Les coulisses d’un documentaire

Le lendemain du jour où j’ai appris mon admission à l’école de journalisme de Sciences Po Paris (voilà c’est dit), Tehelka publiait un documentaire sur lequel j’ai beaucoup travaillé depuis le début de mon stage. Tout est sous-titré en anglais (par mes soins. c’était long et chiant). Alors vous devriez comprendre assez facilement, même pour les moins anglophones. Et les images parlent d’elles-mêmes.

http://tehelka.com/passion-or-craziness-india-the-record-breakers/ le lien pour ceux qui veulent la preuve que ça a été publié par Tehelka / pour ceux qui veulent aller lire la description en anglais…

Et sinon la vidéo :

Voilà. Si vous vous en remettez, parce que oui c’est drôle quand même, voici donc les coulisses du documentaire.

Scène 1. Le commencement

Tout a commencé quand un producteur au sein de l’équipe vidéo de Tehelka, avisant la petite stagiaire qui glandait un peu trop, m’a dit : « Bon tu fais quoi là ? J’ai un meeting dans 30 min, viens. Ça va être intéressant ».

Le temps que je pense à demander avec qui et le sujet de la rencontre, j’étais dans le métro direction le nord du nord du nord de Delhi. Une autre planète…

Après 5 minutes d’attente, ou peut-être 25, je ne sais plus, on voit arriver un Indien de 71 ans qui ressemblait à ça :

Guinness Rishi (Photo: Internet)

Guinness Rishi (Photo: Internet)

Et qui est tombé en admiration devant la blanche du coin (oui moi). Je suis repartie du meeting -après une dégustation de chai et samosa- avec deux stylos, une écharpe, une carte de visite (la plus petite du monde. C’est un record). Et j’ai du dire non au T-shirt ça faisait un peu trop. Mon collègue n’a pas eu autant de cadeau, mais il a réalisé qu’au-delà de m’occuper en m’apprenant les angles de caméra ou les réglages de micro, m’emmener sur les tournages pouvait s’avérer utile.

Scène 2. La voyante

Me voilà donc partie pour l’assister sur toutes les interviews (notamment en préparant des questions, en mettant à l’aise les personnes et en posant les questions moi-même quand cela se passait en Anglais – l’Hindi c’est pas encore ça). Et la deuxième est une voyante, dont l’interview n’a pas été gardée au montage. Parce que ce qu’elle racontait n’était pas très intéressant, répétitif, et que notre boss voulait qu’on raccourcisse la vidéo. La rencontre vaut cependant que je la raconte, parce que c’était un grand moment. La dame est connue pour lire la personnalité des gens grâce à leur date de naissance et… leur numéro de téléphone. Pourquoi pas… Pendant que mon collègue filmait des images et sculptures qui trainaient dans la pièce, il fallait que je mette la voyante à l’aise. Elle a donc fait avec moi ce qu’elle a l’habitude de faire : une « analyse » de ma personnalité. Heureusement, il s’est trouvé que mon numéro de portable était compatible avec ma personnalité. A part ça j’ai appris un tas de choses très utiles sur moi, notamment que j’allais avoir de l’argent en juin (soit pour mon anniversaire), et que j’aimais bien voyager. C’est pas grave, c’était gratuit…

Scène 3. Le clin d’oeil

Dans les 10 premières secondes de la vidéo, il y a une scène avec l’enfant de 5 ans qui montre les Etats sur la carte indienne. On l’entend dire « Jammu Kashmir, Srinagar ». Pourquoi cet Etat parmi les autres? Parce que le producteur est lui-même Kashmiri, et a donné une petite leçon sur cet Etat à l’enfant qui n’en demandait pas tant. Quant à produire une vidéo, autant se faire plaisir ; il a donc choisi ce morceau-là.

Scène 4. La fin

Si vous avez regardé la vidéo jusqu’à la fin (et il y a intérêt, vous n’avez qu’à la regarder pendant 18 minutes, dites vous que rien que pour faire les sous-titres, c’était plus de 10h de travail !), vous aurez peut-être remarqué la citation de Mahatma Gandhi (juste avant les crédits). Et le font de cette citation est sombre, mais ce n’est pas un noir uniforme, c’est en fait une image – assombrie – de la fenêtre (grillagée pour ne pas faire entrer les moustiques) de la maison du jeune qui  emballe son frère dans du papier journal. Le jour où on était sur les lieux, au moment de partir, mon collège me dit : « Attends, je vais prendre une image de l’extérieur! ». Il ressort la caméra et filme ce plan. Il est tout excité et me dit qu’il faut absolument qu’il l’utilise dans la vidéo finale. Et il l’a fait…

Epilogue : Votre mission est désormais de partager la vidéo sur les réseaux sociaux et partout sur l’Internet (Youtube, Twitter, Facebook, par e-mail à vos grands-parents qui ne savent pas se servir du reste, sur Google +). Si vous l’acceptez…

Du nouveau chez les BRICS

Aujourd’hui, au moment d’écrire le 70ème article de ce blog, j’ai relu le premier article que j’avais écrit en arrivant en Inde « Mettre les pieds dans 2 des 5 BRICS en moins de 24H » et j’ai décidé de rester sur le même sujet. Si vous ne savez pas ce que sont les BRICS et que vous ne voulez pas être complètement perdus, vous pouvez d’ailleurs lire la définition que j’en avais donné à l’époque.

Relire cet article, ça m’a permis de mesurer le chemin parcouru, de me replonger dans les pensées qui étaient les miennes il y a 8 mois et demi. Et de réaliser qu’assise dans la salle d’attente de la guesthouse de Delhi, en train d’écrire cet article de blog, j’étais bien loin d’imaginer que je me replongerais dans une recherche intensive sur les BRICS pour écrire un article analysant leur dernier sommet pour le blog de Tehelka, en veillant à « adopter un point de vue indien » (je trouve ça drôle que mon rédacteur en chef me précise ce genre de choses). Voici l’article en question : « Why the west is wary of the BRICS ». En anglais, et cette fois, je ne vais pas le traduire en français parce que c’est trop long. Mais l’idée (et les conversations que j’ai eues avec les trois spécialistes que je cite dans l’article) c’est que la  relation indo-chinoise au sein du groupe doit s’équilibrer, et que la Chine de manière générale doit faire attention à ne pas écraser ses alliés si elle veut que le groupe soit plus efficace pour contrer le poids politique et économique des puissances occidentales. On finit le point d’actu avec une vidéo à aller voir sur la Syrie. Encore une fois, le point de vue « des méchants », puisque c’est l’ambassadeur en Inde, mis en place par Bashar al-Assad qui est interviewé.

Mais ça fait du bien de ne pas lire seulement les médias français (européens) et d’être confronté aux réactions indiennes sur un sujet. Les notions de démocratie, droits de l’homme et laïcité pèsent moins que celles de souveraineté, anti-colonialisme et liberté.