hindoue, Durga est une déesse plutôt importante dans l’hindouisme, puisqu’elle reçoit des pouvoirs de tous les Dieux pour détruire un démon au nom bien trop long pour être écrit ici, sauvant par là à la fois les autres Dieux et l’espèce humaine (ouais, c’est plutôt pas mal comme performance). Au delà du mythe que je n’ai pas réellement étudié (pour être honnête), je vous propose un petit récapitulatif sur le thème « Comment reconnaître Durga si vous la croisez dans la rue ? ».

Durga à CR Park

– Elle est accompagnée d’un tigre ou d’un lion.
– Elle a plusieurs bras, souvent 6 ou 8 selon les représentations.
– Ses bras ne sont pas là pour décorer, mais pour tenir ses nombreuses armes, plus redoutables les unes que les autres (on est une déesse de la guerre ou on ne l’est pas), parmi lesquelles un trident, une lance et une épée (entre autres).

Voilà pour l’aspect « pratique »… Quant à savoir pourquoi elle est célébrée dans le Bengale et pas dans le Maharashtra, c’est une autre question à laquelle je n’ai pas de réponse (mais sentez vous libres d’apporter votre pierre à l’édifice, les commentaires sont faits pour ça).

Revenons à la Durga Puja de CR Park. 

En gros, chaque bloc résidentiel avait sa pandal (ou son pandal, je ne sais pas si c’est féminin ou masculin), c’est-à-dire son installation temporaire comportant invariablement trois éléments, dans un espace assez variable : une sorte d’autel pour la déesse évidemment, une scène permettant à des danseurs/chanteurs/groupes de rock (oui)/enfants de l’école du coin (oui) de se donner en spectacle et un endroit où s’alimenter (d’où une orgie de nourriture bengali, je n’ai pas cuisiné pendant une semaine).

Des fois ça prend des airs de concert de rock commercial

Les marchés de CR Park étaient également très peuplés, de nombreux stands de nourriture ayant été rajoutés, ainsi que des sièges et tables afin de pouvoir déguster un burger à la pomme de terre en extérieur en goûtant à l’ambiance très familiale de la soirée.  Pas grand chose à faire si l’on n’a pas l’intention de prier, mais simplement le fait de pouvoir marcher la nuit en se sentant en sécurité (à 23h hein, pas à 4h du matin non plus) grâce à la présence dans les rues de familles ou encore de regarder avec des yeux d’enfants la surabondance de guirlandes lumineuses était fort appréciable.

Lights

La gueule de bois du lendemain, ce fut la pollution, les déchets jetés dans les rues, et évidemment le bruit causé par tous ces gamins ayant acheté des sortes de mix entre un klaxon et un vuvuzela.

Veg burgers à CR Park

Market n°2

Hauz Khas Village : Docteur Jekyll achète des sacs en coton recyclé, Mister Hyde boit des bières au T.L.R.

Le jour où j’ai été invitée à une « party » commençant à 15h et finissant à 18h, j’ai compris les implications de la phrase : New Delhi n’est pas une ville nocturne. Selon le niveau de stress/conservatisme des Indiens auxquels on pose la question, la ville ne serait pas sûre (surtout pour les filles) après 19h30, 21h30, 22h30 ou minuit. Mon record personnel se situe autour des 2h30 du matin en rickshaw, et 3h30 en taxi. Ce qui est sans doute totalement inconscient, mais « je me ris du danger »*. Encore faut-il trouver l’endroit où passer la soirée. Alors, il y a les boîtes de nuit bien sûr, mais l’expérience n’est pas renouvelable tous les quatre matins.

Il a donc fallut trouver des bars. Et c’est un peu comme trouver des petits cafés où se poser en milieu de journée : pas franchement ancré dans la culture.

Tu penses à une Guinness ? C’est bien mais maintenant faut trouver où aller pour en boire !

Heureusement, un petit village résiste encore et toujours à l’envahisseur (ou bien, selon le point de vue, s’est au contraire jeté le premier dans les bras de l’envahisseur occidental). Ce village, c’est Hauz Khas. Chroniques de jour et de nuit dans le « Montmartre indien » (formule de N.T., encore).

Le jour, Docteur Jekyll achète des sacs en coton recyclé.

Hauz Khas Village est une petite enclave au sud de la ville, assez unique dans Delhi. Quoi de si exceptionnel ? Le deer parc à proximité, un (relatif) calme, une (relative) propreté (si l’on excepte les monceaux d’ordures qui s’amoncèlent sur une centaine de mètres devant le village). Cela en ferait un coin juste sympathique mais pas si extraordinaire, s’il le village lui même ne fourmillait pas d’étonnantes surprises. Je vais succomber à la facilité de faire une petite liste :

Affiches de vieux Bollywood à Hauz Khas

– des Indiennes très bien habillées, à l’occidentale (shorts et escarpins sont de mises),
– des boutiques qui vendent des robes à 200€
des vieilles affiches de films, Bollywood comme Hollywood
– des restaurants tous plus cosy, lounge et surtout plus chers les uns que les autres
– des antiquaires (ne pas craquer, tu ne pourras pas remporter cette magnifique commode en fer forgé / table en marbre d’époque coloniale / horloge en bois d’époque dans ta valise de toutes les façons !)
– des glaciers italiens
– des petits magasins alternatifs qui vendent des babioles recyclées trop incroyables et inutiles. Et chères (prix parisiens, voire même plus).
– de jolis bijoux en argent (pour une paire de boucle d’oreilles achetée, un chai offert dans la boutique !)

