Des rafales et François Hollande pour la Saint-Valentin

Titre d’article un peu étrange je vous l’accorde. Mais pas aussi étrange que la manière dont j’ai passé ma soirée du 14 Février. Les rumeurs ont commencé à se répandre mi janvier, par un email émanant des responsables de Sciences Po nous recommandant vivement de nous enregistrer sur les listes consulaires de l’ambassade. Fait quelques jours plus tard (et alors même que je n’avais pas mon passeport sur moi, je tenais à souligner ce fait ayant entrainé quelques négociations de plus que normalement nécessaires à cette tâche).

Une semaine avant le jour J, nous recevions par la poste (si si), une invitation cartonnée conviant les Français de New Delhi à une réception à l’ambassade pour la venue du Président de la République. Une invitation à laquelle on ne dit pas non, autant alléchés par l’intérêt politique que par la forte intuition qu’Ambassade rime avec vin rouge et nourriture française. C’est donc habillées, comme le spécifiait l’invitation « en tenue de ville » (indication sujette aux interprétations les plus variées et à de nombreux messages échangés entre Sciences Pistes…) que nous arrivons avec quelques heures d’avance le jour J. Les plus belles pour une Saint-Valentin politique, un comble…

La venue de François Hollande s’articulait autour de trois axes : la défense, l’économie et la culture (dans cet ordre d’importance). En effet, le 14 Février ne coïncidait pas seulement avec la Saint-Valentin mais également avec la tenue du Salon Aero India à Bangalore (Sud de l’Inde), où étaient se déroulaient des tractations et négociations autour des enjeux de défense et d’armement. Enjeux qui ne sont pas moindres, puisque l’Inde est le premier pays importateur d’armes du monde; et la France… dans le top 5 des plus gros vendeurs d’armes ! La délégation accompagnant François Hollande comprenait, outre quelques ministres (au nombre desquel-le-s Aurélie Filippetti pour la culture, Laurent Fabius pour les Affaires étrangères, Geneviève Fioraso pour l’éducation…), une sélection assez impressionnante de businessmen, parmi lesquels… M. Dassault (rafales? mirages? ça vous dit quelque chose?). Selon le discours de M. Hollande, il y a une réelle volonté française de maximiser les relations entre les deux pays en matière de sécurité, et également de nucléaire. Deuxième axe lié au premier, l’économie… Là encore, la France souhaiterait voir augmenter le nombre de partenariats avec l’Inde, même si, selon le discours officiel « la venue de Monsieur Hollande n’est pas économique » (difficile à croire quand on voit les charmants messieurs qui l’accompagnent). Je ne m’étends pas sur ce point. Culture et éducation, un troisième événement marquait ce 14 Février ; un concert électro à la Jantar Mantar, monument historique de Delhi. Ce concert est estampillé du qualificatif culturel parce qu’il était organisé dans le cadre du Festival Bonjour India dont j’ai déjà parlé et reparlé. Si l’on en croit les murmures que j’ai entendu en passant, il semblerait d’ailleurs que la venue de François Hollande ait été en partie financée par des fonds du festival, ce qui n’est pas nécessairement un scandale étant donné que le Président a indirectement promu le festival. Quant à l’éducation, le discours a mentionné le peu d’étudiants indiens venant en France (3000 environ, contre près de 20 000 étudiants chinois). Le noeud du problème est financier, comme nous n’avons pas manqué de le rappeler au vice-président de Sciences Po en visite en Inde quelques jours plus tard, qui a semblé bien gêné lorsque nous lui avons parlé des difficultés des étudiants indiens à obtenir des bourses.

Quelques remarques en vrac, plus ou moins futiles :

– Les mesures de sécurité en Inde sont assez importantes pour n’importe quel lieu (centre commercial, métro, etc), avec scanner de bagages, portiques de sécurité et/ou fouilles au corps. Il est normal que cet événement suive la règle. Ce qui est un peu plus drôle, c’est que les sacs à main étaient fouillés manuellement (ce qui prouve l’efficacité du scanner n’est-ce pas) et les contrôles réalisés par des gardes de sécurité français : on ne va tout de même pas confier la vie de notre Président à des étrangers ! (je précise que, même s’il s’agit de l’ambassade de France, les contrôles sont habituellement faits par des Indiens).

