Ces questions qu’on nous pose

Retour en France. Depuis quelques jours déjà, qui deviennent rapidement des semaines. On trie les photos, on déballe les valises, on offre les cadeaux souvenirs, on finit les livres commencés.

On arrête de se poser des questions tous les matins et la vie (re)devient tout à coup plus simple. On retrouve ses marques, ses repères, ses amis, sa famille. Et ce sont eux qui commencent à nous poser des questions.

A. Il y a les gens qui ne savent pas par quoi commencer :
« Bon l’Inde… T’as appris quoi ? »
« Alors c’était comment ? »
« Pas trop dur le retour ? »

B. Ceux qui confondent année à l’étranger et coma :
« Bon mais, tu sais ce qui s’est passé en France, hein, le mariage gay / l’affaire Cahuzac / la déroute de l’UMP ? »
« Tu te souviens où j’habite, tu vas trouver le chemin ? »
« Mais tu te rappelles que c’est fermé le dimanche hein ? »
« Tu parles encore Français haha?  »

C. Les questions un peu étrange et/ou dérangeantes :
« Et là-bas, tu t’es fait des amis ? » (non, je vivais en ermite dans une grotte, me nourrissant de racines et faisant du yoga)
« Comment ça se passe au niveau du transit intestinal ? » (tu veux vraiment savoir?)

Difficile de parler de ces aventures à un public vraiment consentant… D’autant qu’il faut voir l’Inde pour y croire ! Heureusement qu’on a parfois le droit à des questions un peu plus intéressantes (quand même!). Si vous voulez tout savoir, mettez un commentaire sur cet article et je vous enverrai mon rapport de troisième année (une vingtaine de pages) écrit pour Sciences Po.

Trek au Nepal, mode d’emploi façon meuble IKEA

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Modèle: NT.

Par voie aérienne, terrestre ou souterraine (réduction de 50% pour les fous de la 3ème option), vous entrez dans le grand supermarché du TREK appelé Népal. Le choix est immense, et les noms tout aussi farfelus qu’à IKEA. Certains, tout comme l’illustre bibliothèque Billy, sont des classiques indémodables : Camp de base de l’Everest, tour des Annapurna. Certes. Mais le prix est légèrement plus élevé que le range-livres suédois, même en roupies népalaises. Donc, il faut varier, et trouver son trek sur mesure. Pour nous, ce fut le Langtang.

Présentation de l’objet : Langtang heritage trek
– location au sein de notre boutique : à quelques tumultueuses heures en bus au nord de Katmandou, capitale, à une vingtaine kilomètres du Tibet seulement.
– hauteur : 3200 mètres,
– longueur : 4 ou 5 jours,
– couleur, design et particularités de l’objet : du vert rizière, des villages tibétains et des sommets enneigés au loin.
– prix : 80€, livraison transport, mode d’emploi guide et permis du gouvernement inclus.

Précautions d’emploi !

1. Le bus népalais local est réservé aux experts des TAHR (Transports A Haut Risque). En théorie disposant de 40 places assises, il contient en réalité 120 personnes dedans et dessus (et je ne veux pas savoir combien sont passées dessous), une trentaine de sacs de randonnées, des sacs de riz/patates/maïs, des bouteilles de gaz, des cartons de vaisselle (en métal) etc… Le concept de « route » est abandonné au profit de celui, plus drôle, d' »étroit sentier bordé de ravin, avec des cailloux, parfois d’énormes flaques d’eau, des virages en épingles à cheveux et souvent une moto à contresens qui arrive dans une montée » et le concept de « conduite régulière, prudente et mesurée » oublié pour « un chauffeur en marcel qui accélère dans les descentes et pendant les virages en klaxonnant parce qu’on va pas y passer la nuit ». Si vous avez peur de mourir, une relaxante musique à base de piaillements d’oiseau, de violons suraigus, et de voix de femme hystérique criant des paroles d’amour en hindi vous distraira sûrement. Prévoir bouchons d’oreille, anti-vomitifs et fermer les yeux. 

Notre bus, une fois le devoir accompli

Notre bus, une fois le devoir accompli

2. L’acquisition de l’objet Trek du Langtang entraine un renoncement temporaire à d’autres objets de la vie de tous les jours auquel l’acheteur n’est pas habitué : Internet, téléphone, électricité (souvent), salle de bain individuelle, eau chaude, et, dans les cas les plus extrêmes, eau tout court.

Décharge de responsabilité : 

a) L’absence d’exercice physique et/ou le fait de vivre dans une ville archi-polluée pendant une année entière augmente la difficulté d’utilisation du Trek Langtang. Le Népal ne saurait être tenu responsable d’effets secondaires dus à une utilisation du Trek Langtang dans de telles conditions (courbatures, courbatures, courbatures).

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Une petite pente, douce… Avant de repartir pour 800m de dénivelé….

b) Les attaques d’araignées et de serpent sont fréquentes au contact du Trek du Langtang. Il s’agit pour chaque acheteur de se montrer prudent et de ne pas céder à l’hystérie collective.

Utilisations et bénéfices de l’objet Trek du Langtang

Le trek du Langtang favorise les rencontres avec des Népalais-e-s intéressant-e-s et adorables.

Neema, gérante de la Pema guesthouse.

Neema, gérante de la Pema guesthouse.

Manger de la crème de marron française à 2700m d’altitude est un moment que vous n’oublierez jamais.