Les ruines de Hauz Khas

Un quartier de bobos, de hipsters et de (nouveaux) riches, avec un taux d’occidentaux plus élevé que la moyenne de Delhi. On tombe par hasard sur des ruines du 13ème siècle qui trahissent la présence d’une mosquée, d’un énorme réservoir d’eau qui alimentait le Sud de Delhi, et de pavillons. Aujourd’hui, on peut se poser autour d’un lac
Le jour, Docteur Jekyll profite de sa promenade pour venir y acheter des sacs en coton recyclés.

La nuit, Mister Hyde boit des bières au TLR

Mais Hauz Khas le jour, avec nos budgets d’étudiants (étudiants du « western world », certes mais étudiants quand même), c’est assez limité une fois qu’on a fait le tour des ruines. En revanche, la nuit, le lieu prend un autre intérêt. C’est ici que se concentrent la majorité des bars de New Delhi, certains à des prix exorbitants (comme à Paris ou même pire), d’autres sûrement chers pour la majorité des Indiens mais largement abordables pour nous. On m’a dit que la plupart des bars n’avaient pas le droit de vendre de l’alcool hors de la rue principale, mais en pratique, un arrangement avec la police de coin facilite grandement les choses. Nous quittons l’avenue principale du village, et tournons à droite dans une petite rue. Nous dépassons trois restaurants et arrivons devant une boutique de fringues et autres objets recyclés.

Cafe Ziro (photo: Internet)

Nous montons quelques marches pour rentrer dans la boutique, un peu étonnées, se demandant où se trouve le bar qu’on nous a promis. La réponse vient assez vite : en haut d’un escalier en colimaçon aussi coloré que dangereux (et l’on se dit qu’il ne faudra pas trop boire en haut si on veut être capables de le redescendre). Premier étage, un bar et quelques tables, des gens qui sirotent des bières. Deuxième étage, du rock qui s’échappe de haut-parleurs, des rumeurs de conversations, des gens qui sirotent des bières. Troisième étage, une grande terrasse entourée de plantes vertes, de confortables banquettes, des gens qui sirotent des bières. Et voilà, nous avons un nouveau QG. 

QG auquel nous ferons quelques infidélités, notamment pour le T.L.R. (The Living Room) pendant l’Oktoberfest (pas beaucoup de rapports entre la fête munichoise et Delhi à priori mais c’est une bonne excuse pour vendre encore plus de bières). Le T.L.R. est aussi un lieu sur plusieurs étages où l’on peut danser sur de la musique plutôt bonne, sans (trop) se faire emmerder, jusqu’à la fermeture, autour de 1h du matin.

Oktoberfest @ T.L.R. (Photo: Internet)

Mister Hyde jette donc son dévolu sur Hauz Khas Village pour y encanailler ses nuits. Et grand bien lui prend.

* Ceci est la deuxième référence au Roi Lion de ce blog, je vais devoir revoir d’autres Disney pour varier un peu les plaisirs…

Boîte de nuit et minirobes

Préface : Enfin un titre d’article un peu glamour et racoleur !

Trépidante vie indienne, qui ne me laisse que peu de temps de profiter de mes colocs (j’ai raté une « pool party » ! et un restaurant de poisson à deux pas de chez moi), de me poser pour écrire mon blog ou de progresser en Hindi. Néanmoins, j’ai vu le vice-président de l’Inde hier à Delhi, le Taj Mahal avant-hier à Agra et le gratin bien doré de la jeunesse indienne le jour d’avant. Commençons par ce dernier point.

Je vous laissais dans mon dernier article sur quelques impressions de ma première boîte de nuit indienne. Mais ce serait dommage d’en rester là. La question qui me tarauda (faites comme si le mot « tarauder » était à la mode s’il-vous-plaît) pendant la nuit fut « Pourquoi les Indien(ne)s vont-ils en boîte? »

La soirée était sympa mais pas au point que je veuille le refaire toutes les semaines (alors même que je n’ai pas payé l’entrée). Les deux filles indiennes de ma classe nous ayant emmenées là-bas m’ont pourtant dit qu’elles y passaient presque tous leurs vendredis soirs. Plusieurs théories sont envisageables :

Pour « Péchau » ?

