Petit traité sur la tolérance (religieuse) et ses limites

« Je vous dis qu’il faut regarder tous les hommes comme nos frères. Quoi! mon frère le Turc ? mon frère le Chinois ? le Juif ? le Siamois ? Oui, sans doute; ne sommes-nous pas tous enfants du même père, et créatures du même Dieu ?« 

Traité sur la tolérance, Voltaire (1763)

Il est temps de s’attaquer à ce sujet coriace qui me trotte dans la tête depuis un certain temps déjà : la tolérance religieuse en Inde. J’étais déjà au courant de la diversité religieuse (pour des explications plus précises à ce sujet, vous pouvez consulter d’anciens articles de mon blog : sur la religion sikh ou sur l’hindouisme, ou encore de manière générale avec le tag religion), mais loin d’imaginer la manière dont les religions cohabitent.

En effet, même s’il existe des quartiers réservés à telle ou telle communauté, dans de nombreux endroits (par exemple, le quartier de Lajpat Nagar à Delhi), tous sont voisins sans que ça ne pose de problèmes. Et dans ces cas-là, on assiste à de drôles de phénomènes. Des Hindous qui mangent leur viande halal (sans en faire tout un drame, oui c’est à toi que je parle Marine Le Pen) parce que le boucher du coin est musulman, des  Chrétiens qui célèbrent Diwali, la plus grosse fête hindoue en faisant des offrandes à Lakshmi, déesse symbole de prospérité et de richesse dans l’hindouisme, des Musulmans qui gèrent des synagogues dans une ville où la population juive est en chute libre (Calcutta). Des Musulmans qui gèrent des synagogues.

Plusieurs histoires m’ont conduite à écrire cet article :

– L’histoire de S., 11 ans, cette petite fille du Kerala, hindoue, qui nous raconte que, les jours de prière de son école chrétienne, elle prie le Dieu des Chrétiens, et puis quand elle va au temple hindou avec sa famille, elle prie les dieux hindous.
– Le regard à peine interrogateur d’une fille de ma classe, en voyant un de nos amis musulman et moi arriver un matin avec un bracelet de prière hindou le lendemain d’une grosse fête religieuse hindoue.
– Une discussion sur le sens du voile avec une musulmane qui ne le portait pas.
– La cérémonie religieuse à laquelle j’étais invitée, ayant lieu deux semaines avant le mariage, n’était pas une prière hindoue comme on aurait pu s’y attendre de deux familles hindoues mariant leurs enfants, mais sikh, en penjabi, pour rendre hommage aux racines d’un des grand-pères. Un peu comme si une famille protestante de l’Est de l’Allemagne baptisait ses enfants dans une Eglise catholique du Sud de la France (en latin).
– Les hindous, dans un train, qui nous demandent quel est notre Dieu préféré.

De toutes ces histoires et de bien d’autres, je tire quelques enseignements, à ramener dans mes valises en France. En Inde, chaque famille, chaque groupe a sa propre manière de pratiquer sa religion. Un musulman et un hindou du même village auront peut-être des pratiques religieuses/culturelles plus proches que deux hindous vivant chacun à un bout de l’Inde. A un même degré de ferveur religieuse (tant soit est que ce soit mesurable), certains hindous sont végétariens, d’autres mangent du boeuf. Chacun peut avoir son Dieu favori, pour lequel il jeûnera quelques jours en signe de dévotion (ou non). Des amies musulmanes ne portent pas le voile, alors même qu’elles sont très croyantes, certains vont à la mosquée tous les vendredis, d’autres non mais suivent fermement d’autres principes (pas d’alcool et de porc). Chaque personne ou groupe accorde à ses actions une valeur religieuse, et trouve normal que son voisin fasse correspondre d’autres manières de faire à son idée de la religion. Par ailleurs, d’une manière générale, les Indiens que j’ai rencontrés ont souvent manifesté de la curiosité à l’égard de ma religion ou de mon rapport à Dieu (les pauvres ont souvent été bien déçus). Il n’a effleuré l’idée de personne que cela pouvait être indiscret, ou relever du domaine privé. Ce n’est pas la laïcité, le confinement de la religion au foyer, mais bien au contraire ; tout chez une personne dit haut et fort sa religion, de son prénom à la manière de nouer son turban, en passant par la couleur de ses cheveux (les musulmans, passé un certain âge, se teignent parfois les cheveux ou la barbe pour les hommes en rouge ou orange vif).