– Rassurez-vous, notre Président est un French lover digne de ce nom, et il avait emmené sa compagne (ainsi désignée par la presse indienne). Mme Trierweiler n’était donc pas seule à la table de l’Elysée pour la Saint-Valentin (version alternative : Valérie a été privée d’une soirée entre copines).

– Je me suis posée la question de l’argent dépensé pour cet événement et du bénéfice que cela pouvait engendrer. Au vu du nombre de personnes présentes, n’ayant manqué ni de nourriture (française donc, livrée par une boulangerie-pâtisserie-traiteur très très chic-chère) ni d’alcool (vins, champagne et bière ont coulé à flot pendant -presque- toute la soirée), le coût n’était pas négligeable. Le bénéfice d’une telle soirée n’est pas si évident. Les invités présents au discours en Français étaient à 98% des Français habitant en Inde (plus ou moins temporairement). Donc ce n’était pas une opération séduction à des Indiens. Ni même aux Français, car nous ne sommes pas en période électorale… Je m’interroge encore, même si cela ne m’a pas empêchée de me jeter goulûment sur les petits fours au saumon…

***

Remerciements à A. pour une longue conversation sur les enjeux de l’armement en Inde.

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Un café à Delhi : une longue (en)quête.

English version of this article available here. 

Cet article n’aurait pu exister sans l’aide que j’ai reçue dans ma quête d’un bon café. Merci. 

J’ai déjà beaucoup parlé dans ce blog du thé à l’indienne avec du lait, des épices et du sucre (le fameux chai). J’en suis désormais une habituée et j’en bois tous les jours. Cependant, ce n’est pas un substitut parfait à mon café matinal parisien (matinal quand ce n’est un café de nuit blanche). A part le taux de caféine des deux boissons, une autre différence entre un café et un chai est le contexte dans lequel il est bu : à Paris, rencontrer  quelqu’un pour boire un café implique de s’asseoir et de consacrer la prochaine heure à boire les 10cL de la magique boisson. Et de payer 2€. A New Delhi, il suffit d’aller au chai-walla au coin de la rue pour boire son chai debout, seul, en une minute. Et de payer 5 Roupies (0.07€).

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La première fois que j’ai entendu parler de café en Inde, c’était à la cafet de mon université, quand des étudiants ont demandé un « cold coffee » (café froid). J’ai donc commencé à enquêté sur la question du café en Inde.

– Premièrement, voici de quoi éviter pas mal de déceptions : quand le mot coffee est écrit sur un menu, il ne s’agit pas d’un expresso, mais de Nescafé soluble avec beaucoup de lait et de sucre. Le cold coffee est préparé de la même manière, mais servi aussi froid que son nom le laisse entendre. Ce n’est d’ailleurs pas mauvais, à condition d’oublier que c’est censé être du café. Si vous voulez quelque chose qui se rapproche un peu de ce qu’il est acceptable d’appeler un café, il va falloir demander un black coffee (café noir). Ce sera un café chaud.

– Deuxièmement, penchons nous sur ce café noir. Car plusieurs types de boissons se cachent sous cette appellation. Le café noir à base de Nescafé soluble sans lait ni sucre est la pire (et la plus répandue malheureusement). Cependant, si vous allez dans un restaurant d’Inde du Sud (ou carrément, en dans le Sud de l’Inde…), vous pouvez commander un « filter coffee » (café filtré). Ce n’est toujours pas l’expresso à l’italienne donc on peut rêver mais c’est à peu près correct.

Picture taken from the Internet

– Troisième et dernière chose à savoir à propos du café: mes deux premiers points étaient à propos du café indien. Mais de nos jours, grâce (ou à cause de) la mondialisation, on peut désormais trouver du « café occidental » dans certains endroits. Il n’y a pas encore beaucoup de Starbucks en Inde (le premier a ouvert à Mumbai-Bombay en 2012 et il n’y en a aucun à Delhi), mais il existe des « Starbucks à l’indienne ». Le plus connu est Café Coffee Day (CCD, à prononcer « si-si-di » pour être dans la tendance et pour éviter de prononcer en entier un nom qui ne veut rien dire), une chaîne indienne. Il y en a tellement partout en Inde ! On peut aussi trouver des Costa Coffee (chaîne anglaise) et The Coffee Bean (chaîne états-unienne), mais ces deux-là sont un peu moins populaires en dehors des grosses villes. Les jeunes Indiens riches forment la clientèle type de ce genre d’endroits, où le café a un peu plus le goût d’un café européen. Expresso, cappuccino, moccha… rien d’exceptionnel pour le prix -plutôt élevé- (entre 80 et 120 Roupies // 1.10 et 1.70€ par tasse), mais il n’y pas beaucoup d’autres endroits où l’on peut aller trainer. En France, je n’aimerais pas tellement ce genre d’endroit, parce qu’il est assez facile de se trouver une terrasse calme et ensoleillée où prendre un café. A Delhi (et en Inde en général), non seulement il est difficile de trouver un café (boisson) digne de ce nom, mais un café (lieu) aussi ! Et, sincèrement, les deux me manquent terriblement*.