Comme le prouve le commentaire de « Question légitime » sur mon article précédent, la sortie en boîte en France peut être associée à la préoccupation de se trouver un-e partenaire, pour une danse, pour une nuit ou pour la vie (oui, ça arrive parfois, aussi invraisemblable que ça puisse paraître). A New Delhi cependant, l’entrée des boîtes est généralement réservée aux couples (sauf quand on est sur GuestList bien sûr). Les Indiens viennent donc avec leur partenaire, et restent assez timides dans leurs contacts corporels (le point de vue d’une Allemande sur la question diffère légèrement là-dessus ; la comparaison avec les boîtes de nuit des soirées du BDE Sciences Po n’est donc peut-être pas la plus appropriée). Quelques couples finissent pas s’embrasser après quelques heures sur le dancing mais ce n’est pas la majorité. Rassurez vous, les Indiens restent fascinés par les Occidentales. J’ai quand même dû repousser les avances d’un Indien qui cherchait à m’offrir un verre avec la phrase d’accroche la plus ennuyeuse à sa disposition « Are you here with someone ? Can I offer you a drink ? » et une de mes amies qui a eu le malheur d’accepter en ami Facebook un des Indiens rencontrés là-bas doit maintenant faire face à des déclarations d’amour improbables sur le net. Le dernier point qui me fait dire que les Indiennes de ma classe ne viennent pas pour se trouver un homme est qu’elles en ont déjà un (un fiancé évidemment, pas seulement un petit copain).

Pour se bourrer la gueule ?

Rappelons-le, l’alcool n’est pas si évident à consommer en Inde. Certains bars refusent de servir les jeunes de moins de 25 ans, d’énormes amendes menacent celui qui oserait boire sur la voie publique (même s’il semblerait qu’un petit billet glissé discrètement à la police puisse faire des miracles en matière de tolérance), et l’on ne saute pas sur n’importe quelle occasion pour sortir le champagne. La boîte de nuit pourrait donc logiquement être un lieu de détente et d’ivresse. Sauf que le moindre cocktail coûte 600 Roupies (soit à peine moins de 10€). Ce qui paraît considérable, même à la Parisienne que je suis, alors je ne vous parle pas des Indiens. D’ailleurs, les filles de ma classe (sujet malgré elles de cette étude sociologique sur les nightclubs) m’ont dit ne jamais boire en boîte, non seulement à cause du prix, mais aussi parce qu’elles ne font pas confiance aux inconnus et aux garçons qui pourraient chercher à profiter d’elles. Donc rien, même pas un petit verre pour elles (il semble d’ailleurs que les Indien-ne-s n’aient pas compris les diverses nuances d’alcoolisation que l’on peut résumer ainsi : sobre, pompette, très  joyeux, ivre, complètement torché. Ils n’envisagent que les stades sobre et complètement torchés). Du coup cette théorie n’est valable que pour les très riches de sexe masculin.

Pour danser ?

Ça oui ! D’autant que j’ai déjà mentionné l’AC (clime) à fond qui force ces demoiselles fort peu vêtues à se trémousser sous peine de se voir changées en glaçons. Du coup, tout le monde adopte l’attitude « I like to move it« , un peu timidement au départ, car il ne faut pas compter sur l’aide de l’alcool ingéré, et de plus en plus franchement. Et je dois vous dire que c’était franchement sympathique de danser comme des folles après 1 mois et demi d’abstinence. Bien, on a une première explication possible. Maintenant, laissez moi vous en donner une autre, qui s’applique parfaitement aux Indiennes de notre classe à mon avis.

Pour se sentir sexy !

Et oui, plus encore que danser, le simple fait de choisir une robe (une robe ! Avec un décolleté !), des chaussures, de se maquiller était un vrai plaisir. Quand on se fait « manger du regard » à tout instant par les mâles indiens omniprésents dans les rues, on adopte vite le pantalon et le T-shirt à col rond, couvrant les épaules. J’ai poussé le vice jusqu’à recycler mes pantalons de pyjama en pantalon tout court, et personne ne m’en a voulu. D’ailleurs, je suis quand même une « pretty white girl ». Les Indiennes ne s’habillent pas non plus de manière sexy au quotidien. J’ai réalisé que je n’avais jamais vu une fille de ma classe porter une jupe ou un short au dessus du genou. Même pas de pantacourt. De même, pour ne pas trop mettre en avant leur décolleté, elles portent une écharpe qui couvre la gorge et évite toute tentation au mâle frustré. Aussi, mon choc fut grand quand j’ai vu débarquer les filles de ma classe en robes ultra-moulantes, très décolletées et très courtes. Sans compter les talons de 10cm et le maquillage à peu près aussi discret qu’une vache qui décide de s’allonger en plein milieu de la route. Et elles ne faisaient pas dépareillées face aux autres Indiennes du lieu.

Je pense donc, même si je n’ai pas osé leur demander, que les Indiennes vont plus en boîte de nuit pour tout le rituel que cela implique en terme de shopping et de préparation que pour la soirée en boîte elle-même.