Des différences culturelles dans le sous-continent indien

Aujourd’hui, j’ai reçu un email dans lequel une petite critique m’était néanmoins adressée : celle de ne pas assez prendre en compte les différences culturelles entre les Indiens. Et je suis assez d’accord. Etant pour l’instant beaucoup restée au Nord de l’Inde, je n’ai pas encore été touchée par toute la diversité du sous-continent indien. Je sais que les Indiens du Sud ont la peau plus foncée, alors que ceux du nord ont la peau claire (et certains Kashmiri de ma classe ont carrément la peau plus blanche que moi !). Je sais que les Indiens de l’Est (Assam), ont des yeux plus petits et plus bridés (j’ai peut-être des origines assamaises quelque part, j’ai toujours trouvé que mes yeux étaient un peu bridés…). Je connais quelques blagues/clichés que l’on balance sur certains groupes d’Indiens : les Penjabis, c’est ceux  qui mettent leur musique à fond dans leur voiture, quand t’écoutes quelqu’un de l’Haryana parler, t’as l’impression qu’il te gueule dessus, un Kashmiri ne laissera jamais une fille payer au restaurant, les Bengalis aiment le poisson (ça, je ne sais pas si c’est un cliché persistant, mais il n’empêche que lorsque je dis où j’habite, les Indiens ont deux réactions : « Ahh yeah, you must see a lot of Bengali there, it is a Bengali area » ou « Have you ever tried to go to the Fish market? ». De toutes façons, vu l’odeur de poisson qui flotte dans l’air, ça ne fait aucun doute pour moi), les Sud Indiens cuisinent aussi beaucoup de fruits de mers et de poissons.

D’ailleurs, en terme de cuisine, je sens déjà dans mes voyages que les mélanges d’épices peuvent varier, ne serait-ce que dans les chai (oui, dans le thé!). Je ne suis cependant pas encore assez forte pour vous faire une version indienne de « Bienvenue chez les Ch’tis » (je ne suis pas non plus sûre d’avoir envie), ni pour confier à voix basse à un ami en parlant d’un étudiant qu’on vient de croiser « dis, tu trouves pas qu’il a un type de cheveux très UP (Uttar Pradesh)? ». Heureusement, pour pallier à mon manque de culture, il y a Youtube.

Après les clichés très européens sur la mère juive, voici la version indienne avec la mère Punjabi.

Voilà, moi, j’ai trouvé ça drôle. Et maintenant que je n’ai plus mes amis français avec moi pour pouvoir, dans mes moments de détresse intellectuelle, les traiter de « sale boche* « , « sale rital*  » et « sale juif*  » ou même « sale anarchiste*  » (oui, pour l’ami en question, on a décidé que c’est carrément une race à part), il faut bien que je compense ici non ?

* Je précise que les Allemands, les Italiens, les Juifs et les Anarchistes ne m’ont rien fait de mal. D’ailleurs, si vous êtes Allemano-italien juif et anarchiste, vous avez le droit de vous plaindre. Les commentaires sont faits pour ça. 

PS : il se passe quelque chose d’étrange avec les apostrophes aujourd’hui je crois, je vous prie de m’excuser pour la gêne à la lecture.

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Être blanche en Inde : « mi-déesse, mi bout de viande »

Révisions, avec un « home-made » chai évidemment…

Cette semaine, je n’ai pas beaucoup de temps pour m’émerveiller des broutilles du quotidien. En effet, je travaille : je passe mes « mid-term exams » jeudi, vendredi, lundi et mardi prochains. Ce qui implique de lire une centaine de pages (en anglais) qui reprend et approfondit chacun de mes quatre cours. Sachant que j’étais en voyage le week-end dernier, je ne suis pas très avancée. Cela dit, je voulais mettre de côté cette étrange effervescence studieuse pour vous faire partager un fait du quotidien qui ne me quitte jamais : être blanche.

Pourtant, j’ai une peau mate, plus foncée que certaines indiennes. Mais les cheveux châtains aussi c’est exotique. Depuis que la baisse de température me permet de les lâcher de temps en temps sans avoir des flaques de sueur dans la nuque, je fais un vrai carton. Ce qui est bien en Inde quand on est blanche, c’est qu’on peut sortir de chez soi toute transpirante et en bas de pyjama, les Indiens se retourneront quand même sur notre passage en nous dévisageant d’un air éberlué. Ce qui est moins bien, c’est la nature de ce regard. Disséquons un peu ces grands yeux qui brillent dans le noir (littéralement) :

De la curiosité par paquets, qui les pousse à nous sourire, à nous demander où nous vivons et d’où nous venons. Parfois ce sont des enfants, ou bien des grands-mères en saris majestueux qui nous regardent, nous touchent, et nous parlent dans leur langue sans que l’on n’y comprenne grand chose. Rien de bien méchant, même si la patience nous manque parfois pour répondre à ces multiples sollicitations.