* Cela justifie peut-être mes quatre tasses de chai quotidiennes. Ou peut-être pas.

Café in Delhi: a long quest

FRENCH VERSION YET TO COME – VERSION FRANÇAISE À VENIR

This article would not exist without a friend who helped me in my quest for good coffees. Thank you.

I’ve already talked a lot about the indian national way to make tea, with milk, spices and sugar (the famous chai). I have become used to it, and drink some everyday now. However, it is not a perfect substitute to my parisian morning coffees (mornings or sleepless nights). Apart from the level of caffeine in it, another difference between « un café » and « ek chai » is the context: in Paris, when you meet someone over a coffee, you sit and take one hour to drink the 10cL of magic beverage. And you pay 2€. In New Delhi, you just go to a street corner chai walla, and you drink your chai standing alone in 1 minute. And you pay 5 Roupies (0.07€).

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The first time I heard about coffee in India was at the canteen of my university, when students asked for a cold coffee. Then I started to investigate the « coffee issue » in India.
– First, let me prevent all your future disappointments: when you see « coffee » written on a menu card, it is not an expresso, it’s a Nescafe powder soluble in water with a lot of milk and sugar in it. The cold coffee is the same thing, but just as cold as it sounds. It is not bad if you forget that it’s supposed to be coffee. So if you want something closer to what can be called coffee, better ask for « black coffee » (it will be a garam – hot – one).
– Second, let’s talk about this « black coffee ». Several kinds of beverage will be served. The soluble without any sugar or milk is the worst one (and the more common, unfortunately). However, if you are in a South Indian restaurant (or in South India…), you can order a filter coffee. It’s still not the Italian Expresso I dream of but it is pretty much acceptable.

Picture taken from the Internet

Picture taken from the Internet

– Third and last thing to know about coffee: My two first points were about Indian coffee. But, thanks to globalization (or because of it), one can now find « westernized coffee » in specific places. Not many Starbucks in India yet (the first one just opened in Mumbai-Bombay in 2012 and there are none in Delhi), but some « Indian Starbucks« . The most famous one is Café Coffee Day (CCD, to be pronounced « si.si.di » if you want to follow the trends, and if you don’t want to pronounce a name that does not mean anything), an Indian   brand. There are so many of them in India ! You’ll also find a lot of Costa Coffee (UK) or The Coffee Bean (US) even though they are a bit less popular outside of big cities. Indian wealthy youths are the typical clients of these places. Coffee there tastes more like coffee in Europe. Expresso, cappuccino, mocha… it’s nothing outstanding for the -rather high- price (I would say 80 – 120 INR // 1.10 – 1.70€ per cup), but there are not much places apart from these where you can hang out. In France, I would not like these places that much, because it is quite easy to find a quiet and sunny terrace to enjoy a drink. In Delhi (and India), not only are « cafés »-drinks hard to find, but « café »-places also. And God, I truly miss both of them*.

*Maybe it justifies the fact that I drink four cups of chai everyday. Or maybe not.

Trouver ses limites

Globalement, on apprend à supporter pas mal de choses. Parfois parce qu’on ferme les yeux, c’est vrai ; parfois parce qu’on arrive à mieux comprendre ce qui nous entoure. Mais il y a des moments où l’on perd un peu patience, et où l’on atteint ses limites (ce qui prête plus ou moins à conséquence).
Parce que ouais, dès fois, même si t’es en Inde, tu trouves que ça fait beaucoup :

– de te faire harceler par deux vendeurs de ballons de foot, deux vendeurs de torchons, un vendeur de journaux, un vendeur de fleurs et deux mendiants en un seul feu rouge ;

– de rouler plus de 30km à 4 dans un rickshaw ;

– de boire ta 8ème tasse de chai de la journée ;

– de passer 48 heures dans un train ;

– de devoir refuser le 15ème « mec relou » qui t’ajoute en ami sur Facebook ;

– d’attendre ton prof pendant plus d’une heure. 3 jours sur 4 ;

– de croiser 50 hommes dans la rue pour 2 femmes une fois que le soleil est couché ;

– d’avoir pris plus de 5000 photos depuis ton arrivée ;

– de te faire réveiller 4 fois pendant ta sieste par des pubs Vodafone.