Il y a deux limites à ce monde de bisounours où deux personnes de différentes religions se baladent main dans la main :

Quand elles s’aiment un peu trop, ça tourne vite au vinaigre. Les mariages mixtes (inter-religieux) sont encore rares (je parle juste de ce que j’ai vu, je n’ai pas trouvé de statistiques) et mal acceptés par les familles/la société.

Quand un événement provoque des tensions entre plusieurs communautés religieuses, les conséquences ont une tendance à s’avérer réellement dévastatrices. Pour ne mentionner que les émeutes du Gujarat. A ce moment là, voisins se retournent contre voisins et les années de coexistence sont oubliées. Il est alors légitime de s’indigner, comme Voltaire avant nous : « Et c’est de nos jours! et c’est dans un temps où la philosophie a fait tant de progrès! et c’est lorsque cent académies écrivent pour inspirer la douceur des moeurs! Il semble que le fanatisme, indigné depuis peu des succès de la raison, se débatte sous elle avec plus de rage.« 

Je souhaite à l’Inde de savoir faire triompher la tolérance.

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Du boeuf et des bonnes adresses

J’ai hésité à faire un article sur la manière héroïque dont j’ai survécu au vendredi suivant la sortie du film Innocence of Muslims mais je me suis dit que le buzz médiatique n’avait pas besoin de ma contribution. Pour faire bref, rien à signaler à Delhi et j’ai malheureusement pu aller passer mes examens à la Jamia Millia Islamia en toute sécurité. Ce film ne m’ayant même pas permis d’éviter de disserter sur le marxisme, je lui trouve encore moins d’intérêt qu’au premier visionnage (et ce n’est pas peu dire).

Du coup, en attendant le merveilleux article plein de superbes photos sur la vallée du Gange (il paraît qu’il faut se mettre en avant pour réussir), je vais vous parler de tout autre chose : la nourriture occidentale. Voilà un article qui ne va sûrement pas faire rêver grand monde, à part quelques Sciences Pistes exilés pour leur 3A dans des pays culinairement étranges mais il faut que je l’écrive. La bouffe, c’est tout de même 70% de nos sujets de conversations. Car, malgré les multiples épices saveurs de la nourriture indienne, nous avons très vite ressenti un manque des délices du pays. D’ailleurs, je crois que cela se ressent dans ce blog : il y a pas à dire, la France c’est le meilleur pays pour les papilles, même si je pense que je vais importer le super-stock de curry – poudre de piment – cardamome – cumin pour cuisiner l’année prochaine. Tout ça pour dire que certains moments prennent une importance particulière :

Eclair et Opéra

– Lorsqu’au bout d’une semaine au pays des vaches, on prend un prétexte plus ou moins bidon « oui c’est l’anniversaire de N., faut fêter ça » pour s’offrir un éclair au chocolat dans la meilleure pâtisserie de Delhi. Prix français. (1)

 

 

10 tablettes !

– Lorsqu’une amie allemande en visite me ramène du chocolat. 10 tablettes (et des Haribos, mais c’est un peu moins important). Je me rationne pour que ça me tienne deux ou trois mois mais c’est juste génial (parce qu’en Inde, la tablette de Lindt que je paye 1€50 en France coûte… 5€!).

– Lorsqu’une amie française reçoit du parmesan (du PARMESAN !) par colis et qu’elle nous en coupe quelques morceaux pour l’apéro, ça change du paneer, aliment indien à base de lait que j’ose à peine appeler fromage.

– Lorsqu’on décide de fêter le temps qui passe en se faisant un très bon restau les 20 de chaque mois (ou à peu près). Du coup, après l’agneau cuit sur pierre de lave dégusté à Chandigarh (2) pour célébrer notre premier mois d’Inde par de la nourriture indienne, il était temps de se faire un bon gros steak, avec plein de boeuf dedans. Ça fait deux mois maintenant quoi ! (bon en fait je triche, j’avais déjà craqué il y a quelques semaines sur un tartare de boeuf (3) – oui, un vrai tartare de boeuf, mais on n’en a jamais trop si?) Résultat ? Un restaurant américain (4), avec du bon rock de crooner américain qui nous ramène au collège et du bon steak américain avec une portion de frites malheureusement pas assez américaine. Et un bon gros brownie américain bien gras/gros pour achever le tout. Environ 12€ au total, une vraie fortune pour ici, mais un plaisir à renouveler de temps en temps tellement ça fait du bien.

A peu près aussi bon que ma photo est moche. Avec des frites mouimouimoui!