Ça, c’est A., rencontré par hasard à Rishikesh, qui dessine le Dieu Krishna et nous parle fièrement de sa vie. Facette « déesse ».

De la gentillesse, puisqu’en général, les Indiens s’empressent de nous aider, même si ça doit durer des heures, de nous guider, et de jouer au chevalier servant : R. insiste pour que je le laisse faire la queue à la cantine pour moi, les Sikhs d’Amritsar se sont tassés dans leur bus surchargé pour nous faire une place assise, en insistant lourdement, quitte à ce que des personnes âgées doivent rester debout.

C’est dans cas-là, même s’ils sont souvent un peu gênants, qu’on a l’impression d’être, au pire, des petites princesses, au mieux, des déesses. Quoiqu’il en soit, pas évident de passer inaperçu et de se faufiler discrètement quelque part.

Malheureusement parfois, ce n’est pas seulement de la curiosité, mais quelque chose de plus pervers qui pousse les Indiens (mâles) à nous observer longuement. J’ai sûrement déjà dû le mentionner, mais je ne compte plus le nombre d’Indiens qui nous prennent en photo avec leur appareil photo ou pire avec leur téléphone portable, parfois de loin, assez discrètement, parfois en nous demandant (ce qui reçoit des réponses variant selon notre humeur et le nombre de fois à laquelle il nous a fallu poser dans l’heure), ou parfois simplement en s’approchant ouvertement de nous et en se comportant comme si on était un morceau de mur. Nous protestons évidemment, mais ça ne fonctionne pas toujours. En France, je ne me gênerais pour aller mettre une baffe à un inconnu, mais ici, en pays étranger, c’est moins évident. Une  des réactions les plus efficaces que nous avons trouvé pour le moment est de riposter par la même arme et de les prendre en photo. Ce qui les décourage souvent, mais pas toujours. Et au moins, ça nous donne des preuves…

Un regard pas vraiment sympathique et innocent.

Une fois passé le stade du regard, l’Indien s’enhardit et adresse la parole à la Blanche. Ce qui donne des tentatives d’approches assez désespérantes. Certaines de mes amies n’osent plus donner leur numéro de téléphone à des Indiens parce qu’elles reçoivent des dizaines de sms et d’appels par jour. Quant à moi, c’est sur Facebook que les Indiens (dont certains de ma classe) ont décidé de passer à l’attaque. Ce qui donne 50 notifications en une dizaine de minutes après que j’ai publié un album de photos sur Agra : un Indien avait décidé d’aimer toutes les photos. Sinon, j’ai eu mon « hi » quotidien grâce à un autre indien, qui n’ose pas venir me parler en classe. Notez qu’il ne s’est pas découragé alors qu’il n’a jamais eu une réponse en retour…

Mon « Hi » quotidien, ou presque.

Deux problèmes avec ça. Le premier est que, dans l’imaginaire collectif, insister finit par marcher, comme le montrent les films Bollywood, où l’actrice tombe toujours dans les bras de son harceleur. Il faudrait sûrement trouver un moyen de leur faire entendre le bon vieil adage « Fuis-le, il te suit, Suis-le, il te fuit. ». Je ne les suivrais peut-être pas pour autant mais au moins j’aurais la paix. Le deuxième problème est plus sérieux. Cet article est assez léger, parce que je n’ai pas été confrontée à grand chose de grave pour le moment. Cependant, la facette Blanche = bout de viande, ou plus précisément, objet de fantasme sexuel pour les Indiens, s’explique par le phénomène du porno en Inde. Qui n’existe pas vraiment (de ce que je sais) ; la majorité des films pornos est donc importée d’Europe ou des Etats-Unis. Ainsi, il arrive que les seules images de Blanches que des Indiens ont vu dans leur vie soient celles de films pornographiques ! Et ce particulièrement dans les plus petites villes ou parmi les couches de la population les plus pauvres (je ne parle pas là des gens de ma classe, que l’on soit clair). Ce qui donne parfois lieu à des anecdotes tristes, comme celle que raconte Louise, une amie française à Delhi, et qui m’a (entre autres) poussée à écrire cet article.

Entre le bout de viande et la déesse, la Blanche en Inde fait tout simplement figure d’extra-terrestre. Pour changer ça, une solution : plus de blanches ! Rejoignez-nous, malgré tout, on est bien.

(oui, je craque complètement.)

