Une étoile dans la vallée… du Gange.

Mes absences de la toile (pas trop longues pour le moment) ont au moins un aspect positif : ce sont durant ces laps de temps que je voyage, et grâce à eux que je reviens avec encore plus de choses à raconter.

Quelques Dieux et quelques empreintes

Cette fois-ci, petites chroniques depuis la vallée du Gange (d’ailleurs, voilà qui vous donne une partie de l’explication du nom de ce blog), fleuve qu’il m’a été donné de voir à Haridwar et Rishikesh.

4h de train en Second Sitting (la classe la moins chère), c’est un peu moins confort que la SNCF…

A 214 km au nord de Delhi (soit un peu plus de 4h de train tout de même, on est en Inde), la première de ces deux villes est empreinte de sacré. Notamment grâce aux empreintes (relisez la phrase d’avant pour ne pas passer à côté de mon jeu de mots de génie s’il vous plaît) de pieds du Dieu Vishnu, le protecteur de l’univers. Empreintes encore visibles et exposées aux badauds (mais, et j’ai vraiment honte de l’avouer, il fallait dénuder ses pieds pour accéder au lieu et après avoir jeté un regard à nos chaussures de randonnée et un au sol boueux, nous avons décidé que nous pouvions nous passer d’aller vérifier par nous-mêmes). En revanche, nous n’avons pas raté la deuxième raison qui fait d’Haridwar un lieu saint : le Gange.

Ça c’est le Gange (à Haridwar).

Gangâ, la déesse du Gange, étant née de la sueur des pieds de Vishnu grâce au travail du Dieu Brahma (glamour), soit par l’action combinée de deux des trois dieux les plus sacrés de l’hindouisme (le troisième étant Shiva), c’est une déesse super sacrée. Du coup, un bain dans le Gange purifie le corps du vivant et permettrait au cadavre qui y brûlerait d’atteindre la fin du cycle des réincarnations (soit la libération de l’âme et le bonheur éternel). Sacré parmi les sacré, le Gange est aussi le fleuve de la vérité et de la sagesse spirituelle. Mais c’est aussi un très bon exemple de :

La différence entre pureté et propreté

Vous avez dit propreté ?

Le Gange est sacré, divin, et purificateur. Pourtant, les Indiens y balancent sans vergogne des tas d’ordures, à tel point que des panneaux étaient installés sur un pont à Haridwar nous priant (si je peux utiliser le mot) de ne pas jeter de déchets dedans. Sans compter les cendres des cadavres que l’on y brûle (estimés à à peine moins de 500 par jour), les restes de bois de crémation (tout de même plusieurs centaines de tonnes chaque jour, ce n’est pas si évident de brûler un corps) et encore plus sympathique, les déversements d’eau (très) usées… Un des fleuves les plus pollués au monde (oui, bien pire que la Seine) malgré quelques tentatives du gouvernement pour améliorer la situation, et dans lequel les gens se baignent pourtant sans hésiter une seule seconde.

Femmes heureuses de se baigner dans le Gange (Haridwar)

Petit mot sur la cérémonie de l’aarti

Préparation de la cérémonie de l’aarti.

La cérémonies de l’aarti a lieu chaque jour et consiste à lancer une bouteille à la mer une bougie sur le Gange, à la tombée de la nuit, en priant les dieux de l’hindouisme. Lorsque plusieurs centaines ou plusieurs milliers de personnes le font en même temps, c’est assez impressionnant. Pour nous cela dit, l’expérience a été un peu gâchée par la pluie survenue un quart d’heure avant. Nous étions à Rishikesh, ville à plus de 300m d’altitude, où la mousson n’est pas tout à fait terminée. Du coup, quelques dizaines de personnes à peine, et un spectacle beaucoup moins … spectaculaire. Une bonne excuse pour voyager dans une autre ville en bord de Gange (Varanasi, ou Bénarès, fera très bien l’affaire!).

La mousson (Haridwar)

Nous avons quand même senti le poids de l’hindouisme au quotidien. Les deux villes sont complètement tournées vers le fleuve, et le comportement des gens est aussi révélateur.

Tu peux ramasser l’eau du Gange et la ramener chez toi. Ou même l’offrir à tes amis. (Haridwar)

Images religieuses à Rishikesh

Abreuver les vaches sacrées, on n’y pense pas, mais c’est important (Rishikesh)

Publicités

Ce qu’on apprend sur une ville en prenant son métro

Alors qu’ici il pleut comme vache qui pisse (et vu le nombre ainsi que le pouvoir sacré des vaches en Inde, je vous laisse imaginer ce que ça donne), je suis coincée à l’intérieur, et donc tenue d’avancer ce blog.

Aujourd’hui, j’essaie de vous proposer une petite leçon (je l’espère, un peu moins con que les leçons de Charlotte Lebon sur Canal+) sur le métro New Delhite, que j’ai eu pas mal l’occasion d’emprunter ces derniers temps (notamment à cause des recherches de logement qui je l’espère, vont aboutir).