Ce pays me surprendra jusqu’à la dernière seconde. Qui sera sûrement une seconde chaude et sèche, coincée quelque part entre le 4 et le 10 juin 2013.

Inshallah.

Delhices culturels

Delhi, la ville énorme, difforme, aux quartiers tentaculaires. Delhi, la cruelle, l’injuste, à la pauvreté aussi abominable que la richesse est clinquante. Delhi, la mégalopole polluée, au jardin de véhicules bariolés. Delhi, la ville très chaude et très sèche, très humide, et très froide. Delhi, la machiste sombre, dangereuse et violente (voire même violante) avec les créatures dotées d’une paire de seins.

Tous ces clichés, dont les médias et autres récits d’aventures se font d’efficaces relais, sont vrais. Pour autant, ils ne suffisent pas à dépeindre la capitale indienne avec rigueur et justesse. Loin de moi l’idée de tenter cet exercice. J’aimerais simplement avec l’article d’aujourd’hui apporter ma pierre à l’énumération sans fin de ce qui fait cette ville. Ce n’est pas la première fois que j’évoque la chose, mais Delhi est aussi une ville bouillonnante de culture.

Spectacle de danse d'Inde du Sud au vieux fort (Purana Qila)

Spectacle de danse d’Inde du Sud au vieux fort (Purana Qila)

Pas tant dans les musées que dans des événements temporaires que l’on choisit ou non de saisir au vol. Ainsi, des festivals de cinéma, danse, et théâtre se disputent notre attention avec des « fare » (foires ou salons) dédiés tantôt aux livres, tantôt à l’art contemporain. Et je ne parle pas des concerts, qui vont du groupe de reggae underground à la flûte traditionnelle indienne. De quoi ne plus où savoir donner de la tête. Mais comme votre auteure ne voudrait pas que vous vous éparpilliez, je vous livre ici quelques sites internet qui permettent de s’y retrouver et d’occuper utilement ses soirées, voire ses journées entières pour les plus oisifs d’entre nous, le tout très souvent gratuitement.

Little Black Book (également sur Twitter et Facebook) recense des restaurants, des idées de promenades un peu « hors des sentiers battus » et autres activités dignes d’intérêt.

En ce qui concerne purement les événements, TimeoutDelhi (il existe aussi pour Bombay, Bangalore et quelques autres grandes villes) vous permettra de réaliser à quel point vous passez, chaque soir, à côté d’un nombre incroyable de sorties fantastiques. La vie est triste et le temps file.

logoL’Alliance Française est évidemment un must pour tout Français en manque du pays. Si la cantine est digne d’intérêt et propose des prix raisonnables (ne vous attendez pas non plus au boeuf bourguignon hein), c’est aussi un lieu où l’on peut rencontrer des Indiens qui s’intéressent à notre langue. Ou tout simplement vivre les événements qui y sont organisés. En ce moment, le festival Bonjour India met les relations indo-françaises ou franco-indiennes à l’honneur !

L’Indian Habitat Centre, au centre de Delhi, propose toute l’année des événements sympathiques, de la conférence sur la place des femmes à la pièce de théâtre en hindi. Et des films. En revanche, le site n’est pas très sexy…

Vous trouvez aussi de nombreux groupes Facebook, tels que Expat Info Delhi, qui permettent de partager des bons plans de sorties (dans des clubs/bars/boîtes), de logement, et d’événements culturels entre expats (et Indiens en fait).

Et puisqu’on parle de culture, j’en profite pour mentionner l’ajout de quelques livres à la page Culture et Confiture, ce qui intéressera peut-être plus les Français qui ne résident pas à Delhi. Je travaille aussi à la traduction en Anglais de cette page, qui devrait arriver… un jour. Et les plus fans d’entre vous remarqueront que j’ai un peu rafraîchit les Catégories, pour que vous puissiez plus facilement vous retrouver. Tant qu’on parle de ce blog, on a passé la barre des 10 000 visites, bravo et merci.