PS : l’expression « mi-déesse, mi bout de viande » que je trouvais très appropriée, est sortie avec justesse de la bouche de N.T., qui, n’ayant pas de blog pour la faire partager, me pardonnera sans doute de lui emprunter.

Les leçons à tirer de la religion sikh

Carte du Punjab (parfois orthographié Penjab, Pendjab, ou Panjab)

Petit rappel pour mes lecteurs les moins assidus : je suis partie le 14 août dernier à la visite de Chandigarh et Amritsar où, en plus de me régaler de la bonne bouffe Punjabi, j’ai mis mon voyage de quelques jours à profit pour en apprendre un peu plus sur la religion sikh. C’est en effet la religion majoritaire dans cet Etat indien de presque 25 millions d’habitants.

 

La religion sikh pour les nuls ou l’art de reconnaitre un Sikh dans la rue

La religion sikh a été fondée autour du 15ème siècle au Punjab (tiens donc!) par le Guru Nanak. Bien qu’ayant certains points communs avec l’Hindouisme, comme la croyance en la réincarnation, le Sikhisme rejette radicalement le modèle de société hiérarchisée par des castes proposé par celle-ci. Les Sikhs promeuvent en effet l’égalité entre tous les êtres. De beaux idéaux qui sont mis en pratique, comme vous le montrera la suite de cet article. Mais avant, penchons-nous sur les cinq caractéristiques, édictées par le dixième Guru, Govind Singh, au 17ème siècle, qui permettent de reconnaître un Sikh dans la rue :

Les Sikhs ne sont pas supposés se couper les cheveux et les poils (y compris la barbe) de toute leur vie, car ce sont des symboles de leur sainteté. Ainsi, ils portent des turbans pour ranger un peu cette encombrante chevelure (même si, de nos jours, la majorité d’entre eux fait régulièrement un tour chez le coiffeur).
– Mais ils portent quand même un peigne dans leur chevelure pour signifier un certain ordre
Ils ont toujours sur eux un poignard ou un sabre, car ce sont des soldats qui se doivent d’être forts et dignes. Pour l’anecdote, cette obligation religieuse se révèle être un casse-tête pour la sécurité, notamment dans les aéroports où il n’est pas du plus bel effet d’embarquer une arme blanche en cabine.
Un bracelet en argent ou acier sera du plus bel effet pour représenter le courage
– Et enfin, mais c’est moins évident à constater au premier abord, il existe un impératif sur les sous-vêtements, à savoir que les Sikhs doivent porter un caleçon court.

Ainsi, au Punjab, la moitié des hommes portent un turban, et il y en a de toutes les couleurs ! Anecdote marrante tant qu’on y est : la plupart des Sikhs portent le même nom de famille « Singh » qui signifie lion. Plutôt cool mais pas très pratique pour l’administration…

Turbans dans les rues d’Amritsar

Des révoltes, des meurtres et des retournements de situation

L’histoire de la religion sikh a été particulièrement marquée par un événement sanglant qui eut lieu dans les années 1980. Evidemment, comme pour toutes les religions, des persécutions eurent lieu à son encontre bien avant, mais cet épisode est digne d’un roman. A partir de 1982, la lutte des Sikhs pour un Etat du Punjab indépendant, renommé le Khalistan, atteint une ampleur inégalée. Quand on sait que le Punjab est l’une des régions les plus riches/fertiles de l’Inde, on conçoit un peu le problème que ça a pu poser aux autorités de l’époque, notamment la première ministre de l’époque, Indira Gandhi, qui n’était pas du genre à se laisser contrarier. Du coup, en 1984, elle a envoyé l’armée indienne massacrer quelques centaines de Sikhs (voire quelques milliers) qui s’étaient réfugiés au coeur du lieu le plus sacré de leur religion : le Temple d’or (Golden Temple – en Penjabi : Harmandir Sahib), qui se trouve à Amritsar.

Sikhs se baignant dans le bassin sacré (Amrit Sarovar) du Temple, qui donne son nom à la ville d’Amritsar.

Temple d’or dans le soleil couchant

Il y a juste un truc qu’Indira Gandhi n’aurait peut-être pas du négliger : ses deux gardes du corps étaient Sikhs. Dans l’absolu, c’est plutôt une bonne idée d’avoir des gardes du corps Sikhs vu qu’ils ont toujours un poignard sur eux. Mais dans ces circonstances, ça ne lui a pas été franchement favorable, étant donné qu’elle a été assassinée par eux quelques mois après l’attaque contre le Temple d’or. Je passe sur les tensions entre Sikhs et Hindous qui ont suivi, mais on peut compter quelques milliers de morts en plus…

Comment mon voyage m’a permis de comprendre concrètement quelques principes du sikhisme

Après ces longues digressions historiques, il est temps de revenir à mes aventures palpitantes à Amritsar. Car après la théorie vient la pratique. En feuilletant les guides du Routard et du Lonely Planet, nous avons vu qu’il était possible de dormir dans les dortoirs du temple ainsi que de manger gratuitement dans la cantine. Après deux nuits d’hôtel à proximité, nous avons voulu tester.