Du coup je crois qu’il est temps de vous livrer les adresses de ces lieux magiques, afin que vous sachiez où m’inviter manger si vous venez me voir en Inde / où aller si vous devenez fou à New Delhi.

(1) L’Opéra (Khan Market), parfait pour ses pâtisseries françaises.

(2) Khyber, Sector 35B à Chandigarh, pour l’excellente nourriture indienne moins grasse qu’à l’ordinaire.

(3) Le Petit Bar, (57-59A, Moolchand Flyover Park, Ring Road, Defence Colony), où vous pouvez déguster d’honorables tartares de boeufs ou bien, si vous le préférez cuit, le tournedos pourra vous contenter. Très bon choix d’accompagnements. J’ai hâte d’y retourner pour goûter la salade de chèvre chaud.

(4) Route 04 (Khan Market), restaurant américain où vous trouverez un bon choix de viandes, de burgers et de desserts. Egalement de la nourriture mexicaine (choix de fajitas) que je n’ai pas eu l’occasion de goûter mais qui avait l’air assez alléchante.

Chalo (« allez » en hindi), je vais dormir le ventre bien rempli, avec ma dose mensuelle de protéines…

Merci Lord Krishna !

Non, Lord Krishna n’est pas un Maharaja qui nous aurait accueilli dans son château. Ce n’est pas non plus le nom d’un boeuf bien gras qu’on aurait enfin réussi à se faire au Barbecue. Lord Krishna, c’est tout bonnement un des principaux dieux de l’hindouisme, qui fêtait son anniversaire le 10 août dernier.

Krishna, c’est celui à droite avec la peau un peu bleue. Là, il est en train de sauver l’humanité en poussant le guerrier Arjuna – à gauche – à souffler dans une conque pour lancer une super-attaque contre le mal.

Là où les Indiens sont très forts par rapport à nous, c’est qu’au lieu de fêter la naissance d’un seul prophète (à une date approximative en plus, vu qu’il paraît que Jésus n’est peut-être même pas né le 25 décembre), ils célèbrent une multitude de Dieux et héros de l’hindouisme (Krishna le 10 août bien sûr,  mais aussi Ganesh, le Dieu-éléphant en septembre, la déesse Durga pendant une semaine en octobre, le roi Rama et sa femme Sita en octobre-novembre, Shiva en février, Gauri en mars, Parvati en juillet-août etc), ainsi que les principales fêtes chrétiennes (Noël et Pâques), musulmanes (Id-ul-Zuha et Id-ul-Fitr, début et fin du Ramadan et Muharram, le nouvel an musulman), parsis, jains, bouddhistes et autres célébrations plus improbables, comme la fête des couleurs (Holi, en février ou mars) ou de l’amitié (Raksha Badhan, qui a eu lieu le 2 août dernier). Bref, un bon gros tas de jours fériés en perspective, dont le 10 août qui fut mis à contribution pour un premier voyage hors de Delhi, direction Jaipur, avec 3 autres Sciences Pistes. Merci Lord Krishna pour ce week-end de trois jours !

Des couleurs, du gras et du sucre

Jaipur, la ville rose, nous a donc ouvert ses bras après 6h de bus et quelques soucis d’hôtel, finalement résolus pour la somme de 3,66€ la nuit. De déambulations dans les palais de Maharajas (les Princes indiens) aux négociations avec des vendeurs de vêtements, nous avons remarqué que les femmes portaient toutes des saris multicolores, ce qui n’est pas toujours le cas à Delhi, où elles ont de plus en plus tendance à privilégier le style occidental pour la vie de tous les jours. Et puis on a réalisé au détour d’un temple que ce n’était peut-être pas simplement parce que les femmes de Jaipur ont la classe mais surtout parce c’était Krishna Janmasthami et qu’il fallait se faire beau/belle pour rendre honneur à ce Dieu. C’est qui celui-là et à quoi il sert ? Selon le Mahabharata, un des principaux textes de l’Hindouisme, c’est une des 22 incarnations du Dieu Vishnu, lui-même une des manifestations de Brahman, la source de la Vérité universelle. C’est compliqué et je vous renvoie sur le blog d’une autre française en voyage qui explique très bien ce qu’il en est. Sinon, il a été envoyé sur terre pour combattre le mal donc on peut dire que c’est plutôt un mec sympa. Pour le reconnaître sur les nombreuses peintures et statues en son honneur, quelques indices : il a souvent la peau bleue ou noire et joue de la flûte ou bien une conque (cf la première image de l’article). Pour des explications plus avancées, je passe mon tour pour aujourd’hui, et je me contente de vous balancer lâchement quelques photos du temple.