Pub irréaliste dans le métro de Delhi (comme quoi, c’est un métro normal)

Petite histoire du métro de New Delhi

Il faut savoir qu’en Inde les transports en commun ne sont pas très répandus. Au niveau national, il y a un assez gros réseau de train – avec encore plus d’aléas sur les retards que la SCNF, pour sûr!, des lignes d’avion intérieures, et même des lignes de bus. Mais si l’on parle de ce qui se passe au sein même des grandes villes, comme Delhi, Mumbai (Bombay) ou Calcutta, c’est une autre histoire. Ici, les véhicules, qu’ils soient à moteur (voitures, auto-rickshaw, motos) ou sans moteurs (cycle-rickshaw, charrettes les plus invraisemblables) sont encore des moyens plébiscités pour se déplacer. Mais voilà quand vous traversez une ville aussi énorme que Delhi (presque 1500 km2, contre, pour vous donner une idée, à peine 105 kmpour Paris), le tacos, même en Roupies, ça commence à vous coûter cher.

Des cycle-rickshaw sous la mousson

D’où l’utilité du métro, qui n’est pourtant arrivé à Delhi qu’à partir de 2002 (et grandement développé avec l’accueil des Jeux du Commonwealth). Bon, on n’arrive pas encore à la même couverture que le métro parisien, qui ne vous fera marcher que 3 minutes de plus si vous descendez une station trop tard mais tout de même, c’est déjà pas mal. Maintenant, au lieu de continuer à vous balancer des chiffres que n’importe quel glandu peut trouver sur l’Internet, rentrons un peu au coeur du métro.

Tout d’abord, les contrôles de sécurité

On m’avait dit que l’Inde était un pays « dangereux », en particulier la ville de New Delhi. J’imaginais que c’était le résultat d’un certain laxisme en matière de sécurité qui était la cause de ce danger. Or, bien au contraire, lorsqu’on veut prendre le métro, on est surpris par les contrôles effectués. C’est (presque) comme dans un aéroport américain : deux à trois militaires observent vos sacs se faire scanner (heureusement, on a quand même le droit de transporter du liquide), pendant que vous passez à un portique où un/e militaire sera chargé/e de vous palper/fouiller. Bien sûr, les femmes sont contrôlées par des femmes, les hommes par des hommes. Un fois ces contrôles de sécurité franchis, il faut passer le portique avec sa carte ou son jeton. Au cas où vous vous posez la question, il est impossible de frauder dans le métro New Delhite (pas sûre non plus que ce soit très rentable, vu qu’un trajet coûte au maximum 20 Rps, soit moins de 0,30€). Je n’ai pas encore eu le temps de mener un sondage représentatif de la population indienne (dit comme ça, cette ambition parait de toutes les façons démesurée) mais en en parlant à quelques indiens, il s’avère que ce regain de sécurité, également présent devant toutes les attractions touristiques et l’entrée des bazars (en bref, la plupart des lieux à forte concentration humaine, donc pas mal de lieux) serait du aux attentats de septembre 2008 qui ont vu l’explosion simultanée de 5 bombes dans la capitale.

« Women Only »

Femmes entrant dans un wagon réservé (photo: internet)

Une fois les contrôles surmontés (avec brio, étant donné que je transporte rarement des armes), vient l’épineuse question du wagon pour dames. Dans tous les métros, un wagon est en effet réservé exclusivement aux femmes (« women only« ). En effet, Delhi étant une ville « not safe for women« , on s’est dit après de nombreux petits incidents qu’il serait beaucoup plus sûr de mettre toutes les femmes dans des wagons réservés. En soi, les wagons sont exactement les mêmes que ceux pour hommes, et même pas séparés par une porte – mais attention à l’homme qui a le malheur de s’asseoir dans le wagon pour femme ! (je n’en ai jamais vu d’ailleurs) Des gardes régulent le flux humain et empêchent les hommes de pénétrer dans ces wagons.

Du coup, je me suis posé la question de si je devais prendre le wagon « women only » ou pas. Car, comme vous pouvez le deviner, du coup, tous les autres wagons deviennent officieusement des wagons « men only ». Ou bien « groupe mixte ». En gros, on conçoit difficilement qu’une femme seule se mette dans un wagon mixte, alors qu’un wagon est fait pour elle. J’avoue que j’ai abandonné toute considération idéologique de féministe et me suis placée dans le wagon pour femme en bénissant ma chance d’avoir une place assise (les « women only » sont généralement beaucoup moins encombrés que les autres). Pas la peine d’ajouter encore le poids du regard curieux/réprobateur des Indiens dans le métro si on peut l’éviter. Pour la petite anecdote, trois amis français (deux filles et un garçon) entrant dans la catégorie « groupe mixte » se sont placés dans un wagon normal et se sont fait prendre en photo (pas qu’une seule fois, et pas discrètement non plus).

La sécurité au prix de la non-mixité ? Question à méditer…