Le repas, servi par terre : riz au cumin, dal (soupe de lentilles), chapatis (pain). Et légumes (pas sur la photo). Des petites variantes chaque jour.

Ce qui est remarquable, c’est que des gens de toutes les classes sociales, de toutes les religions et de toutes les origines partagent le même repas assis par terre dans une immense salle. Assez rare en Inde pour être souligné. Contrairement à beaucoup d’autres religions, où de la nourriture est gratuitement distribuée aux plus pauvres (Secours Catholique), il s’agit ici de nourrir gratuitement des milliers et des milliers de personnes quelles qu’elles soient, pour faire valoir le principe d’égalité dont je vous parlais au début de l’article. De même, leur nourriture sacrée, la parchad, est distribuée à tous. Du coup j’en ai mangé : c’est bon et sucré (léger goût de noisettes et de miel, fort appréciable). Je comparerais bien avec l’hostie mais je n’ai jamais pu en goûter…

Du coup, les bénévoles mettent le turbo en cuisine. Un ballet impressionnant.

Quant aux endroits pour dormir gratuitement, c’est là encore assez impressionnant : une immense cour dans laquelle dorment, à même le sol, les Indiens et des salles de bain communes (non mixtes bien sûr). Pour les « voyageurs » (les touristes), ce sont quelques pièces dans lesquelles ont été installés des lits en bois (pas très confortables mais on s’y fait), des placards pour déposer les sacs. Des gentils Sikhs surveillent les entrées et sorties et répartissent au mieux les touristes (on a quand même dormi à 5 dans 3 lits mais ça aurait pu être pire).

L’entrée du couloir menant au dortoir.

Cela implique de vivre pieds nus et voilé, mais franchement, ça en vaut la peine.

Quand on part dans deux jours

Pour ceux qui connaissent le Palmashow et leurs Very Bad Blagues (pour mémoire, ils ressemblent à ça),
Imagevous savez qu’ils ont une vidéo pour à peu près chaque situation de la vie : de Quand on travaille à la poste à Quand on croise l’ex de sa copine, en passant par Quand on passe l’oral d’histoire, ces gars là ont réponse à tout. Il manque cependant une vidéo qui m’aurait bien aidé : QUAND ON PART EN INDE DANS DEUX JOURS, POUR UN AN. Bon, là, comme vous pouvez vous en douter, je n’ai ni le temps ni le talent de faire une vidéo humoristique pour vous exprimer mon désarroi mais c’est pas grave, on va faire une liste ! (youpi tralala, dites le que ça vous avait manqué).

  1. Acheter encore quelques médicaments
  2. Appeler ses compatriotes d’avion pour stresser ensemble
  3. Faire des photocopies de ses papiers d’identité (ce n’est pas mon genre de les perdre mais; sait-on jamais)
  4. Envoyer un mail groupé aux membres de sa famille pour leur dire que oui, on va penser à eux et qu’on leur enverra une carte postale
  5. Manger du boeuf (rappel: la vache étant sacrée pour les Hindous, majorité religieuse de l’Inde, trouver une côte de boeuf risque de s’avérer compliqué)

    Image

  6. Appeler les amis que l’on avait prrrrrroooooomis de voir avant son départ mais en fait non
  7. Faire une machine pour emmener des vêtements propres et pliés (qui ne le resteront pas longtemps)
  8. Se dire qu’il serait bien d’acheter des guides touristiques (oui je sais, ça serait le moment)
  9. Peser ses valises
  10. Se peser soi-même (il paraît que manger très épicé fait maigrir)
  11. Recharger son appareil photo
  12. Essayer de ne pas trop stresser

Et c’est finalement le dernier le plus difficile.

Parce que là, je me sens un peu comme ça :

Image

(juste avec des cheveux un peu plus longs et un peu plus bruns) (et avec des plus belles fringues aussi faut pas déconner) (oui, je sais, je ferai moins la maligne dans l’avion).

Je n’ai pas de chute pour cet article mais il faut pourtant que je le termine parce que les 12 points de la liste ci-dessus (plus tous ceux que je vous épargne) m’attendent de pied ferme). Je me contenterai donc de mentionner qu’en cherchant sur l’Internet une image pour illustrer le mot « stress », je suis tombée sur un blog sur lequel j’ai lu une phrase au pif « le stress favorise le cancer du sein« . J’avais bien besoin de ça…