Les femmes qui distribuent de l’eau sacrée à boire aux fidèles. Sacrée ou pas sacrée, on a préféré éviter pour le bien de nos estomacs d’occidentales.

Statues sensés représenter Krishna, enfin j’imagine.

Après toutes ces révélations et une séance de cinéma qui n’avait pas grand chose de spirituel, nous sommes allées boire un thé dans un petit bouiboui au bord de la route principale, à quelques minutes de notre hôtel. Après avoir baragouiné assez d’hindi pour bluffer le propriétaire mais pas assez pour qu’il comprenne correctement la commande, il nous a offert des espèces de pâtisseries au gras et au sucre en l’honneur de Krishna. Et il est resté à jeter des coups d’oeil insistants à notre tablée pour surveiller qu’on les finisse. Merci Lord Krishna !

Des saris et des éléphants

Le samedi 11 août, après une excursion dans la presque-campagne rajasthane, à Amber Fort, nous sommes revenues sur Jaipur vers 16 ou 17 heures. Et là, quelle ne fut pas notre surprise de voir toutes les femmes en sari converger vers la même rue et finalement s’engager dans une procession énorme en l’honneur… de Lord Krishna bien sur !

Le tout accompagné d’une musique bien kitsch (mais je commence à m’y faire), d’hommes qui font des percussions pas du tout en rythme mais surtout, et c’est vraiment le plus important de tout mon article, d’éléphants ! A moins de deux mètres de nous, les imposantes bestioles toutes décorées nous donnaient l’impression d’être plongées dans un documentaire sur l’Inde (mais en vrai c’est encore mieux). Derrière, les chameaux, puis les chevaux et, enfin, des groupes d’hommes parés de lumières ou d’instruments de musique (mais c’est tout de suite beaucoup moins impressionnant).

Celui-là c’était mon préféré.

Merci Lord Krishna !

Quand on part dans deux jours

Pour ceux qui connaissent le Palmashow et leurs Very Bad Blagues (pour mémoire, ils ressemblent à ça),
Imagevous savez qu’ils ont une vidéo pour à peu près chaque situation de la vie : de Quand on travaille à la poste à Quand on croise l’ex de sa copine, en passant par Quand on passe l’oral d’histoire, ces gars là ont réponse à tout. Il manque cependant une vidéo qui m’aurait bien aidé : QUAND ON PART EN INDE DANS DEUX JOURS, POUR UN AN. Bon, là, comme vous pouvez vous en douter, je n’ai ni le temps ni le talent de faire une vidéo humoristique pour vous exprimer mon désarroi mais c’est pas grave, on va faire une liste ! (youpi tralala, dites le que ça vous avait manqué).

  1. Acheter encore quelques médicaments
  2. Appeler ses compatriotes d’avion pour stresser ensemble
  3. Faire des photocopies de ses papiers d’identité (ce n’est pas mon genre de les perdre mais; sait-on jamais)
  4. Envoyer un mail groupé aux membres de sa famille pour leur dire que oui, on va penser à eux et qu’on leur enverra une carte postale
  5. Manger du boeuf (rappel: la vache étant sacrée pour les Hindous, majorité religieuse de l’Inde, trouver une côte de boeuf risque de s’avérer compliqué)

    Image

  6. Appeler les amis que l’on avait prrrrrroooooomis de voir avant son départ mais en fait non
  7. Faire une machine pour emmener des vêtements propres et pliés (qui ne le resteront pas longtemps)
  8. Se dire qu’il serait bien d’acheter des guides touristiques (oui je sais, ça serait le moment)
  9. Peser ses valises
  10. Se peser soi-même (il paraît que manger très épicé fait maigrir)
  11. Recharger son appareil photo
  12. Essayer de ne pas trop stresser

Et c’est finalement le dernier le plus difficile.

Parce que là, je me sens un peu comme ça :

Image

(juste avec des cheveux un peu plus longs et un peu plus bruns) (et avec des plus belles fringues aussi faut pas déconner) (oui, je sais, je ferai moins la maligne dans l’avion).

Je n’ai pas de chute pour cet article mais il faut pourtant que je le termine parce que les 12 points de la liste ci-dessus (plus tous ceux que je vous épargne) m’attendent de pied ferme). Je me contenterai donc de mentionner qu’en cherchant sur l’Internet une image pour illustrer le mot « stress », je suis tombée sur un blog sur lequel j’ai lu une phrase au pif « le stress favorise le cancer du sein« . J’avais bien besoin de ça…