Garanties :

1. Le Trek du Langtang est garanti sans pollution, sans klaxon et sans voitures.

2. Le Trek du Langtang est garanti Daal Bhât de qualité dans tous les lodges qu’il contient. C’est en plus le seul moment dans votre vie pendant lequel vous aurez l’impression de mériter toutes ces calories…

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Le Daal Bhât : du riz, du daal (soupe de lentilles), un curry de légumes et pommes de terre, et parfois du poulet. Matin, midi et soir.

3. Le Trek du Langtang est garanti (presque) sans touriste(s).

4. Le Trek du Langtang est garanti paysages magnifiques et souvenirs mémorables. 

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Ces poissons d’avril que j’aurais pu faire…

… Si j’avais eu le temps le jour où il fallait réagir :

– Aujourd’hui, mon chauffeur de rickshaw était une femme. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, personne ne m’a fixée dans la rue. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas mangé de patates. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas jeté mes déchets par terre, mais j’ai trouvé une poubelle. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, les toilettes publiques étaient propres. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, j’ai réussi à dormir dans un bus. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas eu besoin de négocier. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas attendu. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je n’ai pas bu de chai. Poisson d’avril.

– Aujourd’hui, je me suis bien habillée. Poisson d’avril.

* Adapté d’une conversation avec L. et N. au cours d’un voyage mémorable en octobre 2012.

Calcutta’s soul

L’âme de la sauvage Calcutta, ou de son nom bengali, Kolkata, ne se laisse pas capturer dès les premiers instants. J’ai arpenté la ville pendant presque quatre jours complets, et je vous propose une série de photographies qui insistent sur les spécificités de la ville, notamment par rapport à Delhi et Bombay.

Qu’est-ce qui fait l’âme de Calcutta ? What makes Kolkata’s soul ?

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A la rencontre de Bombay, Shantaram

Shantaram ? Est-ce une nouvelle formule de politesse à la mode ? Une sauce de légumes particulièrement épicée ?

Mieux, c’est un surnom. Le surnom d’un évadé de prison australien qui atterrit en Inde, à Bombay, cadre du livre éponyme (Shantaram) dont il est question aujourd’hui. On est là face à un bon gros livre comme on les aime, dans lequel on plonge dès les premières pages. Le héros, un étranger, blanc, qui ne connait rien de l’Inde, débarque là un peu par hasard et doit s’adapter à la ville de Bombay pour ne pas être démasqué, repris par la police, et renvoyé en prison. Et il faut dire qu’il ne s’en sort pas mal, entre bars pour jeunesse dorée, sombres fumeries d’opium, bidonvilles tentaculaires et Histoire d’amour tarabiscotée. On passe d’une page à l’autre du Bombay des touristes à celui des guides touristiques, au Bombay de Bollywood à celui du marché noir, au Bombay des prostituées à celui des gourous en tout genre ; en découvrant comment ces diverses facettes se lient subtilement pour ne former qu’une seule ville. Ce sont autant sur les différents aspects de la ville que de l’humain (et notamment du héros-narrateur) que l’on s’interroge.

La fin du livre est un peu moins extraordinaire, mais si vous avez l’intention d’aller en Inde (particulièrement à Bombay), ou mieux si vous y avez déjà mis les pieds, ce livre vous plaira forcément. Si ce n’est pas votre cas, il vous donnera sûrement envie de venir.

Autant que sur Shantaram, je voudrais orienter cet article sur Bombay. Je vous propose donc deux citations extraites du début du livre ainsi que quelques photos que j’ai prises à Bombay fin décembre.

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« La première chose que j’ai remarquée à Bombay, le premier jour, était l’odeur d’un air différent. J’ai pu la sentir avant même de voir ou d’entendre quoique ce soit de l’Inde, dès que j’ai parcouru le tunnel sui reliait l’avion à l’aéroport. J’étais exité et ravi par l’odeur de cette première minute à Bombay (…)

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La mosquée Haji Ali.

Je sais maintenant que c’est l’odeur douce et suintante de l’espoir, qui est le contraire de la haine ; et c’est l’odeur aigre et confinée de la cupidité, qui est le contraitre de l’amour. C’est l’odeur des Dieux, des démons, des empires et des civilisations en plaine décomposition et résurrection. C’est l’odeur de chair bleue de la mer, où que vous soyez dans Island City, et c’est l’odeur de sang et de métal des machines. C’est l’odeur de l’agitation, du sommeil et des déchets de soixante millions d’animaux, dont plus de la moitié sont des hommes et des rats. C’est l’odeur des chagrins, de la lutte pour la survie, des échecs et des amours qui font naître notre courage. C’est l’odeur de dix mille restaurants, cinq mille temples, autels, églises et mosquées, et de cent bazars consacrés exclusivement aux parfums, aux épices, à l’encens et aux fleurs fraîchement coupées.

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(…)

C’était la pire bonne odeur du monde. »

"Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts."Gateway of India.

« Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts.« 
Gateway of India.

« Le familier et l’exceptionnel, dans leur contraste, m’entouraient de toutes parts. Un char à bœuf était arrêté à un feu rouge, à côté d’une voiture de sport. Un homme était accroupi pour faire ses besoins derrière l’abri discret d’une antenne satellite. Un chariot élévateur déchargeait des marchandises d’une antique charrette en bois. Tout donnait l’impression qu’un passé lointain, à la fois laborieux et infatigable, s’était écrasé dans les barrières du temps, intact, dans son propre futur. »

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Shantaram, Gregory David Roberts.